CHAPITRE III.

Il n’est question qu’à la fin de ce chapitre de ce qui fait l’objet

de son en-tête, qui ne s’expliquerait guère, par ce seul fait, si,

se rappelant ce passage de Strabon: «C’est un bel usage de l’île de

Ceos que, lorsqu’on ne peut plus vivre avec honneur, on ne vive pas

misérable», on ne se disait que Montaigne a tout simplement interverti

l’ordre de son sujet et l’a commenté avant de l’exposer.

24, +Cathedrant+.--Docteur, celui qui enseigne en chaire.

24, +Volonté+.--Les éd. ant. port.: _sacro-sainte volonté_.

26, +Contestations+.--Dans ce chapitre, l’auteur penche visiblement

pour le suicide; mais ne voulant pas mettre les théologiens contre lui,

il débute en rééditant son adhésion à tout ce qui, chez eux, est de

principe, ainsi qu’il agit chaque fois qu’il va émettre une proposition

tant soit peu hardie et en opposition avec les idées en cours,

déclarant que telle n’est pas sa croyance et qu’il ne fait qu’enquérir

et débattre.--J.-J. ROUSSEAU, dans ses fameuses lettres pour et contre

le suicide (_Nouvelle Héloïse_, liv. II, lettres 1 et 2), a puisé ici

plusieurs des arguments qu’il met en avant.

26, +Philippus+.--En =338=, après la bataille de Chéronée.--Cet

exemple et les suivants sont tirés de PLUTARQUE, _Apophth. des

Lacédémoniens_.

30, +Agis+.--Agis I, roi de Sparte.

«Qui sait mourir, n’a plus de maître.» SULLY PRUDHOMME.

31, +Viure+.--_Vraiement_ (add. des éd. ant.).

=630=,

3, +Mesme+.--Les Romains avaient rendu un décret autorisant à se

tuer quiconque auquel la vie avait cessé de plaire.--MONTESQUIEU,

J.-J. ROUSSEAU se prononcent en faveur du suicide; MADAME DE STAEL le

présente comme un acte héroïque. V. N. =I=, 632: Contraste.

7, +Maison+.--Son maître lui demandait «le pot à pisser», l’enfant

refusa; son maître insistant, il préféra se tuer que d’accomplir ce

qu’il considérait comme déshonorant.

10, +Volontiers+.--En =330=, à la suite du refus qu’ils faisaient de

lui donner cinquante de leurs enfants en otage. V. N. =I=, 226: Païs.

12, +Dit+.--Celui qui parle ainsi, c’est SÉNÈQUE, _Epist._ 70.

19, +Romains+.--TACITE, _Annales_, XIII, 56.--Boiocalus, chef d’une

peuplade de Germains, revendiquait des terres disponibles, pour prix de

sa fidélité envers Rome; déçu de sa demande, il fit cette réponse et

tenta d’acquérir par la force ce qu’il ne pouvait obtenir autrement;

mais le sort des armes lui fut défavorable, lui et ses gens furent

exterminés (58).

25, +Maladie+.--La plupart de ces idées sont de SÉNÈQUE, _Epist._ 69

et 70.

41, +Mediane+.--C’est la veine qui paraît dans le pli du coude.

=632=,

2, +A tuer... insensibles+.--_Et vescut depuis ayant cette partie du

corps morte_ (var. des éd. ant.).

3, +Insensibles+.--PLINE, _Nat. Hist._, XXV, 3.--Cicéron le cite

comme un critique émérite qui distinguait aisément de quels auteurs

étaient tels ou tels vers qu’on lui citait, tellement il était fait à

la manière de chacun.

6, +Stoiciens+.--CICÉRON, _De Finibus_, III, 18.

14, +Hegesias+.--DIOGÈNE LAERCE, 94.

20, +Speusippus+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 3.

22, +Contraste+.--EURIPIDE attache au suicide une sorte de

flétrissure;--PYTHAGORE dit que l’homme est à son poste comme

une sentinelle et qu’il ne peut l’abandonner sans l’ordre de son

général;--PLATON érigeait en principe que nous ne devons pas quitter

le poste où les dieux nous ont placé;--ARISTOTE le tient pour une

lâcheté;--CICÉRON met ces paroles dans la bouche de Paul-Émile, parlant

à Scipion, son fils adoptif: «Vous devez constamment retenir votre âme

dans le corps où elle a son poste, autrement vous seriez coupable de

rébellion envers la bonté divine»;--MARTIAL opine dans le même sens

dans plusieurs de ses épigrammes: «Il est bien facile de mépriser la

vie, quand on est dans le besoin; le véritable courage consiste à

soutenir dignement sa misère». «Tandis que Fannius fuyait son ennemi,

il se tue lui-même; n’est-ce pas, je vous le demande, une étrange

folie, que de se tuer pour échapper à la mort?» «Je n’approuve pas un

homme qui achète la renommée au prix de son sang, qu’il lui est aisé de

répandre; j’estime celui qui peut se rendre digne de louanges sans se

donner la mort.»--Sénèque: «Mourir ainsi, c’est s’avouer vaincu.»--S.

AUGUSTIN dit que c’est à tort qu’on a exalté Lucrèce, Caton et d’autres

qui se sont abandonnés au suicide.--NAPOLÉON: «S’abandonner au chagrin

sans y résister, se tuer pour s’y soustraire, c’est se retirer du champ

de bataille avant d’avoir vaincu.»--LAMARTINE: «Quant à moi, je serais

déjà mort mille fois de la mort de Caton, si j’étais de la religion de

Caton; mais je n’en suis pas, j’adore Dieu dans ses desseins; obéir à

Dieu, voilà la vraie gloire; mourir, c’est fuir.» V. N. =I=, 630: Mesme.

«Il est plus grand, plus difficile,

De souffrir le malheur que de s’en délivrer.» Mme DESHOULIÈRES.

22, +Plusieurs+.--Les éd. ant. aj.: _outre l’authorité qui en

défendant l’homicide, y enueloppe l’homicide de soy-mesme: d’autres

philosophes_...

36, +Caton+.--V. N. =III=, 324: Regulus; N. =II=, 430: Premier.

=634=,

28, +Vsque+.--_Sæpe vsque_ (var. de 80).

32, +Loix+.--Liv. IX.

42, +Desdaigner+.--L’assertion n’est pas établie d’une manière

absolue. Certains cas de suicide semblent avoir été constatés chez

quelques animaux. Outre ce qu’on dit du scorpion qui, entouré de

charbons ardents, se pique de son propre dard pour se donner la mort,

Montaigne donne comme exemple d’attachement (=II=, 172) le fait de

deux chiens se jetant d’eux-mêmes dans les bûchers où brûlaient les

corps de leurs maîtres. On cite comme s’étant laissé mourir de faim le

cheval de Nicomède, roi de Bithynie, après que celui-ci eut été tué (N.

=II=, 184: _Ora_); et Varron en mentionne (N. =II=, 176: Parenté) un

autre qui se serait de lui-même précipité et brisé la tête, parce qu’on

venait de lui faire saillir sa mère.

=636=,

5, +Ἐξαγωγήν+.--«Sortie raisonnable»; c’était l’expression employée

par les Stoïciens. DIOGÈNE LAERCE, VIII, 130.

11, +Milesiennes+.--PLUTARQUE, _Des Faits vertueux des femmes_.

11, +Reliques+.--Restes; du latin _reliquiæ_ qui a même

signification. Reliques en français ne se dit plus guère que des saints

que l’on conserve et propose à la dévotion des fidèles.

15, +Ville+.--En Allemagne, de 1880 à 1903, on a relevé 1.152 cas

de suicide de garçons et de fillettes dans les écoles, dont 812 âgés

de moins de 15 ans, soit 44 par an, sur lesquels un tiers par peur de

punition.

28, +Fortune+.--PLUTARQUE, _Agis et Cléomène_, 14.--Cléomène III, roi

de Sparte, qu’il s’était aliéné par ses efforts pour y rétablir les

institutions de Lycurgue, battu à Sellasie (=222=) par Antigone roi de

Macédoine, s’embarquait pour passer en Égypte où il allait chercher un

asile et solliciter des secours, quand eut lieu entre lui et Therycion,

un de ses plus fidèles partisans, le fait dont il est ici question.

Trois ans après, malgré toute sa ténacité, Cléomène suivit l’exemple

de Therycion, le roi d’Égypte qui l’avait accueilli étant mort et son

successeur ayant manifesté à son égard des dispositions tout autres.

34, +Ancien+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 13.

=638=,

9, +Si+.--_De tel biais_ (var. des éd. ant. à 88).

10, +Inconuenient+.--En 67, alors que Josèphe, gouverneur de Galilée

au nom du grand conseil de Jérusalem en insurrection contre les

Romains, se trouvait à Tarichée en butte à une sédition excitée contre

lui, sous prétexte qu’il s’était approprié des prises qui provenaient

d’extorsions et que, pour cette cause, il avait fait rendre à ceux qui

en avaient été dépouillés. Étant parvenu à échapper par la fuite à ceux

qui avaient dessein de le tuer, puis à se faire écouter par le peuple,

il finit par le mettre de son côté. JOSÈPHE, _De Vita sua_.

13, +L’occasion+.--A la première bataille de Philippes (en Macédoine)

qu’après la mort de César, Antoine et Octave livrèrent à Cassius et à

Brutus qu’ils poursuivaient, Cassius, qui commandait à l’aile gauche,

la voyant plier et croyant à tort Brutus battu aussi de son côté, se

perça de son épée. Un mois après, Brutus, vaincu en ce même lieu où il

venait d’être victorieux, en fit autant (=42=). On dit qu’en mourant,

il s’écria: «Vertu, tu n’es qu’un mot»; mais cette parole désespérante

n’a rien d’authentique. V. N. =II=, 646: Brutus.

17, +Victoire+.--MONTLUC, _Commentaires_.--En 1544, dans le courant

de l’action, le duc d’Enghien, voulant arrêter le gros de l’infanterie

ennemie, qui, à un moment donné, devenait menaçant, le chargea à la

tête de sa gendarmerie, mais ne parvint ni à le rompre, ni à l’arrêter,

et éprouva des pertes énormes: «Dans son désespoir, M. d’Anguyen, dit

Montluc, voyant ses gens de pied en fuite et qu’à peine lui restait

cent chevaux pour soutenir le choc de cette colonne de cinq mille

piquiers suivant toujours au grand trot leur victoire, deux fois se

donna de l’espée dans son gorgerin, se voulant offenser soi-même.» Son

acte de désespoir, comme l’effort de cette infanterie adverse, n’eurent

pas de suites et la victoire se prononça en notre faveur.

24, +Tuer+.--PLINE, XXV, 3, dit qu’il n’y a guère que trois sortes

de maladie pour lesquelles on se tue: la pierre, les douleurs

d’estomac et les douleurs de tête. Quant au droit de se tuer, qu’elles

peuvent conférer, il n’en parle pas; du reste, les éd. ant. port.:

_accoustumé_, au lieu de: «droit».

25, +Retenüe+.--Maladie dont Montaigne était atteint, c’est pourquoi

il la cite à l’exclusion des deux autres que mentionnaient cependant

les éd. ant.: _la seconde, la douleur d’estomach: la tierce, la douleur

de teste_.

25, +Seneque+.--_Epist._ 58.

31, +Corps+.--TITE-LIVE, XXXVII, 46.--En =190=; les Étoliens avaient

été défaits par le consul Acilius Glabrio; Damocrite échappa de la

sorte à la honte de figurer au triomphe qui fut décerné au vainqueur.

35, +Couurir+.--TITE-LIVE, XLV, 26.--En =167=; Antinoüs et Théodotus,

tous deux citoyens de Passaron, ville d’Épire, s’étaient compromis au

point de ne pouvoir espérer trouver grâce auprès des Romains.

42, +Siens+.--Goze, petite île à l’occident de celle de Malte, dont

elle n’est pas très éloignée; elle avait été cédée avec cette dernière

en 1530, par Charles-Quint, aux Chevaliers de S.-Jean de Jérusalem,

lorsque l’île de Rhodes leur avait été enlevée par les Turcs; ceux-ci

et les corsaires d’Afrique la ravagèrent à diverses reprises, en

particulier en 1551, année où se passa le fait que relate Montaigne;

ils l’abandonnèrent peu après, ayant préalablement rasé le château.

=640=,

1, +Antiochus+.--Antiochus Épiphane, roi de Syrie, voulant fusionner

les peuples sous sa domination, défendit aux Juifs de circoncire leurs

enfants; ceux qui contrevenaient étaient crucifiés, leurs femmes

pendues à leur côté avec leur enfant pendu au cou (=167=). JOSÈPHE,

_Antiquités judaïques_, XII, 5, 4.

12, +Curée+.--Montaigne renverse ici les rôles: Drusus Libon

délibérait s’il se donnerait la mort ou s’il l’attendrait; Scribonia

lui demanda quel plaisir il trouvait à faire la besogne d’un autre.

Cette observation, dit SÉNÈQUE, _Epist._ 70, ne persuada pas Libon; il

se tua et, ajoute-t-il, il eut raison.

30, +Diuine+.--_Macchabées_, II, 14.--En l’an =162=; Nicanor était

général de Démétrius I, roi de Syrie.

=642=,

1, +Pelasgia+.--Pelagia était d’Antioche (Asie Mineure) et était

âgée de 15 ans seulement. Surprise chez elle par l’édit de persécution

et mise en demeure de choisir entre sa virginité ou sa religion, elle

obtint des soldats qui avaient envahi sa demeure un répit pour mettre

ordre à sa toilette, promettant de les satisfaire; et, montant à

l’étage supérieur, elle se précipita par une fenêtre. Sa mère et ses

deux sœurs s’étaient enfuies; sur le point d’être atteintes, elles se

dirigèrent vers la rivière qui était proche, y entrèrent comme pour

s’y baigner, et s’avançant jusqu’à ce qu’elles perdissent pied, s’y

noyèrent volontairement. S. AMBROISE, _De Virg._, III.

1, +Sophonia+.--En 311, lors de la persécution à laquelle mit fin la

victoire, sous les murs de Rome, de Constantin, qui assura le triomphe

définitif du Christianisme (321). RUFIN, _Hist. ecclés._, VIII, 27;

EUSÈBE, _Hist. ecclés._, VIII, 14, toutefois celui-ci ne la nomme pas,

quoique ce soit la même.

15, +Marot+.--«De ouy et nenny», poésie de CL. MAROT:

«Un doulx nenny, avec un doulx sourire,

Est tant honneste! Il vous le faut apprendre.

Quant est d’ouy; si veniez à le dire,

D’avoir trop dict je vouldrois vous reprendre;

Non que je sois ennuyé d’entreprendre

Le duict dont le desir me poinct;

Mais je vouldrois qu’en me le laissant prendre,

Vous me disiez: Non, vous ne l’aurez point.»

18, +Passé+.--TACITE, _Ann._, VI, 48.--En 36. Aruntius, impliqué dans

un procès d’adultère imaginé pour le perdre, se tua, alors que ses amis

cherchaient à lui persuader qu’il s’en tirerait en temporisant, disant

que l’avènement à l’empire de Caligula lui faisait prévoir un esclavage

pire que celui que Tibère avait fait peser sur eux et qu’il voulait

mettre fin à la fois au passé et à l’avenir. L’estime en laquelle on

le tenait était telle, que l’empereur Auguste, près de mourir, l’avait

déclaré digne du rang suprême.

18, +Proximus+.--TACITE, _Ann._, XV, 71.

25, +Prinse+.--S’étant emparé du camp des Perses, Spargapisez et ses

Scythes avaient fait main basse sur ce qui s’y trouvait, s’y étaient

enivrés et endormis, si bien que surpris par leurs ennemis, ils avaient

été faits prisonniers; revenu à lui, et apprenant le fâcheux état en

lequel il se trouvait, Spargapisez sollicita qu’on lui ôtât ses liens

et se tua (=530=). HÉRODOTE, I.

28, +Cheuance+.--On comprenait sous ce nom l’ensemble de tout ce que

quelqu’un possédait.

35, +Soy-mesme+.--En =475=, pendant la deuxième guerre médique, lors

des opérations qui suivirent la bataille de Platée. HÉRODOTE, VII.

=644=,

16, +Feu+.--Le fait s’est passé sous la domination portugaise, qui,

commencée en 1511, a pris fin en 1641, date à laquelle les Hollandais

se substituèrent aux Portugais pour faire place en 1824 à l’Angleterre

à laquelle ce territoire appartient actuellement.

20, +Compagnie+.--TACITE, _Ann._, VI, 29.--Scaurus s’était aliéné

Tibère par une tragédie dont le sujet (Atrée) et quelques vers lui

avaient été dénoncés comme une critique; ce fut la cause d’une

accusation de lèse-majesté, que l’on renforça en y joignant une

imputation d’adultère avec Livie, la mère de l’empereur, et de

sacrifices magiques. A l’instigation de sa femme, qui partagea sa

mort, il prévint son jugement, en se tuant (34).--Labéon, gouverneur

de Mysie (Asie Mineure), était accusé de malversations; Tibère lui fit

signifier qu’il lui interdisait sa maison; c’était une de ses formules

de disgrâce et de proscription. Devançant la venue du bourreau, Labéon

se fit ouvrir les veines; Paxéa, sa femme, imita son exemple (34).

21, +Nerua+.--TACITE, _Ann._, VI, 26.

34, +Garde+.--«Une femme ne cèle que ce qu’elle ne sait pas.»

Proverbe.--Caton l’Ancien disait qu’il fallait se repentir de trois

choses seulement: révéler son secret à une femme; passer un jour dans

l’oisiveté; aller par mer dans un endroit accessible par terre.

35, +Corps+.--Auguste avait exprimé devant Fulvius ses regrets de

laisser l’empire à Tibère son beau-fils et l’idée que, parfois, il

avait de revenir sur sa détermination. Fulvius rapporta le fait à sa

femme, et celle-ci à Livie, femme d’Auguste et mère de Tibère, qui

vint récriminer. Aussi, le lendemain, quand Fulvius vint le saluer,

lui disant suivant sa coutume: «Dieu te garde, César», Auguste lui

répondit: «Dieu te fasse sage, Fulvius». Il comprit de suite par là que

lui d’abord, sa femme ensuite, avaient trop parlé. PLUTARQUE, _Du trop

parler_, 9.--TACITE, _Ann._, I, 5, rapporte également le fait; mais il

l’attribue à un nommé Fabius Maximus et ne dit pas que sa femme se tua,

mais seulement qu’à ses funérailles on l’entendit s’accuser d’être la

cause de sa mort.

36, +Virius+.--TITE-LIVE, XXVI, 13-15.--Après la défaite de Cannes,

Capoue, à l’instigation de Vibius Virius, s’était détachée de Rome et

avait ouvert ses portes à Annibal. Trois ans après, les Romains vinrent

mettre le siège devant cette ville; il durait depuis deux ans déjà,

et ils avaient dû l’interrompre à diverses reprises, mais enfin la

résistance était à bout, quand Vibius, pour échapper à leur vengeance,

prit la détermination dont il est ici question (=211=).

=646=,

19, +De là+.--De Capoue, ou de la Campanie, comme dit TITE-LIVE,

_Ann._, XXVI, 15.

33, +Consul+.--Lors de la reprise de Capoue par les Romains

(=211=).--D’après une autre version, Jubellius Taurea ne se serait pas

tué lui-même; compris au nombre de ceux condamnés à périr, il aurait

simplement à ce moment apostrophé le consul Quintus Fulvius. Tite-Live

rapporte également qu’au moment où le supplice de ces sénateurs

s’apprêtait, on remit au consul un courrier arrivant de Rome, contenant

un sénatus-consulte leur faisant grâce, et que Fulvius, le pressentant,

remit à l’ouvrir jusqu’à ce que l’exécution fût terminée.

39, +Vie+.--Ce fait semble se rapporter non à une ville des Indes,

mais à celle des Marmaréens, peuplade qui occupait sur les frontières

de la Lycie un rocher fortifié. Ayant attaqué l’arrière-garde

d’Alexandre, celui-ci revint sur ses pas et mit le siège devant leur

forteresse; convaincus bientôt de l’inutilité de toute résistance, ses

défenseurs décidèrent de tuer enfants, femmes et vieillards, de mettre

le feu aux maisons, d’exécuter ensuite une sortie et de se sauver dans

les montagnes voisines, ce qu’ils firent (=334=). DIODORE DE SICILE,

XXVII, 18.

=648=,

17, +Suiuoit+.--En =206=. Astapa était assiégée par Marcius,

chevalier romain, qui, après la mort des deux frères Scipions, avait

pris le commandement de l’armée (V. =I=, 42 et N. Freres); fidèle aux

Carthaginois et placée sur les communications de l’armée romaine, elle

en interceptait les convois. TITE-LIVE, XXVIII, 22, 23.

24, +Soy+.--En =348=. Abydos, auj. un des forts des Dardanelles,

était une colonie d’Athènes; la guerre entre Philippe roi de Macédoine

et les Athéniens avait été amenée par la mise à mort par ceux-ci de

deux Acarnaniens (l’Acarnanie était située entre l’Étolie et l’Épire),

peuple allié de Philippe, qui par suite d’une erreur de leur part, bien

que non initiés, étaient entrés dans le temple de Cérès pendant la

célébration des mystères d’Éleusis. TITE-LIVE, XXXI, 17 et 18.

27, +Separées+.--Que lorsqu’elles ont été prises séparément.

28, +Iugements+.--C’est exactement l’idée qui a cours aujourd’hui

sur la mentalité des foules et la modification qu’y subissent,

momentanément mais inéluctablement, les facultés intellectuelles de

quiconque s’y trouve mêlé. V. N. =I=, 488: Roy.

=650=,

2, +Testament+.--TACITE, _Ann._, VI, 29.--Au Japon, les nobles qui

sont condamnés à mort peuvent encore, dit-on, par faveur spéciale

obtenir de s’exécuter eux-mêmes par le _harikiri_, privilège des hautes

classes, qui consiste à s’ouvrir le ventre et, simultanément, être

décapité par un ami, suivant un rite particulier; mourant de la sorte,

ils évitent eux aussi la confiscation de leurs biens qui passent à

leurs héritiers.

4, +Iesus-Christ+.--_Epist. ad Philipp._, I.

5, +Liens+.--_Epist. ad Rom._, VII.

5, +Ambraciota+.--D’Ambracie. CICÉRON, _Tusc._, I, 34.

6, +Phædon+.--Un des dialogues de Platon, ainsi appelé du nom d’un

des disciples de Socrate les plus fidèles à sa doctrine; dans le

_Phédon_, il est traité plus particulièrement de l’immortalité de

l’âme. V. N. =II=, 72: Platon.

11, +Soissons+.--En 1250, quand, après la bataille de Mansourah,

l’armée se retirait sur Damiette, retraite dans laquelle saint Louis

fut fait prisonnier.

16, +Terres+.--L’Amérique. Cela se voit aussi dans l’ancien

continent: au Japon, aux Indes; dans cette dernière contrée, au royaume

d’Aracan, on promène chaque année l’idole Guiay-Pora dans un grand char

sous les roues duquel les plus dévots du pays se font écraser.

25, +La iustice... volontaires+.--_Ce doubte_ (var. des éd. ant.).

31, +Soy+.--VALÈRE MAXIME, II, 6, 7.--Ce désir de mort volontaire

y était admis pour cause soit d’adversité, soit de prospérité: l’une

si elle était de durée prolongée, l’autre de peur qu’elle ne vînt à

cesser; le fait relaté dans l’alinéa suivant rentre dans ce dernier cas.

31, +Ailleurs+.--Suivant Amundsen, explorateur moderne (1900), le

suicide est permis chez les Esquimaux.

35, +Compagnie+.--VALÈRE MAXIME, II, 6, 8.--Le fait se passait en

=51=.

=652=,

19, +Mercure+.--Dieu de l’éloquence, du commerce et des voleurs;

avait aussi la mission de conduire les âmes aux Enfers, où toutes,

indistinctement, allaient après la mort: les unes aux Champs Élysées,

séjour des bons; les autres au Tartare, réservé aux méchants.

25, +Hyperborée+.--Nation que PLINE, _Hist. nat._, IV, 12, place

au delà de l’Océan glacial arctique qu’il nomme Aquilon glacial, où,

dit-il, les jours sont de six mois, les nuits de même durée; nation

heureuse, ajoute-t-il, où la discorde est ignorée ainsi que toute

maladie, où on ne meurt que par satiété de la vie.

31, +Incitations+.--CICÉRON, _Tusc._, II, 27.--Cette opinion est

conforme à la doctrine des Stoïciens, qui qualifiait de lâches ceux

qui s’attachaient quand même à la vie, lorsque les infirmités les

accablaient ou qu’ils étaient l’objet d’infortunes flétrissantes.--En

somme, indépendamment des avis particuliers, dans un sens ou dans un

autre, déjà cités (V. N. =I=, 630: Mesme; N. =I=, 632: Contraste),

d’une façon générale: La loi de Moyse réprouve le suicide; les suicidés

chez les Hébreux étaient privés de sépulture ou tout au moins enterrés

de nuit, la Bible mentionne du reste fort peu de suicides. Les anciens

livres sacrés des Hindous, les Védas, le condamnent, mais la religion

de Brahma l’encourageant à titre de sacrifice religieux, le nombre de

ceux qui, dans les Indes, s’immolent ainsi par fanatisme est inouï.

En Chine, le suicide est fréquent; au Japon, on s’en fait souvent

un point d’honneur. Zoroastre le condamne; de même Mahomet, et les

suicides sont très rares chez les Musulmans. Dans l’antiquité grecque

où Socrate en est un adversaire déclaré, il se produit fréquemment; et

quoique condamné en principe par les lois, comme le Sénat à Marseille,

l’Aréopage à Athènes l’autorisait quand il en approuvait les motifs.

Nous connaissons l’opinion des Stoïciens; les Sceptiques, eux, se

désintéressaient de la question. A Carthage, les fluctuations de la

politique firent qu’il était de pratique courante. A Rome, rare au

début, il l’est beaucoup moins vers la fin de la République, et, sous

l’empire, nombreux sont ceux qui ont recours au suicide pour échapper à

la tyrannie du prince; mais sous tous régimes il est réprimé avec une

extrême rigueur chez le soldat dont toute tentative avortée entraîne la

peine capitale. Il est fort en honneur chez les peuples primitifs de la

Gaule, les vieillards y avaient souvent recours. Parmi les chrétiens,

saint Augustin est le premier qui se prononce contre, sans restriction

aucune; les conciles qui suivent le frappent d’excommunication; sous

saint Louis, les suicidés sont jugés et les mesures prises contre leurs

restes sont empreintes d’une extrême sévérité et leurs biens sont

confisqués. Le protestantisme le réprouve également; J.-J. Rousseau et

Voltaire se déclarent plutôt pour que contre; la Révolution abroge

les peines qui le frappent.--Depuis, en France, comme partout ailleurs

du reste, il tend à augmenter d’année en année particulièrement dans

les grandes villes, motivé surtout par des maladies cérébrales, les

souffrances physiques, et l’inconduite; puis encore par la misère, les

revers de fortune, les chagrins domestiques, des amours contrariés,

le désir d’éviter des poursuites judiciaires, l’ivrognerie, et chez

quelques-uns le dégoût du service militaire. De 1.700 par an qu’était,

en moyenne, en France, en 1827 le nombre des suicides, il s’est élevé,

par une gradation ininterrompue, à 7.267 en 1865; sur ce nombre qui

comprend des enfants de seize ans et au-dessous, les gens mariés

entrent pour moitié, les femmes pour un quart. Cette progression est

due à la même cause qui fait que la criminalité va croissant; chacun

veut, chaque jour davantage, l’existence meilleure et plus facile

et en supporte d’autant moins les déboires inévitables, ce qui est

plutôt veulerie; on ne saurait douter non plus que n’y contribue chez

beaucoup l’affaiblissement de la foi qui seule, qu’elle repose sur la

vérité ou l’erreur, ce qui importe peu, donne, quoi qu’on en dise, aux

croyants (heureuses gens!), patience et consolation en cette vie.--Pour

conclure, on peut dire du suicide, comme de tant d’autres choses de

ce monde, que le jugement à en porter est essentiellement variable

suivant chaque cas particulier; s’il est en général à condamner, il

est parfois excusable et dans quelques circonstances être le fait d’un

grand caractère et d’un non moins grand courage, ne prêtant en rien à

la critique la plus sévère.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 424 / 504 题