=10=,
1, +Cæsar+.--SUÉTONE, _Auguste_, 25.
10, +Meurte+.--Myrte; ce nom de meurte lui était assez général dans
le midi de la France.
12, +Flambeau+.--Lors de la première guerre punique, après la
bataille de Mylos (=260=), la première victoire navale qu’ils aient
remportée, les Romains décernèrent au consul Duilius, avec les honneurs
du triomphe, le privilège de se faire accompagner, le soir, à la lueur
de flambeaux et au son des flûtes; de plus, une colonne rostrale fut
élevée sur le forum, colonne qui existe encore, restaurée à la vérité,
et sert actuellement de support à un réverbère!
13, +Titres+.--Après la Révolution de 1793, Napoléon rétablit la
noblesse en France. Déjà en 1804, Masséna, entre autres, avait été
fait duc de Rivoli; mais de 1806 date réellement la constitution de la
noblesse impériale qui, dès le début, outre les royautés des Espagnes,
de Hollande, de Naples et de Sicile, la vice-royauté d’Italie, comprit
les duchés de Dalmatie, d’Istrie, du Frioul, de Cadore, de Bellune, de
Conégliano, de Trévise, de Feltre, de Bassano, de Vicence, de Padoue
et de Rovigo; auxquels vinrent s’ajouter plus tard et successivement
ceux de Bénévent, Gaète, Otrante, Ponte-Corvo, Reggia, Trente, Massa,
Carrare, Parme, Plaisance, Clèves et Berg, d’Auerstadt, d’Elchingen,
les principautés de Guastalla, de Neufchatel, de Wagram, d’Essling,
etc. Les Ministres, Sénateurs, Conseillers d’État, etc., devinrent
comtes; les Présidents des diverses cours, les évêques, les maires des
52 villes les plus importantes de l’empire devinrent barons; réserve
était faite pour les généraux, préfets, officiers civils et militaires
des titres qui pouvaient être conférés à chacun.--De nombreuses
dotations furent jointes à certains de ces titres, elles arrivèrent
à dépasser 30.000.000 fr. de revenus, dont partie constituaient
des majorats, c’est-à-dire étaient attribués à titre perpétuel et
inaliénable à l’aîné des fils. Ces majorats pouvaient être également
constitués, avec ou sans le concours de l’État, par le dignitaire
lui-même: les grands dignitaires de l’empire, en affectant 200.000
fr. de revenus à ces majorats, conféraient à leur fils le droit de
porter le titre de duc, dès le vivant du père; les comtes ayant 30.000
fr. de revenus, les barons en ayant 15.000 et en constituant un tiers
en majorat, dotaient l’aîné de leurs enfants du titre immédiatement
inférieur au leur et les autres étaient chevaliers; de ce fait, le
budget est aujourd’hui encore grevé de plus d’un million.--En tout,
Napoléon Ier a fait 9 princes, 32 ducs, 388 comtes et 1.000 barons.
Trois générations successives dans la Légion d’honneur transmettaient
la noblesse à toute la descendance; cette disposition, tombée
d’elle-même, n’a pas été abrogée.
Enfin en 1811, on procéda à la régularisation des anciens titres
féodaux, qui avaient été supprimés par décret du 17 juin 1790 de
l’Assemblée constituante.
En principe, l’institution des titres de noblesse se justifie
parfaitement; mais la prodigalité les discrédite et leur perpétuité,
qui contribue à les multiplier outre mesure, les fait tomber dans la
banalité et leur enlève tout stimulant. Leur transmission semblerait
devoir être limitée à une, deux, trois ou quatre générations au plus,
chacune ne conservant que le titre immédiatement inférieur à celui de
la génération précédente, si par elle-même elle n’en a acquis un plus
élevé. C’est le système inverse qui est appliqué, aggravé encore par
les substitutions, abus que rien ne justifie, qui font que sur les
50.000 nobles qu’on peut compter en France, un millier à peine peut se
prévaloir de titres qui soient indéniables.
Quant à la particule _de_, dite nobiliaire et regardée communément
comme attestant une noble origine, elle n’a jamais eu, par elle-même,
ce caractère et n’est pas un critérium infaillible de noblesse.
Abolis à nouveau par la République de 1848, les titres de noblesse ont
été une seconde fois rétablis en 1852 par le prince Louis Napoléon.
13, +Armoiries+.--La maison d’Estaing, par exemple, portait des
fleurs de lys dans ses armoiries, parce qu’à la bataille de Bouvines
(1214), l’un des siens avait sauvé la vie au roi Philippe-Auguste.
=12=,
3, +Sainct Michel+.--L’ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI
en 1469. Cet ordre, primitivement destiné à la haute noblesse, finit
par être accordé aux gens de robe, de finance, etc.; supprimé à la
Révolution, rétabli à la Restauration, il a été définitivement aboli en
1830.
10, +Plustost... vtile+.--Var. de 80: _qu’à nulle autre_.
12, +D’occasions+.--Add. des éd. ant.: _c’est vne monnoye à toute
espece de marchandises_.
16, +Trahison+.--Add. des éd. ant.: _et autres que nous employons à
nostre vsage, par l’entremise d’autruy_.
28, +Fidelité+.--L’éd. de 80 port.: _frugalité_.
32, +D’honneur+.--Ces récompenses honorifiques.
34, +Largesse+.--Les décorations sont en effet un moyen précieux
de reconnaître le mérite et les services rendus; mais l’abus le
déconsidère; et ce que constate ici Montaigne pour l’ordre de S.-Michel
est presque chose faite pour notre ordre de la Légion d’honneur qui
pendant près de trois quarts de siècle a été à si juste titre en si
haute estime; si bien qu’aujourd’hui, nombre de ceux qui croient
l’avoir mérité, dédaignent de le porter, tant il a été prodigué; au
commencement de 1907, en effet, on ne comptait pas moins, en France,
de 52.000 membres de la Légion d’honneur et 220.000 décorés ou
médaillés de tous ordres nationaux; jamais il n’avait été fait pareille
débauche de décorations que depuis que nous sommes en République,
gouvernement qui par sa nature même devrait en être plus sobre que
tout autre.--Outre l’abus qu’on fait de cette décoration, on en crée
journellement de toutes sortes; croix et médailles pullulent, sans
compter les décorations étrangères pareillement distribuées avec non
moins de profusion et sans plus de raison; aussi les unes comme les
autres ont-elles perdu tout prestige, et de prime abord et jusqu’à
plus ample informé, elles témoignent plutôt de l’intrigue que du
mérite.--Depuis trente ans, certains de nos gouvernants, inespérément
arrivés au pouvoir dont ils ne savent que mésuser, ne voient là qu’une
ressource facile et commode de donner satisfaction, sans qu’il leur
en coûte rien, à ceux qui les y ont portés et à l’entourage qui les
flatte et souvent gouverne en leur nom; d’autres entraînés par les
théories socialistes, dont ils sont les apôtres généralement plus
intéressés que convaincus, y ajoutent l’arrière-pensée d’arriver à tuer
par le discrédit une institution qu’ils exècrent, parce qu’elle leur
vient d’une autre époque et qu’elle porte atteinte à l’égalité qu’ils
poursuivent, en ramenant le plus possible, ici comme en tant d’autres
choses, tout ce qui a tendance à s’élever à leur niveau moral, au
niveau inférieur.
35, +Nostre+.--Montaigne dit «nostre», parce que lui-même était
chevalier de S.-Michel; l’ordre du S.-Esprit, créé vers cette époque,
l’était quand il écrivait ce chapitre, puisqu’il en parle un peu plus
loin, seulement il ne l’avait pas.
=14=,
10, +Parle+.--La vaillance militaire.
14, +Militaire+.--C’était l’idée de l’amiral de Coligny; il voulait
réunir tous les Français dans une guerre visant la conquête des
Pays-Bas espagnols; Charles IX semblait goûter ce plan, avant de
s’engager dans la S.-Barthélemy, et ce fut le motif par lequel, à la
cour, on retint, à ce moment-là, Coligny qui se méfiait. Il se peut que
Montaigne ait écrit ce passage sous une réminiscence de ce fait.
=16=,
2, +Derniere+.--L’ordre du S.-Esprit, institué par Henri III en
1578.--Pour y être admis, il fallait être catholique et avoir déjà
reçu l’ordre de S.-Michel. Il est passé par les mêmes vicissitudes
que ce dernier (V. N. =II=, 12: Sainct Michel).--Ces ordres et celui
de S.-Louis, créé plus tard, disparus à la Révolution, ont fait
place quelques années après à celui de la Légion d’honneur, qui seul
subsiste aujourd’hui. Institué par décret des Consuls du 19 mai 1802,
il fut inauguré le 14 juillet 1804. Le Chef de l’État en est le
Grand-Maître; l’administration en est confiée à un Grand-Chancelier qui
travaille directement avec lui; cet ordre est destiné à récompenser
les services civils et militaires, il se compose de 80 grands-croix,
200 grands-officiers, 1.000 commandeurs, 4.000 officiers et un nombre
illimité de chevaliers (V. N. =II=, 10: Titres).--En dehors de cet
ordre, et de catégorie tout autre, nous avons encore nombre de
récompenses honorifiques, dont la médaille militaire et la médaille
d’honneur ou de sauvetage, dont le prestige à bien juste titre est
intact, parce que généralement elles sont méritées; les Palmes
académiques, le mérite agricole qui se distribuent par brassées, les
médailles commémoratives et d’autres de toutes natures, sans compter
les Ordres coloniaux, auxquels il faut ajouter les Ordres étrangers,
qui pullulent également, au point qu’aujourd’hui en France est décoré
qui veut, et que seuls se remarquent ceux qui ne le sont pas.
11, +Propos+.--Les éd. ant. aj.: _et nous estant si familier par
l’air François qu’on lui a donné si perfect et si plaisant_.
19, +Force+.--_Virtus_, en latin, signifie force, courage; de là est
venu le mot français vertu, ces qualités constituant, chez les anciens,
la vertu par excellence. «La force, dit J.-J. ROUSSEAU, _Émile_, V, est
la base de toute vertu; la vertu n’appartient qu’à un être faible par
sa nature et fort par sa volonté» (V. N. =II=, 86: Vertueux).
20, +Militaire+.--Cela était encore vrai du temps de Montaigne, mais
a cessé d’être. Quand, à la Révolution, Napoléon rétablit les titres
nobiliaires, par une pensée bien digne de son génie, il s’en servit
pour récompenser tous les genres de mérites et de services, aussi
bien ceux rendus dans la vie militaire que dans les charges civiles;
dans les lettres, les arts, les sciences, le commerce, l’industrie,
l’agriculture qu’à la guerre, et son exemple a été suivi depuis.