21, +Couardise+.--Lâcheté, poltronnerie.
25, +Friuoles+.--Robespierre, au plus fort de la Terreur, voyant
pêcher, après un repas qu’il avait fait à la campagne, s’apitoyait,
dit-on, sur les souffrances des poissons qui, une fois pris, mouraient
hors de l’eau. Mme CAMPAN.
28, +Andromache+.--Hécube, pendant la guerre de Troie, perdit presque
tous ses enfants au nombre de dix-neuf, vit massacrer sous ses yeux
son mari, sa fille Polyxène, son petit-fils Astyanax, fils d’Hector,
et devint l’esclave d’Ulysse, tandis que sa fille Andromaque devenait
celle de Pyrrhus, fils d’Achille, qui l’épousa. Les malheurs de l’une
et de l’autre ont fait le sujet de tragédies grecques et aussi de
tragédies françaises.
29, +Iours+.--PLUTARQUE, _Pélopidas_, 15.--Alexandre de Phères,
assistant à une représentation des _Troades_ d’Euripide, sortit
brusquement du théâtre et fit dire à l’acteur de ne pas s’inquiéter et
de continuer à bien jouer son rôle; que s’il était sorti, ce n’était
pas qu’il fût mécontent de son jeu, mais qu’il avait honte que lui, qui
sans pitié envoyait tant de gens à la mort, on le vît s’attendrir sur
les malheurs d’Hécube et d’Andromaque.
=570=,
2, +Voir+.--S’arrête, dès qu’elle voit.
8, +Gendarme+.--S’accoutume au meurtre et devient cruel par
l’habitude de plonger, jusqu’aux coudes, ses mains et ses bras dans le
sang.--«Se gendarmer», c’est se mettre en humeur, en posture d’homme
qui veut combattre.
20, +Bouquer+.--«Faire bouquer quelqu’un», c’est lui causer du dépit,
le mortifier, le faire enrager, l’obliger à céder. Au propre, c’est,
en se jouant, donner sur les joues du patient, qui les tient gonflées,
deux petites tapes, du plat et du revers de la main, qui l’obligent à
desserrer et à laisser échapper l’air qui sort avec un bruit semblable
à celui d’un petit coup de baguette sur un tambour.
29, +Commise+.--PLUTARQUE, _Des délais de la Justice divine_,
2.--Montaigne se trompe en disant que Bias plaignait les Orchoméniens;
c’est Patrocle, un des interlocuteurs de ce dialogue de Plutarque, qui
cite cet exemple de la vengeance trop tardive des dieux, sans indiquer
en quoi a consisté cet acte de trahison, ni à quelle époque il a été
commis, mais seulement que de ce fait les Orchoméniens auraient perdu
enfants, parents et amis, et que ce ne serait que longtemps après que
Lyciscus aurait été atteint d’une maladie par suite de laquelle son
corps tombait en décomposition et que lui-même considérait comme une
punition du ciel.
37, +Pistolade+.--Coup de pistolet.
=572=,
16, +Vertu+.--Courage.
19, +Vaincre+.--Les éd. ant. portent: _mais lâchement, sans combat et
sans hazard_; au lieu de: «plus seurement qu’honorablement».
24, +Aueugle+.--«Faire la figue à quelqu’un», c’est lui faire la
nique, lui tirer la langue, lui rire au nez, en un mot se moquer de lui
en lui faisant quelque grimace (V. N. =I=, 124: Figue).
24, +Sourd+.--«Dire des pouilles à quelqu’un», c’est lui dire des
injures, des paroles méprisantes.
27, +Morts+.--PLINE, dans sa _Préface à Vespasien_. C’est Plancus
lui-même qui fit la réponse donnée par Montaigne comme exprimée en son
nom.
29, +Noisif+.--Querelleur; dérive de noise que l’on retrouve encore
dans cette expression souvent employée: «chercher noise».
29, +Aristote+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 18.
32, +Coup+.--Les éd. ant. ajoutent: _de baton_.
=574=,
8, +Combat+.--C’est ce à quoi on est revenu de nos jours.
33, +Henry+.--_Chroniques_ de MONSTRELET, I, 9.--En 1371; le duc
d’Orléans, frère de Charles VII et père de Dunois, accusé d’avoir
contribué à la maladie du roi devenu fou, et de le tenir en chartre
privée, avait provoqué Henry IV roi d’Angleterre, qui avait tenu
ce propos; chacun devait être accompagné de cent chevaliers. Henry
n’accepta pas le défi, disant qu’il n’était pas dans les usages de ses
prédécesseurs que le roi se mesurât avec quelqu’un qui n’était pas de
son sang (de moindre état qu’il n’était lui-même).
34, +Lacedemoniens+.--HÉRODOTE, I, 82; PAUSANIAS, X, 9; ATHÉNÉE, XV,
6; etc.--Les Argiens et les Lacédémoniens, en querelle au sujet du
territoire de Thyrée, convinrent de remettre leurs intérêts à trois
cents de chaque parti. Le combat eut lieu; il ne demeura que deux
Argiens et un Lacédémonien du nom d’Othryadès; la nuit les sépara; les
deux Argiens se retirèrent; Othryadès, resté seul, érigea un trophée
avec les armes des ennemis, y traça de son propre sang une inscription
qui attribuait la victoire à son pays et se donna la mort pour ne
pas survivre à ses compagnons. Mais cela ne servit de rien; on ne
s’entendit pas sur le vainqueur; les deux armées en vinrent aux mains
et la victoire demeura à Sparte (=VIe= siècle).
35, +Curiatiens+.--Le combat eut lieu à la vue des deux armées, pour
décider à laquelle, de Rome ou d’Albe, appartiendrait la suprématie.
Trois frères de part et d’autre, les Horaces pour Rome, les Curiaces
pour sa rivale, étaient en présence: au premier choc deux Horaces
tombèrent, les trois Curiaces étaient blessés. Le survivant des
Horaces, craignant de succomber contre ses trois adversaires réunis,
feignit de prendre la fuite afin de les diviser, persuadé qu’ils le
suivraient plus ou moins vite suivant la gravité de leurs blessures.
Sa prévision se réalisa; revenant alors impétueusement sur ses pas, il
immola successivement ses trois adversaires et assura ainsi le triomphe
de sa patrie (=667=).--En citant ce fait, Plutarque en conte un autre,
à peu près identique dans ses détails, survenu lors d’une guerre entre
les habitants de Tégée et de Phenée (Grèce); des deux côtés, les
champions étaient trois frères jumeaux.
39, +Meslé+.--A ajouter à cette nomenclature le combat des Trente,
célèbre défi porté en 1351 par Jean, sire de Beaumanoir, au châtelain
anglais de Ploërmel. Trente chevaliers bretons et autant d’anglais en
vinrent aux mains au pied du chêne Mi-voie (Bretagne); huit anglais
furent tués, les autres se rendirent. Dans l’ardeur de l’action
Beaumanoir blessé, épuisé de fatigue et de la perte de son sang,
faiblissait: «Bois ton sang, Beaumanoir!» lui cria son frère qui était
au nombre des combattants. BOUILLET.
39, +Domestique+.--De famille.--Ce duel, dont il va être parlé,
Montaigne n’en fait pas mention dans son journal de voyage, ce qui
donne à penser qu’il a dû avoir lieu après son départ d’Italie, où son
frère l’avait accompagné et où il demeura après lui; on peut voir tout
le détail de cette affaire dans les _Mémoires_ de BRANTÔME, touchant
les duels.
=576=,
29, +Theorique+.--Nous disons aujourd’hui théorie, quoique nous ayons
conservé pratique; c’est une bizarrerie de l’usage.--RABELAIS, I, 5,
dit comme Montaigne: «Ie n’entends point la théorique; la practique, ie
m’en aide quelque peu.»--BRANTÔME, parlant des duels, dit pareillement:
«Les Italiens en ont tres bien sceu les théoriques et practiques.»
34, +Germains+.--TITE-LIVE, XXVIII, 21.--Tous deux se disputaient
la succession à une principauté; ils résolurent de s’en remettre au
sort des armes. Ils se battirent en présence de l’armée romaine, dans
l’arène des gladiateurs à Carthage (et non en Espagne), alors qu’on y
célébrait des jeux funèbres à l’occasion de la mort des deux Scipion
(=206=).
=578=,
15, +Butes+.--C’étaient des tirs organisés pour l’arc et l’arbalète,
avec ou sans banquette pour le tireur d’une part; et de l’autre, à
distance convenable, une levée de terre contre laquelle se plaçait le
but à atteindre comme il en existe encore beaucoup dans le Nord de la
France. Le mot «butes» signifie ici ce genre de tir, plutôt que son
aménagement.
Tous les exercices concourant au développement de la force et de
l’adresse, sont à pratiquer, et notamment ceux qui sont d’utilité
immédiate à la guerre. A ce titre le tir à l’arme de guerre est
particulièrement à encourager, car la défense nationale y est
intéressée: les efforts individuels de quelques-uns à cet égard sont
insuffisants, il faut que cela devienne une institution d’État. Pour
ce faire, et c’est possible, facile même, il faudrait que ces tirs
à la cible pussent s’effectuer au centre même des populations, et
nonobstant n’offrir aucun danger; être gratuits dans une certaine
mesure, pour tout individu de nationalité française, de l’âge des
enrôlements volontaires à celui du passage dans l’armée territoriale.
On peut satisfaire aux deux premières conditions, en établissant ces
tirs souterrainement, dans les villes, sous les promenades publiques
ou les principales artères (à Paris par exemple sous l’esplanade des
Invalides, aux Tuileries sous la terrasse du bord de l’eau, etc.), et
dans les localités moindres, dans le voisinage immédiat, à l’instar des
tirs forains. On emploierait à cet effet des tuyaux métalliques de 2 à
5m de longueur, s’ajoutant les uns aux autres, de forme appropriée, de
1m de hauteur sur 0.60 de largeur, d’épaisseur variable suivant qu’ils
seraient en acier ou en fonte, suffisante pour n’être pas perforés par
la balle; leur longueur totale permettant le tir à 200m. A l’origine
du tir serait, pour le personnel et les tireurs, une construction
également souterraine analogue à celle qui vient d’être édifiée pour un
tout autre usage, à Paris, près de l’église de la Madeleine; l’autre
extrémité serait aménagée pour les marqueurs; un fil électrique les
relierait. Des organisations analogues ont déjà fonctionné à Lisieux,
à Bergerac, et donnent les meilleurs résultats.--Le tir aurait lieu
les dimanches et jours de fête. Le nombre des cartouches allouées
annuellement à titre gratuit aux seuls individus dont il a été question
ci-dessus, pourrait être de 36 à chaque ayant-droit, qui aurait la
faculté de les tirer quand bon lui semblerait par série de six, en
trois séances au moins: l’État trouverait là un heureux moyen de
renouveler ses approvisionnements de mobilisation; on intéresserait
les tireurs, en leur tenant compte des résultats lors de l’appel sous
les drapeaux ou des périodes d’instruction. L’installation de ces
tirs, et il devrait en être créé un au moins par canton, serait peu
considérable: 3.000 fr. environ; elle serait à la charge des communes
du canton. L’État pourrait leur venir en aide par des subventions,
cela constituant au premier chef une dépense d’utilité publique
indispensable pour que le tir, qui importe à un si haut degré à notre
sécurité et à notre indépendance, pénètre dans les mœurs.
15, +Tournois+.--Sorte de fête publique, très en faveur au moyen
âge, où les chevaliers se mesuraient entre eux à cheval, armés de pied
en cap, mais à armes courtoises. Ces jeux, qui souvent entraînaient
mort d’homme, prirent fin en France en 1559, à la suite d’un accident
survenu au cours de l’un d’eux et qui causa la mort du roi Henri II.
15, +Barrieres+.--C’était une variante de ce qui se pratiquait dans
les tournois: au lieu d’avoir liberté entière de mouvements, les deux
adversaires étaient séparés par des barrières qui empêchaient le combat
corps à corps.
19, +Dommageables+.--Par ce qu’il a dit du duel et ce qu’il dit
ici de l’escrime--qui en est l’exercice préparatoire--on voit que
Montaigne réprouve à la fois l’un et l’autre. En ce qui touche le duel
proprement dit, cette réprobation est parfaitement justifiée, c’est
un reste d’institutions barbares où le bon droit n’entre pour rien
et a trop souvent le dessous, mais il est dans les mœurs et par cela
même difficile à déraciner, au point que la peine de mort édictée
contre les duellistes, et appliquée à certains moments, n’a pu en avoir
raison. De nos jours, où les lois, à cet égard, sont absolument lettre
morte, il est surtout cultivé par de faux braves auxquels il sert à
faire de la réclame. Il n’en serait pas ainsi si on ridiculisait comme
elles le méritent ces rencontres sans motifs sérieux, aboutissant à
des résultats qui ne le sont pas davantage. Si, chaque fois, elles
devaient se poursuivre jusqu’à la mise hors de combat de l’un des
deux adversaires et n’étaient pas arrêtées à la moindre égratignure,
ou à la première balle tirée même perdue, leur nombre s’en réduirait
déjà considérablement; et bien plus encore si chaque fois aussi la
justice, comme c’est son devoir, citait devant elle sans exception
et non à sa fantaisie tous ceux ayant soit comme adversaires, soit
comme témoins participé à un duel, quel qu’en ait été le résultat, et
frappait impitoyablement pour fait ou tentative d’homicide ou de coups
et blessures celui qui serait reconnu avoir à sa charge les torts ayant
rendu le duel indispensable ou l’ayant amené abusivement. Dans ces
conditions, on se respecterait davantage les uns les autres, tout en
n’allant sur le terrain que pour des raisons en valant la peine, si
toutefois il en existe qui justifient que, quelle que soit l’inégalité
que crée entre les adversaires la pratique des armes, se faire tuer ou
blesser répare une injure dont on a été victime. Cela est tellement
absurde qu’il serait tout aussi efficace et bien plus logique de la
part de ceux qui sont d’accord pour régler leurs querelles de la sorte,
de fixer d’abord à l’amiable, par l’intermédiaire de leurs témoins, la
réparation jugée nécessaire: la mort, une balle ou un coup de poignard
dans la poitrine, dans un membre, ou encore payer une amende, accomplir
tel ou tel acte, satisfaire à telle convention, suivant ce qui aurait
été ainsi décidé, et tirer au sort auquel des deux il échéerait de
s’exécuter. De cette façon, les chances seraient égales, le but ne
serait pas dépassé, et la justice n’aurait pas à intervenir; sans
compter que si hétéroclite que cela paraisse, ce mode de réglement a
parfois été déjà employé.
Quoi qu’il en soit, le duel est et restera toujours une institution
qui n’a pas le sens commun:--Tandis qu’il est permis aux personnes
soi-disant distinguées de se faire justice à coups d’épée ou de
pistolet, il est défendu à l’homme du peuple de se la faire à coups de
bâton (Colonel PERRON).--On rougit dans le monde honorable de ruiner un
joueur qui ne sait pas jouer, on ne rougit pas d’ôter la vie à qui ne
sait pas se défendre.--Ces rencontres sont tout à l’avantage de l’homme
immoral qui, parce qu’il sait manier une arme, se croit tout permis;
elles ne prouvent même pas la véritable bravoure, s’allient souvent aux
vices les plus dégoûtants et même avec la lâcheté militaire; les plus
hardis bretteurs ne sont parfois que de mauvais soldats (le journal
_l’Eclair_).
22, +Confus+.--Erreur évidente; il faut lire «consul», comme le porte
du reste l’ex. de Bordeaux.--Le fait est rapporté par VALÈRE MAXIME,
II, 3, 2.
28, +Pharsale+.--PLUTARQUE, _César_, 12.--La recommandation faite par
César à ses troupes, de frapper leurs adversaires plutôt au visage,
tenait à ce que la cavalerie de Pompée était recrutée en majeure
partie parmi les jeunes patriciens, qui appréhendaient surtout de se
voir défigurés. Ce qu’avait prévu César, arriva: détournant la vue,
se couvrant la tête pour se préserver la face, ils ne tardèrent pas à
prendre honteusement la fuite, ce qui causa la perte du reste de leur
armée.
31, +Philopœmen+.--PLUTARQUE, _Philopœmen_, 12.
=580=,
1, +Cape+.--En habit de guerre.
2, +Sachez+.--PLATON, dans le dialogue de ce nom.
8, +Platon+.--Traité des _Lois_, VII.
9, +Cecyo+.--L’ex. de Bord. porte _Epicius_, au lieu d’«Epeius», et
_Cercyo_ au lieu de «Cecyo».
11, +Conferent+.--Contribuent. «Conférer», dans ce sens, est purement
latin.
12, +Maurice+.--Philippe est désigné sous le nom de Philippicus et
indiqué comme beau-frère et non comme gendre de l’empereur Maurice, par
ZONARAS et CEDRENUS.--Phocas, avant de tuer l’empereur qu’il avait fait
prisonnier, fit égorger, en présence de sa victime, ses cinq enfants.
La nourrice du plus jeune, pour le sauver, lui avait substitué le sien;
Phocas l’apprit et le fit livrer au bourreau.
26, +Macedoine+.--TITE-LIVE, XL, 3 et 4.--Ce Philippe est celui qui,
à deux reprises, fit la guerre aux Romains, et, en dernier lieu, subit
à Cynoscéphales, en Thessalie (Grèce), une défaite qui fut suivie d’un
traité honteux; il allait reprendre les hostilités, quand il mourut. De
naturel très soupçonneux, il alla, sur de faux rapports, jusqu’à faire
mettre à mort son propre fils.
28, +Resoudre+.--Se rassurer.
37, +Propos+.--Ce passage «Les belles matieres... à mon propos»,
ne figure pas dans l’ex. de Bord. Son intercalation coupe assez
inopportunément le récit, qui est tiré de TITE-LIVE, XL, 4, que
toutefois Montaigne ne s’est pas astreint à traduire bien fidèlement.
=582=,
8, +Roy+.--Qui ordonnait de saisir les enfants de tous ceux qu’il
avait fait tuer.
19, +Ioindre+.--Comme ces gardes étaient sur le point de les
atteindre.
24, +Traictes+.--Tirées du fourreau, mises à nu; du latin _tractus_.
26, +Forte+.--Plus noble, plus courageuse.
34, +Maistres+.--Le fait se passait en =185=.
38, +Vengeance+.--Allusion au mot de Caligula: «Je veux qu’il se
sente mourir.» SUÉTONE, _Caligula_, 30.
=584=,
1, +Engins+.--C.-à-d. les voilà forcés de trouver des moyens par
lesquels ils puissent savourer, à la fois, complètement et lentement le
plaisir de la vengeance.
4, +Cruauté+.--Cette même pensée se trouve déjà exprimée dans les
mêmes termes, liv. II, ch. II (=II=, 102), et ce fut un des passages
des Essais dont la censure, à Rome, fit reproche à son auteur.--Là
se borne l’appréciation de Montaigne sur la peine de mort, et les
philanthropes de nos jours qui en poursuivent l’abolition ne sauraient
s’appuyer sur lui. Cette peine n’est pas à supprimer, même à l’égard
des criminels ne jouissant pas de la plénitude de leurs facultés; ils
ont montré qu’ils sont un danger public, comme l’est un chien enragé,
la société a le devoir de se débarrasser d’eux comme de lui. Quant à
son efficacité préventive, elle n’est pas niable, pas plus que celle
des châtiments corporels si malencontreusement supprimés en France. Ce
qui restreint l’effroi salutaire qu’elle inspire c’est surtout l’espoir
d’y échapper, depuis que les jurys et le chef de l’État ont exigé en
principe, les uns les circonstances atténuantes lors même qu’il n’y
en a pas, l’autre la grâce octroyée lors même qu’elle est le moins
justifiée. Par trop de sensiblerie pour les mauvais, on en est arrivé à
compromettre la sécurité des bons: l’assassinat, les attaques nocturnes
sont devenus en France de pratique courante; à Londres, qui a six
millions d’habitants, on ne compte en moyenne par an que seize à vingt
assassinats, tandis qu’à Paris, où la population est moitié moindre, il
y en a dix fois plus. C’est qu’aussi chez nos voisins d’outre-Manche
tout assassin est pendu: il n’y a ni circonstances atténuantes, ni
distinction de sexe; toute attaque nocturne est punie du «Chat à neuf
queues», sorte de knout, sans préjudice du «hard labour» (travaux
forcés), et celui qui en a goûté une fois, ne s’expose guère à le
recevoir une seconde.--Quant à la publicité des exécutions, elle est
sans utilité et a même des inconvénients, dont le plus grave est de
diminuer la crainte qu’elle inspire, en montrant combien c’est peu de
chose; l’abus qu’on en fit sous la Terreur n’avait-il pas enlevé à la
plupart des prisonniers déférés au Tribunal révolutionnaire, certains
dès le premier moment du sort qui les attendait, et familiarisés avec
cette idée, les préoccupations inhérentes d’ordinaire à ceux qui sont
sous le coup d’accusations capitales!
10, +Iosephe+.--Dans l’_Histoire de sa vie_, vers la fin.
16, +Mechmed+.--CHALCONDYLE, _Hist. des Turcs_, liv. X.--Mahomet
II; s’empara de Constantinople dont il fit sa capitale et subjugua
la presque totalité des provinces qui font partie ou relèvent encore
actuellement de la Turquie d’Europe; à la gloire des armes, joignit
celle des lettres; l’histoire lui reproche cependant des actes d’une
cruauté révoltante.
10. +Simeterre+.--Ou mieux cimeterre; sabre à lame fort large et
recourbée dont faisaient particulièrement usage les Turcs.
27, +Cræsus+.--HÉRODOTE, I, 92; PLUTARQUE, _De la malignité
d’Hérodote_.
29, +Foullon+.--Artisan qui fabriquait le drap.
30, +Cardes+.--Sorte de peignes formés de pointes de fer très fines,
disposées sur un grand nombre de rangées, servant à démêler la laine,
la bourre ou la soie dont on fait les étoffes.
33, +Vayuode+.--Titre porté autrefois par les princes des
principautés danubiennes.
38, +L’enuie+.--Toute la haine qu’inspiraient les méfaits de l’un
et de l’autre. Du latin _invidia_ qui a cette signification; exemple,
parmi tant d’autres, de la propension de Montaigne à écrire le français
en latin, y transposant et adaptant tous mots, expressions et tournures
de phrase lui semblant propres à mieux rendre sa pensée.
=586=,
3, +Suitte+.--_Chronique_ de CARION et _Annales de Silésie_.--En
1514. A l’occasion d’une croisade projetée en Hongrie contre les
Turcs, un soulèvement de gens sans aveu éclata. Ils prirent pour chef
Georges Sechel, qui commit à l’égard de la noblesse les actes les plus
horribles. Vaincu en diverses rencontres et en dernier lieu à Temesvar,
Sechel expia ses forfaits par le supplice qu’indique Montaigne: nu et
enchaîné sur un chevalet, on lui mit sur la tête une couronne de fer
ardent; on le saigna et on fit boire son sang à son frère; puis après
lui avoir refermé les veines, on fit dévorer à belles dents son corps
par vingt de ses complices et ce qui demeura de son corps fut haché,
bouilli et rôti, et on le leur fit manger; eux-mêmes, on les fit périr
ensuite dans d’affreux supplices.