CHAPITRE XVII.

+Presumption+.--Dans ce chapitre, Montaigne dit d’excellentes choses

et donne des détails sur son caractère et la nature de son esprit,

sur sa personne, ses écrits, son style, son défaut de mémoire, son

ignorance des choses les plus communes, sur son irrésolution qu’il

appelle une cicatrice bien mal propre à produire en public.

21, +Valeur+.--De notre mérite.

=466=,

27, +Fuit+.--Pour avoir écrit leurs mémoires.

31, +Propensions+.--Il n’est pas étrange, il n’est pas extraordinaire

que nous ayons des qualités, des penchants, etc.

36, +Consente+.--Qui s’accordait, qui était en harmonie avec...

37, +Gras+.--Add. des éd. ant.: _Estant douez d’vne extreme beauté,

ils s’y aidoient vn peu, sans y penser, par mignardise_.

37, +Cæsar+.--PLUTARQUE, _César_, I, à la fin.--On a dit la même

chose de Pompée. SÉNÈQUE, _Contr._, III, 19; PLUTARQUE, _De l’Utilité à

retirer de ses ennemis_, 6.

39, +Rincer+.--Froncer, rider; du latin _ringi_, grogner en montrant

les dents, en parlant des chiens enragés.

42, +Salutations+.--Var. de 1588: _Bonnetades_.

=468=,

2, +Gloire+.--Par orgueil.

9, +Constantius+.--L’empereur Constance II, fils de Constantin;

Ammien Marcellin, XXI, 14, se borne à parler de sa prestance et de sa

dignité hautaine; le surplus semble une amplification de Montaigne.

15, +Moy+.--Les gestes et le port du corps, dont il a parlé plus haut.

17, +Vice+.--A une vaine et sotte fierté, ainsi qu’il est dit

également au commencement de ce paragraphe.

32, +Maistrise+.--La possession.

=470=,

4, +Effect+.--Lorsque je me propose de faire telle ou telle chose, je

n’ai point d’avance la notion exacte des moyens dont je pourrai user

pour réussir, et je n’en suis instruit que par le résultat.

7, +Desseigne+.--Je les détermine, j’en forme le dessein.

30, +Escriture+.--L’ECCLÉSIASTE dit: «Ce désir infini de savoir

qui est né avec nous, a été donné par Dieu à l’homme, comme une

démangeaison et une lèpre, pour le tourmenter sans aucun fruit.»--Les

légendes d’Ève chez les chrétiens, de Pandore chez les anciens, sont la

personnification des méfaits de la curiosité.

37, +Prix+.--Je me regarde comme étant de la classe commune et

ordinaire des hommes, et m’en contente; les défauts les plus communs,

les plus répandus dans les basses classes, je les ai et ne les désavoue

ni ne m’en excuse; la seule chose que j’apprécie en moi, c’est que je

sais ce que je vaux.

=472=,

5, +Foiblesse+.--Les éd. ant. aj.: _Ie me connoy tant, que s’il

estoit party de moy chose qui me pleut, ie le deuroy sans doubte à la

fortune_.

7, +Ouurer+.--A l’employer, à la mettre en œuvre.

11, +Poësie+.--Il est sûr que c’est l’espèce d’ouvrage qui souffre

le moins la médiocrité, et c’est bien de la poésie et des poètes qu’on

peut dire: «Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas degré.» NAIGEON.

18, +Est+.--Ce mot manque dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

19, +Peuples+.--Des peuples tels que ceux dont il va être parlé,

qui, malgré sa puissance, marquèrent si vivement le mépris qu’ils

éprouvaient pour la mauvaise poésie de Denys.

29, +Olympiques+.--Ces jeux se célébraient tous les quatre ans à

Olympie. Pendant leur durée les hostilités étaient suspendues; les

femmes n’y pouvaient assister; seuls les Grecs (y compris ceux de leurs

colonies) pouvaient y prendre part. Ils comprenaient des courses de

chars et de chevaux;--des courses à pied;--la lutte, où les adversaires

étaient absolument nus et oints d’huile;--le pugilat, où ils avaient

la tête protégée par une calotte d’airain et usaient de gantelets en

lanière de cuir; cet exercice, toujours sanglant, était souvent mortel

et ceux qui s’y livraient mouraient presque tous avant l’âge; le

pancrace, comprenant la lutte et le pugilat; mais les poings étaient

nus, il était interdit de mordre et le combat se prolongeait jusqu’à

ce que l’un des adversaires se déclarât vaincu, aussi y avait-il

souvent mort d’homme;--le panthèle, se composant, comme l’indique son

nom, de cinq épreuves: la lutte, le saut, la course, le jet du disque

et celui du javelot; les enfants y prenaient part dans un concours

particulier.--Ils comportaient aussi des concours de poésie.--Les

vainqueurs étaient particulièrement honorés; les poètes, les sculpteurs

ont maintes fois célébré leurs hauts faits; Chylon, un des sept sages,

mourut de bonheur en embrassant son fils victorieux.

De nos jours on a cherché à faire revivre en Grèce, quelque peu

modifiés en raison des temps, ces jeux auxquels ce nom a été maintenu,

bien qu’ils aient lieu à Athènes. En 1906, les résultats des principaux

exercices ont été les suivants: Course, dite de Marathon, exécutée

sur le parcours suivi par ce guerrier qui, après la bataille de ce

nom (=490=), vint en toute hâte à Athènes annoncer la victoire et, sa

mission remplie, tomba mort d’épuisement aux pieds des magistrats: la

distance à franchir, 42 kil., l’a été en 2h 51 min.: il est à observer

que la route est dure et en mauvais état; même parcours (aller et

retour) sur vélocipède en 2h 41; saut en hauteur avec élan, 1m,77; sans

élan, 1m,56; lancement du disque, 35m,17.

30, +Faillit+.--Manqua, ne put aborder.

33, +Poëme+.--DIODORE DE SICILE, XIV, 104.

43, +Leneïens+.--DIODORE DE SICILE, XV, 74.--La tragédie dont il

est ici question, présentée par Denys aux fêtes Lenéennes (fêtes qui

avaient lieu à Athènes en l’honneur de Bacchus, et se célébraient par

des concours dramatiques), a nom «la Rançon d’Hector».

=474=,

1, +Conceut+.--V. N. =I=, 28: Tyran.

19, +Estage+.--Les éd. ant. portent: _Et en mon imagination mesmes,

ie ne conçoy pas les choses en leur plus grande perfection_, au lieu

de: «Et cette... estage».

25, +D’y aspirer+.--Var. des éd. ant.: _de me le representer_.

27, +Quelqu’vn+.--Ce quelqu’un, c’est Xénocrate. PLUTARQUE,

_Préceptes du mariage_, 26.

30, +Gratiis+.--«L’amitié même a besoin d’elles», a dit Moncrif. Dans

une épître à Fontenelle, le cardinal de Bernis écrit:

«Les Grâces seules embellissent

Nos esprits, ainsi que nos corps;

Et nos talents sont des ressorts

Que leurs mains légères polissent.»

36, +Moy+.--C’est pour me conformer à moi-même, être fidèle à mon

caractère.

=476=,

1, +Rabirius+.--Orateurs qui, au dire de CICÉRON, _Acad._, I, 2,

dissertaient sur toutes choses, sans art, en style vulgaire et sans

jamais conclure; ils appartenaient à la secte des Épicuriens, lesquels

méprisaient la rhétorique et la dialectique.

11, +Les raisons+.--Les éd. ant. font précéder ces mots de ceux-ci:

_Ce que i’ay à dire, ie le dis tousiours de toute ma force_.

13, +Commune+.--De sujets communs, de choses vulgaires.

15, +Exorde+.--CICÉRON, _De Universo_, 2.--L’exorde est la première

partie d’un ouvrage.

20, +Profonder+.--Approfondir.

26, +Iamais+.--Cela est particulièrement vrai pour Platon, qui est

souvent bien vide de choses et dont le plus grand mérite consiste dans

le style et l’élocution. NAIGEON.

30, +Affection+.--Var. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux:

_l’affectation_; version qui a été introduite dans la traduction.

34, +Platon+.--_République_, X.

40, +Seneque+.--Montaigne n’a ni les saillies de Sénèque, ni en

général son style et sa manière; il est plus dense, plus serré, plus

nerveux; il ne revient pas aussi souvent que Sénèque sur les mêmes

pensées et ne cherche pas autant que lui à faire de l’esprit; comme

lui, son style est heurté, inégal, mais la manière et la tournure

d’esprit diffèrent notablement. NAIGEON.

41, +Taire+.--L’ex. de Bord. porte: _faire_; variante adoptée dans la

traduction.

=478=,

6, +Tacitus+.--_De Oratoribus_, à la fin.

10, +Creu+.--«Ce n’est pas le langage de Montaigne, c’est son

imagination qu’il faut regretter.» VOLTAIRE.--Nonobstant, ce langage a

bien son mérite, eu égard à l’état de la langue française à l’époque où

il écrivait.

16, +Angoulemoisin+.--Ou mieux, comme porte l’ex. de Bordeaux:

_Angoumoisin_, patois de l’Angoumois et non d’Angoulême.

18, +Gascon+.--Les éd. ant. aj.: _pur et desirerois le sauoir_.

25, +Maistre Iean+.--Est ici synonyme de savant. Cette qualification

de «maistre», en dehors de son sens ironique (V. N. =I=, 112: Maistre

Iehan), était aussi donnée aux lettrés et à ceux qui excellaient

dans un art quelconque; elle est devenue courante à notre époque,

particulièrement à l’égard des gens du barreau et de bien d’autres

encore; quoique fréquemment employée abusivement, elle est de celles

qui flattent le plus ceux auxquels elle s’adresse, et bien rares sont

ceux qui s’en offusquent.

=480=,

16, +Beauté+.--C’est bien plutôt la force, la finesse, la ruse, en un

mot ce droit

«... qu’un esprit, vaste et ferme en ses desseins,

A sur l’esprit grossier des vulgaires humains»,

qui ont donné aux uns le pouvoir sur les autres. Les avantages

corporels ont contribué sans doute à établir, ou du moins à préparer

cette supériorité; mais la vraie source de ce pouvoir, et ce qui a

servi à le conserver chez ceux qui en jouissaient, n’est autre que

l’inégalité des facultés intellectuelles. La force physique asservit

un individu à un autre individu, mais elle ne lui soumet pas une

multitude; s’il est plus fort que tel ou tel homme, il est plus faible

que trois, que quatre, que dix; mais un degré supérieur d’intelligence

suffit pour fonder cette prééminence d’un individu sur tout un peuple.

Lucrèce n’a pas manqué de joindre sur ce point à la force physique la

supériorité de l’esprit, et s’il assigne également une grande influence

à la beauté, c’est lorsqu’elle se trouve réunie à la force corporelle

et au génie. NAIGEON.

23, +Presence+.--Prestance.

25, +Haulteur+.--VÉGÈCE, I, 5.

28, +Doigt+.--L’Église fait de même pour ses prêtres, et,

indépendamment des autres conditions à remplir, n’accepte pas, pour ces

fonctions, ceux de taille trop au-dessous de la moyenne, ou affectés de

défauts physiques qui prêteraient à la raillerie.

30, +Militaire+.--S’il n’a pas cette taille commune, déjà assez

faible, que le Courtisan exige pour son gentilhomme, et s’il était

au-dessous, je n’en voudrais pas comme soldat.

31, +Aristote+.--_Morale à Nicomaque_, IV, 7.

34, +Procerité+.--Haute taille; mot forgé, par Montaigne, du latin

_proceritas_, grandeur.

34, +Personnes+.--ARISTOTE, _Politique_, IV, 4, le dit des

Éthiopiens; en ce qui concerne les Indiens, c’est Strabon qui rapporte

que certains d’entre eux choisissaient pour roi le plus beau d’entre

les concurrents.

=482=,

2, +Hominum+.--La question de la beauté de Jésus-Christ a été souvent

débattue. Montaigne donne ici la prophétie de David dix siècles avant

sa venue: «Il est le plus beau des hommes»; d’autre part, deux siècles

après, le prophète Isaïe disait: «Nous l’avons vu, il n’avait ni éclat,

ni beauté»; on concilie ces deux témoignages opposés en objectant

qu’Isaïe le représente au moment de la Passion, quand il est abreuvé

d’outrages et en proie à la souffrance. Ce qui est, c’est qu’aucune

constatation pouvant être tenue pour authentique, n’existe. Ceux qui

en tiennent pour l’opinion de David font surtout valoir que du fait

même de sa divinité, il ne pouvait en être autrement; les autres,

que s’il en eût été ainsi, cela eût été immanquablement consigné

dans les documents de l’époque ayant trait à lui et notamment dans

les évangiles; ce qui porte à adopter une opinion moyenne et à dire

qu’il est probable qu’au point de vue physique, rien en lui n’attirait

particulièrement les regards, mais que la sublimité de sa vie a fait

croire à la beauté de ses traits.

2, +Platon+.--_République_, VII.

7, +Philopœmen+.--L’éd. de 80 porte: _Phocion_ (_ie puis aisement me

mesconter aux noms, mais non pas à la substance_).--Le fait est tiré

de PLUTARQUE, _Philopœmen_, 1. Philopœmen était le généralissime de la

Ligue achéenne (ligue qui subsista de =281= à =146=), constituée par

les principales villes du Péloponnèse (Grèce), pour sauvegarder leur

indépendance et dont pendant longtemps il fit triompher les efforts; il

mourut les armes à la main; on l’a surnommé le dernier des Grecs. A des

talents militaires sérieux, il joignait toutes les vertus civiques.

11, +Philopœmen+.--Var. de l’éd. de 80: _Phocion_.

28, +Maladies+.--Les éd. ant. à 88 portent: _quoyque ie m’en sois

serui assez licentieusement_, au lieu de: «rarement... maladies».

31, +Vns+.--Ce qui donne à penser que ceci a été écrit un peu après

1573, «pieça» n’existant pas dans les premières éditions.

37, +Euntes+.--C’est ce qui fait que les contemporains s’étonnent

souvent de ne pas reconnaître certains personnages dans les statues

qu’on leur élève après leur mort; c’est qu’avec juste raison le

sculpteur fait choix le plus souvent, pour les représenter, de l’époque

où, dans la plénitude de leurs moyens, ils ont accompli ce à quoi ils

doivent de se survivre. Si notre image doit passer à la postérité,

n’est-il pas juste que ce soit tel que nous étions «avant d’avoir

subi du temps l’irréparable outrage»? C’est ce qui conduisit la reine

Victoria d’Angleterre, alors octogénaire, à faire faire, dit-on, sa

statue la représentant à vingt ans, dans tout l’éclat de sa jeunesse

et de sa beauté, qui aurait été déposée, à l’insu de tous, dans une

chapelle close et à demi enfouie sous les ronces d’une de ses demeures

seigneuriales, et découverte par hasard quelques années après sa mort,

avec cette mention «qu’elle l’avait fait faire afin que l’on sût

qu’elle avait été jolie femme et épouse aimée».

=484=,

6, +Gourdes+.--Pesantes, maladroites; du latin _gurdus_ qui, en

langage trivial, signifiait sot, stupide; de gourd, vient engourdir.

8, +Clerc+.--A part cela, en dépit de ces défectuosités qui

n’entachent pas le fond, j’en sais autant qu’un autre.--Clerc est à

prendre ici dans le sens de savant, capable, comme dans la fable de La

Fontaine «les Animaux malades de la peste»:

«Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue

Qu’il fallait dévouer ce maudit animal.»

10, +Plume+.--Avant que l’usage des enveloppes de lettres se fût

généralisé, on pliait celles-ci pour les fermer; et avant l’invention

des plumes métalliques qui ne remonte guère qu’à quatre-vingts ans, on

écrivait avec des plumes d’oie, que chacun taillait pour s’en servir.

12, +Oyseau+.--Dans la chasse au faucon, et aussi avec d’autres

oiseaux y employés, chasse qui ne se pratique plus guère aujourd’hui,

l’oiseau prêt à être lancé, était encapuchonné et porté sur le poing,

jusqu’au moment où on le lâchait sur le gibier.

24, +Aurum+.--Les flots du Tage roulent de l’or en petite quantité.

26, +Soing+.--Montaigne avait d’abord écrit: _Ie ne treuue rien si

cherement acheté que ce qui me couste du souing_; addition portée sur

l’ex. de Bord. et qui finalement a été rayée.

36, +Inquietude+.--La parenthèse et ce qu’elle renferme ne figurent

pas sur le manuscrit de Bordeaux qui porte: _et en vn tel degré de sens

que i’ay senti en auoir occasion_; addition dont il a été tenu compte

dans la traduction.

38, +Austris+.--Les vents étaient fils du Ciel et de la Terre. Ils

avaient pour roi Eole, qui les tenait enfermés dans les cavernes

des îles Eoliennes (auj. Lipari, au N. de la Sicile), d’où il les

déchaînait sur la terre et les mers; les principaux étaient: Eurus, le

vent d’orient; Notus et Auster, les vents du midi; Borée et Aquilon,

les vents du nord; Zéphyr, celui d’occident. _Myth._

41, +Contenter+.--Je n’ai eu besoin que de la suffisance de me

contenter de ce que j’avais.--Les éd. ant. commençaient cette phrase

ainsi: _Estant né tel, qu’il ne m’a fallu mettre en queste d’autres

commoditez_...

=486=,

18, +Mises+.--De mes dépenses.

21, +Furibus+.--Montaigne détourne ici les paroles d’Horace de leur

vrai sens, pour les adapter à sa pensée.

=488=,

10, +Rabillage+.--Par l’incertitude de les prévenir ou de les

atténuer.

23, +Gaudisseur+.--Railleur. Gaudir, c’est se moquer par jeu et en

riant. NICOT.

=490=,

16, +Passé+.--Les auteurs anciens qu’il affectionnait.

24, +Sont+.--Dans une édition des Essais (Lefebvre, Lyon, 1595), on

a supprimé, comme injurieux pour la nation, ce passage qui relate un

propos que certains ont attribué au chancelier Michel de l’Hôpital.

TITE-LIVE ne nous avait pas beaucoup plus ménagés, dans ce passage

que Rabelais, dans _Gargantua_, traduit de la sorte: «Telle est la

nature et la complexion des Français, qu’ils ne valent qu’à la première

pointe: lors, ils sont pires que des diables; mais s’ils séjournent,

ils sont moins que femmes.»

=492=,

8, +Vtiles+.--C.-à-d. un prince ne peut faire ses affaires (réussir)

qu’en se conciliant la bonne volonté (l’affection de son peuple); et

nulles autres qualités (plus que celles qui viennent d’être indiquées)

ne peuvent lui gagner cette affection, lui être plus utiles.

16, +Plier+.--L’ex. de Bord. porte _tordre_, qui est bien plus

expressif.

26, +Humain+.--Les éd. ant. portent: _tel qu’il est, car il n’y a

rien qui ne soit digne d’estre veu_, au lieu de: «Tout y... humain».

26, +Aristote+.--_Morale à Nicomaque_, IV, 8.

29, +Apollonius+.--Sentence rapportée par PHILOSTRATE.

32, +Sert+.--Parce que cela lui sert, lui est utile.

38, +Sottise+.--«Il y a des vérités qu’il faut laisser au fond de

leur puits.»--«Les injures sont souvent des vérités sans voile.»--«La

vérité est utile à qui l’entend, nuisible à qui la dit.» TÉRENCE,

_Andrienne_.

=494=,

6, +Princes+.--Louis XI, Charles VIII.

8, +Macedonicus+.--AURELIUS VICTOR, _De Viris ill._, 66.--Nombre

d’éditions postérieures à 1595 ajoutent ici: _et publier_. Cette

variante, étant dans le sens de la phrase, a été adoptée dans la

traduction, bien que ne se trouvant ni dans les éd. antérieures, ni

dans l’ex. de Bordeaux.

9, +Regner+.--Maxime favorite de Louis XI.

20, +Chose+.--Donneraient un conseil de quelque utilité.

33, +Enfance+.--En 1537; Montaigne avait quatre ans.

=496=,

2, +Dissimulé+.--Cette phrase est à lier avec le membre de phrase qui

termine l’avant-dernier alinéa: «Qui est desloyal enuers la verité,

l’est aussi enuers le mensonge»; il en était ainsi dans les éd. ant. où

l’alinéa intermédiaire n’existe pas.

17, +Aristippus+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 68.

21, +Tout+.--Montaigne s’est déjà plaint de la faiblesse de sa

mémoire, liv. I, ch. IX (=I=, 58).

24, +Tablettes+.--Je ne saurais me charger de quelque commission,

sans en prendre note.

=498=,

32, +Maison+.--V. =III=, 156 et Notice sur les Illustrations, pl.

III, vol. =IV=, fasc. A.

=500=,

7, +Memoire+.--PLINE, _Nat. Hist._, VII, 24, dit que Messala Corvinus

oublia jusqu’à son nom.

8, +Trapezonce+.--Mourut dans une extrême vieillesse, ayant oublié

tout ce qu’il savait.

13, +Perfluo+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bord. portent _effluo_.

16, +Ciceron+.--«Je n’ai jamais ouï dire, écrit CICÉRON, dans son

_Traité sur la vieillesse_, 7, qu’un vieillard ait oublié l’endroit où

il avait caché son trésor; il se souvient à merveille de tout ce qui

l’intéresse, et sait fort bien ce qu’il a affermé ses terres, quels

sont ses créanciers et surtout ses débiteurs.»

26, +Dire+.--Mlle DE GOURNAY s’est livrée à ce travail qui porte sur

près de douze cents citations, et, sauf une cinquantaine, les a, à

peu près, toutes retrouvées, tâche difficile, l’auteur en ayant mêlé

parfois deux ou trois ensemble et parfois aussi les ayant altérées soit

dans la forme, soit dans le sens.

=502=,

10, +Occupation+.--Allusion à une anecdote que rapporte PLINE LE

JEUNE, V, 3, pour montrer combien son oncle, Pline l’Ancien, était

ménager de son temps, ayant été jusqu’à s’impatienter de ce qu’un de

ses amis assistant avec lui à une lecture, avait interrompu pour faire

répéter une phrase mal lue, mais cependant encore intelligible.

28, +Get+.--Ou mieux ject, du latin _jactus_. Ni avec des jetons, ni

avec la plume. V. N. =I=, 210: Ietter.

42, +Brossailles+.--Ceci s’applique à Démocrite, jugeant à Abdère, et

non à Athènes, des dispositions de Protagoras pour les sciences, en le

voyant arranger artistement des fagots. DIOGÈNE LAERCE, IX, 53 et AULU

GELLE, V, 3.

44, +Faim+.--L’éd. de 80 ajoute: _et fay grand doubte, quand i’auroy

vn cheual et son équipage, que i’eusse l’entendement de l’accommoder

pour m’en seruir_.

=504=,

4, +Suiet+.--Les éd. ant. ajoutent: _qui est moy_.

23, +Barleduc+.--Lors du voyage que la cour de France y fit en 1559,

le roi conduisant en Lorraine Claude de France, sa sœur, mariée au duc

Charles III.

24, +René+.--Le père du duc René, le vainqueur de Charles le

Téméraire, duc de Bourgogne. C’est ce roi René qui se retira en

Provence, ce qui donna lieu au dicton: «Se chauffer à la cheminée

du roi René», pour dire: se chauffer au soleil.--On a pensé que

l’exhibition de ce portrait avait eu pour objet de donner occasion aux

Guise d’entamer un plaidoyer en faveur de leur maison, afin d’obtenir

pour l’un des leurs l’investiture qui leur fut octroyée du duché de

Bar, lequel duché était distinct de la principauté du même nom qu’ils

détenaient déjà et qui à la mort du dit roi René avait fait retour à la

couronne de France; du reste François II était inféodé aux Guise dont

il avait épousé la nièce, Marie Stuart.

27, +Creon+.--Crayon; beaucoup de personnes encore prononcent créon,

d’après l’orthographe ancienne.

35, +Chrysippus+.--DIOGÈNE LAERCE, VII.

42, +Vent+.--Expression proverbiale fondée sur ce que font parfois

ceux qui, ne sachant où porter leurs pas, jettent une plume en l’air et

vont du côté vers lequel l’emporte le vent; ici, elle veut dire, comme

Montaigne l’explique lui-même, s’abandonner à la merci de la fortune.

=506=,

5, +Dets+.--Rabelais a aussi imaginé un procès ainsi jugé avec des

dés.

9, +Matthiam+.--Lors de l’élection par les Apôtres, pour se compléter

à douze, d’un des disciples du Christ, en remplacement de Judas qui

s’était donné la mort après l’avoir trahi et livré.--Le nom de Mathias

ne figure pas néanmoins parmi ceux des autres apôtres dont, à certain

moment de la messe, il est fait mention; tandis que celui de S. Paul,

quoiqu’il n’ait pas compté au nombre des apôtres proprement dits, s’y

trouve accolé à celui de S. Pierre. Cette anomalie tient précisément

à ce que Mathias n’a pas été choisi comme apôtre par Jésus-Christ

en personne et que S. Paul a été appelé à lui, sur le chemin de

Damas, par Notre-Seigneur lui-même; et il a été qualifié l’apôtre des

Gentils, parce que ses prédications ont eu principalement pour objet la

conversion des Gentils ou païens, plus que celle des Hébreux.

11, +Baston+.--Voyez combien de bouts a ce bâton; c’est-à-dire de

combien de façons chaque chose peut être présentée.

26, +Machiauel+.--Son principal écrit est «le Prince», ouvrage où il

enseigne aux tyrans le moyen de réussir, même au mépris de la justice

et de l’humanité, et où il expose cette détestable politique qui a

reçu, de son nom, la qualification de machiavélique. On a aussi de

lui le «Discours sur Tite-Live», où il se montre grand penseur et où

l’on retrouve des doctrines non moins perverses; enfin, des comédies

licencieuses. Quelque opinion que l’on ait de sa moralité, on ne peut

contester qu’il ne soit un grand écrivain.

=508=,

5, +Remuement+.--Cette assertion étrange, qui étonne de la part de

Montaigne, quelque satisfait qu’il pût être de son propre sort et si

assoiffé qu’il fût de tranquillité, ne s’explique que par la lassitude

résultant de l’état de troubles et de guerres civiles continues, durant

lequel tout allait de mal en pis, qui en son siècle a désolé la France.

23, +Monde+.

«Sans songer comment va la flotte

Qui vogue avec moi sur les eaux,

Je laisse la crainte au pilote,

Et la manœuvre aux matelots.» GRESSET.

26, +Celeste+.--Ne dirait-on pas ceci écrit de nos jours quand on

voit combien le peuple, sans distinction aucune, pas plus sous le

rapport de l’intelligence que sous celui des moyens d’existence,

et les plus fortunés, à cet égard, plus encore peut-être que ceux

qui le sont moins, se désintéressent absolument des actes de leurs

mandataires.--C’est ainsi qu’on en est arrivé à voir ces atteintes

légales ou illégales journellement portées à la liberté religieuse,

à la liberté politique, à la liberté du travail, à la liberté

individuelle, à toutes les libertés, et souffrir toutes licences de

quiconque a une attache gouvernementale officielle ou officieuse;

à être témoin d’un gaspillage des deniers publics tel que ni

l’accroissement effrayant de notre dette, ni l’augmentation continue

des impôts n’y peuvent suffire; à assister à la délation érigée en

système de gouvernement, à l’antimilitarisme progressant sans cesse

dans notre armée de terre et de mer dont les chefs sont constamment

tenus en suspicion et jamais soutenus; à l’impossibilité d’obtenir

justice pour qui n’adhère pas hautement et ne donne de gages aux

idées sectaires qui nous dominent; c’est à cela encore que nous

devons notre politique étrangère si hésitante et si timorée, ces

tendances à accroître les monopoles de l’État si contraires à toutes

les lois économiques et que nous devrons l’impôt sur le revenu qui

nous assujettira tous au bon plaisir des répartiteurs.--Il faudrait

cependant réagir, et pour cela d’abord ne pas s’abandonner comme nous

le faisons tous, les partis extrêmes exceptés. Lors des élections, des

comités se forment qui provoquent des réunions électorales, donnant à

ce moment un coup de collier; mais une fois les élections terminées,

plus rien, c’est fini, les comités se dissolvent ou sommeillent, on

laisse aller les choses à vau-l’eau; sauf, comme nous venons de le

dire, chez les partis avancés, qui, eux, ne perdent pas de vue leur

élu, lui envoient des injonctions, l’obligent de temps à autre à venir

s’expliquer, rendre compte de son vote. C’est là ce que tous doivent

faire; les comités demeurer constitués en permanence, pour secouer

l’apathie des électeurs, les convoquer chaque fois que des questions

importantes sont à l’ordre du jour, recueillir leur manière de voir,

la porter à la connaissance de leur mandataire, de telle sorte qu’il

n’en ignore et y puise une force qui lui permette de réagir contre les

influences étrangères qui trop souvent déterminent son vote; et, lors

des réélections, rejeter impitoyablement tous ceux qui auraient forfait

par faiblesse ou autrement aux idées sous l’empire desquelles ils

avaient été élus.

Mais surtout il ne faudrait pas aux élections, entre les divers groupes

de conservateurs (monarchistes et républicains), de ces divisions

intransigeantes qui sont la chance la plus sûre de leurs adversaires

communs, lors même que ceux-ci, ce qui est le cas le plus fréquent, ont

l’infériorité numérique. Il devrait être de règle absolue qu’au premier

tour de scrutin, si l’accord n’a pu se faire, que chacun vote suivant

ses préférences; mais qu’au second tour, n’en tenant plus aucun compte,

tous, sans exception aucune, votent pour le candidat conservateur qui

aurait obtenu le plus de voix au premier tour, tous les autres se

désistant en sa faveur; hors de là, pas de salut!

Voilà pour l’avenir; en ce qui touche le présent, alors qu’on voit ceux

qui détiennent le pouvoir, manquer au premier de leurs devoirs qui

est de s’appliquer à faire régner l’ordre et la paix dans le pays, y

semer l’inquiétude, fomenter l’agitation et, se faisant les complices

des fauteurs de troubles, le mener à sa ruine, comment s’étonner de

voir certains caractères énergiques qui, estimant que les grands maux

appellent les grands remèdes, cherchent à stimuler le clan si craintif

et si veule des conservateurs de toutes nuances et préconisent le

recours à la violence, comme en Russie, mais dans un but diamétralement

opposé, contre les criminels qui entretiennent pareil état de choses,

provoquant contre eux des actes individuels dont il est malaisé de se

défendre parce qu’ils ne peuvent se prévoir et que celui qui a fait le

sacrifice de sa vie est maître de celle d’autrui, à l’exclusion de tout

acte collectif qui, dirigé contre quiconque dispose de la force et de

la légalité, serait en ce temps de télégraphe, de téléphone, d’armes à

tir rapide, inévitablement écrasé dès qu’il serait démasqué.

32, +Contradiction+.--C.-à-d., si on s’aperçoit qu’on manque de

jugement, cela seul est au contraire une preuve qu’on en a.

40, +Disposition+.--De bonne santé, c’est le sens qu’a encore

aujourd’hui l’adjectif dispos.

40, +Beauté+.--Les éd. ant. ajoutent: _et de la noblesse_; addition

qui avec juste raison a disparu, car la différence est grande entre

le titre et la chose, elle existe chez beaucoup qui ne sont point

qualifiés pour la posséder et inversement, et dans bien des cas le

monde est loin de ratifier le jugement qu’à cet égard chacun porte sur

soi.

=510=,

2, +Touchons+.--Nous sentons, nous apercevons bien facilement si

elles surpassent les nôtres.

6, +Peine+.--Et encore avec beaucoup de peine.

10, +Nom+.--Les éd. ant. ajoutent: _Le plus sot homme du monde pense

auoir autant d’entendement que le plus habile_.

13, +Art+.--C.-à-d. on doit s’attendre à fort peu d’encouragements

et d’éloges à propos des ouvrages philosophiques et des simples

productions de l’entendement que nous pouvons écrire parce que les

savants qui les ont dans leur domaine, ne font cas que de l’érudition

et de l’art et n’attachent de prix qu’à la science.

22, +Sens+.--Du jugement.

26, +Siennes+.--«D’où vient qu’un boiteux ne nous irrite pas et qu’un

esprit boiteux nous irrite? C’est qu’un boiteux reconnaît que nous

marchons droit et qu’un esprit boiteux dit que c’est nous qui boitons.»

PASCAL.

=514=,

24, +Nul+.--J’ai soixante-dix ans, j’ai vu et approché beaucoup de

monde et je puis en dire autant. Bien rares sont les hommes qui, vus de

près, s’élèvent notablement au-dessus de la moyenne des gens que nous

tenons comme bien doués; plus rares encore sont ceux qui présentent

un ensemble de qualités essentielles dont rien ne trouble l’harmonie.

Parmi ces exceptions je n’en ai guère connu que trois: le général

Desvaux, le commandant du Vallon, le général Niox.

Le général Desvaux (1810 à 1885), dont j’ai été l’officier

d’ordonnance, devenu sous-gouverneur de l’Algérie et commandant de

la cavalerie de la Garde impériale en 1870, à Metz, où il fut l’un

des rares membres, le seul, dit-on, du Conseil de guerre, convoqué

à la dernière heure, qui se soit prononcé contre la capitulation,

était un homme chez lequel le jugement, l’instruction, la capacité,

le caractère et les qualités du cœur allaient de pair; c’était un

excellent administrateur et un chef militaire de premier ordre. A

diverses reprises, après nos désastres, le Ministère de la guerre lui

fut offert; il s’y refusa, les nécessités de la politique intérieure du

moment rendant impossible l’obtention des mesures que son intégrité et

son esprit de discipline lui faisaient considérer comme indispensables

et sur lesquelles sa conscience ne lui permettait pas de transiger.

Le commandant du Vallon (1837 à 1866), tué au Mexique, étant à 29 ans

déjà chef d’escadron et officier de la Légion d’honneur, et qui par sa

grande intelligence, son esprit résolu, son ampleur de vue, sa facilité

d’élocution, sa carrière si brillamment commencée, était appelé, si

la mort ne l’eût arrêté, à de hautes destinées, étant donnés les

événements qui ont suivi et dont seul Gambetta a émergé, tant étaient

grandes les médiocrités, pourtant si nombreuses, en situation de

devenir quelqu’un, qui s’y sont trouvées mêlées.

Le général Niox (né en 1840), l’ami de toute ma vie, devenu commandant

de la place de Paris, puis des Invalides et Directeur du Musée de

l’armée, qui lui doit son organisation. Remarquable entre tous par son

intelligence supérieure, un jugement jamais en défaut, une honnêteté de

sentiments à toute épreuve et une grande indulgence naturelle affermie

par ses idées philosophiques, il est bien regrettable, au point de vue

de l’intérêt commun, qu’une faiblesse de l’ouïe l’ait empêché, comme

toutes ses qualités et connaissances l’y appelaient, d’arriver à la

direction de notre état militaire qui n’eût jamais été en meilleures

mains.

34, +Liures+.--Les éd. ant. aj.: _et de la science_.--Cette classe de

gens qui, de nos jours, a nom «intellectuels», n’a pas varié dans leurs

vaniteuses prétentions qui les poussent parfois hors des bornes de la

raison; ils ont de la science, de l’esprit à foison, mais pas toujours

du bon sens, appelé si à tort du sens commun.

=516=,

12, +Hierosme+.--S. Jérôme; a laissé un grand nombre d’écrits, les

uns historiques, les autres polémiques, dans lesquels il combat les

hérésies de son temps; son style est pur et éloquent, mais il se laisse

entraîner à de vifs emportements; son plus beau titre est sa traduction

latine de la Bible, faite sur l’hébreu, connue sous le nom de Vulgate

et adoptée comme canonique par le concile de Trente.

14, +Institution+.--Système d’instruction ou mieux d’éducation.--Se

reporter particulièrement à ce sujet au ch. XXIV du liv. I.

22, +Elle+.--Notre éducation nous a appris.

34, +Lecteur+.--Lecteur public, professeur.

37, +Vie+.--Polémon, dans sa jeunesse, s’était livré à la

dissipation; la leçon qu’il entendit de Xénocrate parlant sur la

tempérance, lui fit concevoir une telle honte de ses excès, qu’il se

convertit aussitôt à la philosophie; il devint le disciple le plus zélé

de Xénocrate et mérita de lui succéder dans la chaire de l’Académie.

DIOGÈNE LAERCE, _Polémon_, IV, 16; VALÈRE MAXIME, VI, 9, etc.

=518=,

22, +Excellent+.--Daurat, de Bèze, etc., sont ici cités pour leurs

poésies en latin; Ronsard, du Bellay comme poètes français.

30, +Vieillesse+.--A la bataille de S.-Denis (1567) où, lors de la

deuxième guerre de religion, les catholiques furent vainqueurs, mais

perdirent leur chef le connétable de Montmorency, homme d’une austérité

qui atteignait à la rudesse.

33, +De la Nouë+.--Après avoir changé plusieurs fois de parti, fut

blessé mortellement, pour le service de Henri IV, au siège de Lamballe

(Bretagne); on a de lui des «Discours politiques et militaires»,

mémoires qui renferment des faits intéressants.

34, +Parts+.--Partis, factions.

36, +I’ay pris+.--Cet alinéa, consacré à Mlle de Gournay, n’existe

pas dans les éditions antérieures; c’est en effet seulement lorsque

Montaigne vint à Paris pour surveiller l’impression de l’édition de

1588, qu’il fit sa connaissance.--Dans l’édition de 1635, qu’elle-même

a publiée, ce passage est modifié ainsi qu’il suit: les mots «_beaucoup

plus que_» et les deux membres de phrase ci-après: «_Et enueloppée...

au monde_», «_Et entr’autres... cruellement_», sont supprimés. Il est à

croire qu’ils avaient prêté à de malignes interprétations et que leur

suppression dont elle s’excuse en disant: «_En ce seul poinct ai-je

esté hardie, de retrancher quelque chose d’vn passage qui me regarde_»,

a été une concession qu’elle a faite aux mauvaises langues de son

temps, de même que quelques autres coupures dans cette même édition

ont été une satisfaction donnée aux scrupules de ceux que choque une

certaine liberté d’expressions.--Cicéron avait eu aussi sa Marie de

Gournay: une dame romaine nommée Carolli se lia d’intimité avec lui, en

tout bien, tout honneur, par amour pour la philosophie; elle avait 70

ans. Marie de Gournay n’en avait que 22.

38, +D’alliance+.--Marie le Jars, demoiselle de Gournay du nom du

lieu où elle habitait (1565 à 1645), née à Paris.--Elle avait dix-huit

ans, quand ayant lu les deux premiers livres des Essais, elle se prit

pour leur auteur d’une véritable admiration. En 1588, ayant appris

la présence de Montaigne à Paris, elle vint l’y voir et le charma si

bien par son esprit et son érudition, qu’elle réussit à l’attirer

à Gournay, en Picardie, chez sa mère, où il fit plusieurs séjours

prolongés. De retour chez lui, il s’empressa d’insérer dans la nouvelle

édition en préparation de son ouvrage, celle à laquelle la mort

l’empêcha de mettre la dernière main, l’éloge de sa jeune admiratrice,

qu’il qualifie sa fille d’alliance.--Mademoiselle de Gournay pleura

Montaigne comme un père lorsqu’il mourut cinq ans plus tard; elle et

un ami, le poète Pierre de Brach, l’avaient aidé lors de l’impression

de sa dernière édition, aussi les désigna-t-il comme exécuteurs d’une

réédition à laquelle il travaillait lorsque la mort vint l’atteindre.

En vue de cette réédition il avait annoté et retouché un exemplaire de

son édition de 1588; fidèle observatrice de ses intentions, sa veuve,

pour ne pas se défaire de l’original, chargea Pierre de Brach de la

mise au net de ces notes manuscrites, qu’il transcrivit en leur lieu

et place sur un autre exemplaire de cette même édition, se bornant à

rectifier quelques incorrections, et cette copie, envoyée en 1594 à

Mademoiselle de Gournay qui la fit imprimer accompagnée d’une trop

longue préface qu’elle-même avait composée, constitua l’édition de

1595. Cette copie est perdue; quant à l’original, longtemps ignoré,

il a été retrouvé deux siècles après chez les Feuillants de Bordeaux

et se trouve actuellement à la bibliothèque de cette ville.--Ce pieux

devoir accompli, Mademoiselle de Gournay, en 1596, se rendit en Guyenne

pour faire visite à la veuve et à la fille de son père par alliance, et

s’inspirer de la vue des lieux où il avait vécu et où il avait écrit ce

livre qu’elle mettait au-dessus de tout; elle n’avait alors que 29 ans;

elle en vécut encore cinquante, toujours fidèle au culte de Montaigne,

ne publiant pas moins de onze éditions de ses Essais, dont la dernière

en 1635, magnifique in-folio qu’elle eut la bonne fortune de pouvoir

dédier au cardinal de Richelieu. Elle-même était écrivain, et prit

une large part au mouvement littéraire de l’époque; on a d’elle des

poésies, quelques écrits dont le plus remarquable est «L’Égalité des

hommes et des femmes», et des traductions de morceaux de Virgile, de

Tacite et de Salluste.

=520=,

7, +Bastantes+.--Suffisantes; de l’italien _bastare_, suffire, d’où

vient également «baste» encore en usage dans le style familier.

12, +Quartier+.--Pays.

15, +Consideration+.--Il est à remarquer que Montaigne parle toujours

avec plus de chaleur et d’enthousiasme de ces liaisons où le sang n’est

pour rien, de son amitié avec La Boétie, de son alliance avec Mlle de

Gournay, que de ses affections de famille.

16, +Aage+.--Dans ce siècle, en ce temps.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 451 / 504 题