[Note 117: Ces deux petits volumes, que l'auteur envoya en effet à M.

Thiers, étaient la première et la seconde série des _Sophismes_.

(_Note de l'éditeur._)]

Cette harmonie existe, ou du moins elle est aussi évidente pour moi

que la lumière du soleil. Puisse-t-elle se révéler à vous! C'est

alors qu'appliquant votre talent éminemment propagateur à combattre

le Communisme dans sa manifestation la plus dangereuse, vous lui

porteriez un coup mortel.

Voyez ce qui se passe en Angleterre. Il semble que si le Communisme

avait dû trouver quelque part une terre qui lui fût favorable,

ce devait être le sol britannique. Là les institutions féodales

plaçant partout, en face l'une de l'autre, l'extrême misère et

l'extrême opulence, avaient dû préparer les esprits à l'infection

des fausses doctrines. Et pourtant que voyons-nous? Pendant qu'elles

bouleversent le continent, elles n'ont pas seulement troublé la

surface de la société anglaise. Le Chartisme n'a pas pu y prendre

racine. Savez-vous pourquoi? Parce que l'association qui, pendant dix

ans, a discuté le régime protecteur n'en a triomphé qu'en jetant de

vives lumières sur le principe de la Propriété et sur les fonctions

rationnelles de l'État[118].

[Note 118: Voy. au tome II, l'introduction.

(_Note de l'éditeur._)]

Sans doute, si démasquer le Prohibitionisme c'est atteindre le

Communisme, par la même raison, et à cause de leur étroite connexité,

on peut aussi les frapper tous deux en suivant, comme vous avez fait,

la marche inverse. La restriction ne saurait résister longtemps

devant une bonne définition du Droit de Propriété. Aussi, si quelque

chose m'a surpris et réjoui, c'est de voir l'association pour la

défense des monopoles consacrer ses ressources à propager votre

livre. C'est un spectacle des plus piquants, et il me console de

l'inutilité de mes efforts passés. Cette résolution du comité Mimerel

vous obligera sans doute à multiplier les éditions de votre ouvrage.

En ce cas, permettez-moi de vous faire observer que, tel qu'il est,

il présente une grave lacune. Au nom de la science, au nom de la

vérité, au nom du bien public, je vous adjure de la combler, et vous

mets en demeure de répondre à ces deux questions:

1º Y a-t-il incompatibilité, en principe, entre le régime protecteur

et le droit de propriété?

2º La fonction du gouvernement est-elle de garantir à chacun le libre

exercice de ses facultés et la libre disposition du fruit de son

travail, c'est-à-dire la Propriété, ou bien de prendre aux uns pour

donner aux autres, de manière à pondérer les profits, les chances et

le bien-être?

Ah! Monsieur, si vous arrivez aux mêmes conclusions que moi; si,

grâce à votre talent, à votre renommée, à votre influence, vous

faisiez prévaloir ces conclusions dans l'opinion publique, qui

peut calculer l'étendue du service que vous rendriez à la société

française? On verrait l'État se renfermer dans sa mission, qui

est de garantir à chacun l'exercice de ses facultés, et la libre

disposition de ses biens. On le verrait se décharger à la fois

et de ses colossales attributions illégitimes et de l'effrayante

responsabilité qui s'y attache. Il se bornerait à réprimer les abus

de la liberté, ce qui est réaliser la liberté même. Il assurerait

la justice à tous, et ne promettrait plus la fortune à personne.

Les citoyens apprendraient à distinguer ce qu'il est raisonnable et

ce qu'il est puéril de lui demander. Ils ne l'accableraient plus

de prétentions et d'exigences; ils ne l'accuseraient plus de leurs

maux; ils ne fonderaient plus sur lui des espérances chimériques;

et, dans cette ardente poursuite d'un bien dont il n'est pas le

dispensateur, on ne les verrait pas, à chaque déception, accuser

le législateur et la loi, changer les hommes et les formes du

gouvernement, entasser institutions sur institutions et débris sur

débris. On verrait s'éteindre cette universelle fièvre de spoliation

réciproque par l'intervention si coûteuse et si périlleuse de l'État.

Le gouvernement, limité dans son but et sa responsabilité, simple

dans son action, peu dispendieux, ne faisant plus peser sur les

gouvernés les frais de leurs propres chaînes, soutenu par le bon sens

public, aurait une solidité qui, dans notre pays, n'a jamais été son

partage, et nous aurions enfin résolu ce grand problème: _Fermer à

jamais l'abîme des révolutions_.

FIN DU QUATRIÈME VOLUME.

TABLE DES MATIÈRES

DU QUATRIÈME VOLUME.

SOPHISMES ÉCONOMIQUES.

Première série.

Pages.

INTRODUCTION 1

CHAP. I. Abondance, disette 5

II. Obstacle, cause 15

III. Effort, résultat 19

IV. Égaliser les conditions de production 27

V. Nos produits sont grevés de taxes 46

VI. Balance du commerce 52

VII. Pétition des fabricants de chandelles, etc 57

VIII. Droits différentiels 62

IX. Immense découverte!!! 63

X. Réciprocité 67

XI. Prix absolus 71

XII. La protection élève-t-elle le taux des salaires 74

XIII. Théorie, Pratique 79

XIV. Conflit de principes 86

XV. Encore la réciprocité 90

XVI. Les fleuves obstrués plaidant pour les prohibitionistes 92

XVII. Un chemin de fer négatif 93

XVIII. Il n'y a pas de principes absolus 94

XIX. Indépendance nationale 97

XX. Travail humain, travail national 100

XXI. Matières premières 105

XXII. Métaphores 115

CONCLUSION 119

Deuxième série.

CHAP. I. Physiologie de la Spoliation 127

II. Deux morales 148

III. Les deux haches 156

IV. Conseil inférieur du travail 160

V. Cherté, bon marché 163

VI. Aux artisans et ouvriers 173

VII. Conte chinois 182

VIII. _Post hoc, propter hoc_ 187

IX. Le vol à la prime 189

X. Le percepteur 198

XI. L'utopiste 204

XII. Le sel, la poste et la douane 213

XIII. Les trois Échevins 229

XIV. Autre chose 241

XV. Le petit arsenal du libre-échangiste 251

XVI. La main droite et la main gauche 258

XVII. Domination par le travail 265

PAMPHLETS.

PROPRIÉTÉ ET LOI 275

JUSTICE ET FRATERNITÉ 298

L'ÉTAT 327

LA LOI 342

PROPRIÉTÉ ET SPOLIATION 394

BACCALAURÉAT ET SOCIALISME 442

PROTECTIONISME ET COMMUNISME 504

FIN DE LA TABLE.

CORBEIL.--TYP. ET STÉR. DE CRÉTÉ.

[Notes au lecteur de ce fichier numérique:

Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été

corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée.

Les lettres supérieures unusuelles sont entourées de { }.]

Œuvres Complètes de Frédéric Bastiat, tome 4 mises en ordre, revues et annotées d'après les manuscrits de l'auteur · 第 41 / 41 段