Ce chapitre, traduit presque textuellement d’Ammien Marcellin, contient
un bel éloge de l’empereur Julien; et, à son tour, a fourni à Voltaire
la plupart de ce qu’il a dit sur ce prince.--Ce même chapitre, en
raison des termes en lesquels il y est parlé de Julien, et avec lui les
passages où, dans les Essais, sont taxés de cruauté les supplices au
delà de la mort simple, et surtout l’usage répété qui s’y rencontre du
mot «fortune», employé dans le sens de hasard, de fatalité, en place de
celui plus orthodoxe de Providence, donnèrent lieu, à Rome, en 1580, de
la part de la censure, à des observations dont l’auteur, du reste, ne
tint aucun compte. V. N. =I=, 588: _Indisciplinatis_, et V. N. =III=,
474: Reuere.
=530=,
16, +Monde+.--VOPISCUS, _in Tacito imp._, 10.
18, +Creance+.--Une grande partie des ouvrages de cet historien a
été perdue, Montaigne en donne l’explication. Nous n’avons que des
fragments de ses Annales qui allaient de la mort d’Auguste à celle de
Néron; et de ses Histoires qui vont de l’avènement de Galba jusqu’à
Nerva. Tacite est universellement regardé comme le plus grand historien
des temps anciens; il est grave, profond, énergique, concis sans
manquer d’abondance; il peint ses portraits des plus vives couleurs;
ses jugements flétrissent le crime et la tyrannie; il est d’ailleurs
exact, n’écrivant que ce qu’il a vu ou que des contemporains lui ont
raconté.
22, +Julian+.--Était neveu de Constantin le Grand. Envoyé en
Gaule avec le titre de César, il fixa son séjour à Lutèce (Paris)
et se signala contre les Germains. Élu empereur en 361, il renonça
ouvertement au christianisme dans lequel on l’avait élevé, ce qui le
fit surnommer l’Apostat (du grec ἀφίσταμαι, se retirer), et fit de
vains efforts pour relever le paganisme. Il ne régna que deux ans;
durant ce temps, il fit de sages lois, réforma les abus les plus
criants, fit la guerre aux Perses, débuta par des succès, mais dut
battre en retraite, la région où il avait pénétré ayant été dévastée
par l’ennemi et n’offrant plus aucunes ressources; blessé mortellement
au cours de cette retraite, il mourut peu après (363).--Dédaigné à
la cour dans sa jeunesse, il s’était adonné à l’étude et possédait
à fond l’éloquence et la philosophie; il appartenait à l’école des
Stoïciens dont il portait le manteau, la longue barbe, en même temps
qu’il pratiquait l’austérité de leurs mœurs; jamais sa haine contre le
christianisme ne le porta à aucune violence contre les Chrétiens.
23, +L’apostat+.--«Ce sont deux grands écueils de tout croire et
de ne rien croire. Si vous voulez savoir quels étaient Constantin et
Julien, ne croyez ni tout le mal qu’on a dit de Julien, ni tout le bien
qu’on a dit de Constantin.» CATHERINOT.
23, +Rare+.--Par ses vertus et ses actes, l’empereur Julien a été
au-dessus de son époque, et Montaigne, avec juste raison, le représente
comme tel.--Il est à observer toutefois, d’une façon générale, que
notre auteur ne se piquait nullement d’exactitude, acceptait sans les
contrôler (il en a fait l’aveu =I=, 150) tous faits et dires qu’il
jugeait à propos, pour les traiter à sa mode; si ses déductions sont
presque toujours frappées au coin de la logique et du bon sens, on ne
saurait cependant sans discussion s’appuyer sur son autorité en matière
d’histoire ou de science.
30, +Vne+.--AMMIEN MARCELLIN, XXIV, 8.
=532=,
2, +Predecesseurs+.--AMMIEN MARCELLIN, XXII, 10; XXV, 5 et
6.--«Julien, a dit Voltaire, qui eut le malheur d’abandonner la
religion chrétienne, mais qui fit tant d’honneur à la religion
naturelle; Julien, le scandale de notre église et la gloire de l’empire
romain.»--Plus philosophe qu’empereur, il était de ceux qui, si
déjà l’empereur Antonin ne l’avait exprimé, auraient pu inspirer à
ETIENNE TABOUROT, auteur comique du XVIe siècle, ces mauvais vers qui
traduisent une pensée assurément juste:
«Heureuses seront les provinces,
Dedans lesquelles régneront
Des princes qui philosopheront,
Ou quand les sages seront princes.»
4, +Marcellinus+.--Ammien Marcellin.--V. =II=, 58 et N. Marcellinus.
A écrit une histoire des empereurs romains depuis Nerva jusqu’à
Valentinien; le premier livre en est perdu. Cet ouvrage jouit d’une
grande autorité, surtout dans sa dernière partie, où l’auteur rapporte
ce qu’il a vu; la modération, bien rare pour l’époque, qu’il apporte
quand il parle du christianisme et du paganisme, fait qu’on ne peut
deviner par ses écrits et qu’on ne sait, quoique Montaigne donne à
supposer ici qu’il était chrétien, à quelle religion il appartenait.
4, +Histoire+.--AMM. MARCELLIN, XXII, 10, etc.
9, +Nous+.--Chrétiens.
11, +Recitent+.--SOZOMÈNE, _Hist. ecclés._, V, 4.
16, +Affectant+.--Julien affecta, témoigna en cette circonstance.
21, +Sang+.--EUTROPE, X, 8.--Sans persécution; par opposition à
celles qu’à diverses reprises avait eu à endurer le christianisme
naissant.--L’édition de 1580 porte ici le passage afférent à
l’exclamation prêtée à l’empereur Julien, lorsqu’il se sentit frappé à
mort, que l’édition de 1595 reproduit légèrement modifiée, un peu plus
loin (=II=, 534: Ce langage, etc.).
24, +Constantius+.--AMM. MARCELLIN, XXII, 2.--A la mort de Constantin
le Grand (337), l’empire fut partagé entre ses trois fils: Constantin,
Constance et Constant. Le second ne tarda pas à demeurer seul par suite
de la mort de ses frères (350); mais il se rendit tellement odieux, que
les armées de Gaule proclamèrent Julien empereur; il marchait contre
lui, quand la mort le surprit en route (361).
26, +Accoustumoit+.--Les éd. ant. ajoutent: _tousiours_.
27, +Guerre+.--AMM. MARCELLIN, XVI, 2.
31, +Estudier+.--_Id._, XVI, 17; XXVI, 5.
40, +Artifice+.--_Id._, XVI, 2.
=534=,
8, +Armées+.--AMM. MARCELLIN, XXV, 3.
13, +Sacrifices+.--_Id._, XXV, 6.
27, +Gloire+.--_Id._, XXV, 4.
28, +Brutus+.--Dans la nuit qui précéda la première bataille de
Philippes (=42=), où Cassius, battu, se tua, Brutus, qui commandait
avec lui, avait vu apparaître un fantôme qui, interpellé, lui dit: «Je
suis ton mauvais génie, tu me verras dans les plaines de Philippes.»
Un mois après, la veille de la deuxième bataille de ce nom, où, à son
tour, Brutus éprouva le même sort que Cassius, et comme lui se tua,
cette vision se serait renouvelée. V. N. =II=, 646: Brutus.
29, +Mort+.--AMM. MARCELLIN, XX, 5; XXV, 2.
30, +Nazareen+.--THÉODORET, _Hist. ecclés._, III, 20.
35, +Attache+.--Ce passage: «Ce langage... attache» (lig. 29 à 35),
existe un peu modifié dans l’édition de 1580 (V. N. =II=, 532: Sang);
supprimé dans les éditions suivantes, il a été rétabli dans celle-ci où
nous le retrouvons.
36, +Marcellinus+.--AMM. MARCELLIN, XXI, 2.
=536=,
5, +Constantinople+.--Paraît avoir été fondée par les Grecs, sous
le nom de Byzance, à une époque très reculée et avoir joué dès les
temps les plus anciens un rôle important; à diverses reprises ravagée
ou détruite, elle devint sous Constantin le Grand, qui lui donna son
nom, la capitale de l’empire (330), et bientôt surpassa Rome même, par
la magnificence de ses monuments, sa population, ses richesses et son
commerce. Les Turcs s’en sont emparés et en ont fait leur capitale en
1453.
8, +Religion+.--AMM. MARCELLIN, XXII, 3.
12, +Intelligence+.--Cette même politique avait été observée,
au dire de DIODORE DE SICILE, par les Égyptiens qui laissaient se
multiplier chez eux divers cultes, dans l’idée que les dissensions qui
se produiraient entre eux, détourneraient de créer des difficultés au
gouvernement; c’est un peu ce que chercha à faire Catherine de Médicis
pour contenir les catholiques par les protestants et réciproquement;
c’est également le système actuel de gouvernement des sultans de
Constantinople, ce n’est en somme qu’une application particulière du
principe d’application si générale: «Diviser, pour régner.»