Ce chapitre est numéroté XXXIX dans les éd. ant. et l’ex. de
Bordeaux.
7, +Solitude+.--Les pages écrites par Madame Périer sur les
mortifications de Pascal, son frère, sont le contrepied complet de ce
chapitre de Montaigne; leur lecture simultanée est, à cet égard, de
grand intérêt. PAYEN.
10, +Publicq+.--Traduction d’un vers de LUCAIN, II, 383, à l’éloge de
Caton d’Utique.
12, +Recherche+.--A remarquer trois sujets, dont deux au pluriel, et
le verbe au singulier.
13, +Particulier+.--Le bien public a été de tous temps le prétexte
de tous ceux qui, mus par une ambition et un intérêt tout personnels,
vont, sur une plus ou moins grande échelle, soit isolément, soit en
association, agitant le monde; c’est en particulier, de nos jours, le
cas de la plupart de ceux qui s’adonnent à la politique: bien peu dans
le nombre, quoi qu’ils en disent, ont un mobile désintéressé; s’ils
sont de valeur, ils visent à tout; ceux de peu d’envergure se bornent
à trafiquer de leurs voix, de leurs recommandations et à pêcher en eau
trouble; les scrupules et la conscience n’arrêtent ni les uns, ni les
autres; les Verrès y sont nombreux, les Phocion bien rares.
17, +Société+.--«La plus contraire humeur à la retraite, c’est
l’ambition,» dit plus loin Montaigne (=I=, 426), en contradiction, mais
seulement apparente, avec lui-même: l’ambitieux, veut-il dire, n’a que
lui-même en vue, et ne peut songer à abandonner un seul instant la
partie.
17, +Franches+.--Les éd. ant. à 88 aj.: _et point de compagnon_.
19, +Grande+.--DIOGÈNE LAERCE, _Bias_.
20, +Bon+.--«Ayez beaucoup d’amis qui vivent en paix avec vous, mais
choisissez pour conseil un homme entre mille.» _Ecclésiastique_, VI, 6.
23, +Presse+.--La contagion chez les foules est constante et presque
irrésistible, les exemples en sont innombrables. C’est elle qui fait
qu’on les voit si souvent se livrer à des manifestations, sans que
le plus grand nombre de ceux qui y prennent part sache ce dont il
s’agit, et que, si fréquemment sans motif plausible, elles changent
de caractère et de pacifiques en viennent à commettre des actes
criminels. Les paniques n’ont pas d’autre cause. C’est également à la
contagion que l’on doit de voir parfois, lorsqu’un accident se produit,
les gens et jusqu’aux parents les plus proches venir successivement
affirmer l’identité de victimes qu’on voit plus tard réapparaître
saines et sauves, que les incidents les plus saillants d’un combat sont
inexactement rapportés, si bien qu’il est impossible d’accorder pleine
créance au témoignage des foules et que l’unanimité des témoins est
loin d’être une garantie de vérité.
26, +Dissemblables+.--Réflexions traduites de SÉNÈQUE, _Epist._ 7.
=412=,
3, +Moy+.--DIOGÈNE LAERCE, _Bias_.
8, +Bord+.--Variante de l’exemplaire de Bordeaux: «en sauueté», au
lieu de «à bord».--Singulière idée qu’eut là Albuquerque, qui aurait
plutôt l’air d’une plaisanterie que d’un acte religieux, si on ne
savait à quel point la superstition porte le trouble dans l’esprit de
la plupart des hommes. NAIGEON.
15, +Compagnie+.--DIODORE DE SICILE, XII, 4.--Nous nous bornons
présentement à leur dire: «Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu
es.»
18, +Malades+.--DIOGÈNE LAERCE, _Antisthène_.
28, +Marché+.--Place publique, acception du mot latin _forum_.
34, +Cura+.--La traduction donnée de cette citation est de Boileau,
dont le vers élégant est passé en dicton.
=414=,
1, +Soy+.--«On ne s’amende pas pour aller à Rome,» dit un
proverbe.--La Fontaine exprime la même idée; parlant d’un pélerin, il
dit:
«Prou de pardons il auoit rapporté.
De vertus point, chose assez ordinaire.»
30, +Vnquam+.--Montaigne a traduit lui-même ce vers avant de le citer.
42, +Sien+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 9, dont Montaigne a adopté la version,
dit bien que Stilpon avait perdu femme et enfants; mais il est seul
à le dire; ni Diogène Laërce, ni Plutarque n’en font mention, en
rapportant sa réponse qui s’exprime mieux ainsi. Dire n’avoir rien
perdu, s’il avait perdu tous les siens, eût été pousser par trop loin
le stoïcisme. NAIGEON.
45, +Naufrage+.--DIOGÈNE LAERCE, VI.
=416=,
3, +Entier+.--En 409, lors de l’invasion des Goths. S. Grégoire de
Tours mentionne qu’en cette circonstance, S. Paulin racheta de sa
propre liberté le fils d’une pauvre veuve réduit à l’esclavage.
8, +Despende+.--On peut rendre son bonheur indépendant des biens de
la fortune et même cela est sage; mais il est bien difficile d’avoir
pareille indifférence pour la santé, dont on peut dire aussi ce que La
Fontaine dit de la liberté: «Ce bien sans lequel les autres ne sont
rien»; ainsi du reste que Montaigne en convient plus loin, «d’autant
que sans elle, dit-il, la vie nous vient à estre pénible et iniurieuse».
23, +Regarde+.--Quiconque réfléchit et observe, peut, à tout moment,
constater la vérité de cette assertion en lui et chez les autres.
29, +Délices+.--«Cette citadelle que défend un soldat et qu’un autre
attaque; et le fait de cet érudit acharné à l’étude de Plaute, ces
deux petits tableaux, ces deux toiles de Meissonier, c’est du pur La
Bruyère.» G. GUIZOT.
34, +Plaute+.--Mélanchthon, savant théologien du XVIe siècle, a, le
premier, reconnu la mesure des vers de Térence; jusqu’alors tous les
anciens manuscrits de cet auteur présentaient un texte suivi, comme si
c’eût été de la prose.
=418=,
2, +Gens+.--Ce sentiment est indépendant de nous: on est bon ou
méchant, vertueux ou vicieux selon qu’on veut; mais on n’est pas plus
sensible qu’insensible à volonté et à moment donné, ce que CHAULIEU
exprime si bien, à propos d’un ami que la mort lui a enlevé:
«J’appelle à mon secours raison, philosophie;
Je n’en reçois, hélas! aucun soulagement.
A leurs belles leçons insensé qui se fie!
Elles ne peuvent rien contre le sentiment.
J’entends que la raison me dit que vainement
Je m’afflige d’un mal qui n’a point de remède,
Mais je verse des pleurs dans le même moment
Et sens qu’à ma douleur toute ma vertu cède.»
Tout ce que l’on peut concéder, c’est que le premier moment passé, la
raison est à même de reprendre le dessus sur la nature, et qu’en outre
de l’effet du temps, en s’évertuant à écarter de sa pensée les sujets
pénibles, on finit dans une certaine mesure par y échapper.
32, +Dit+.--Cette maxime des Pythagoriciens n’est pas de Socrate;
Montaigne la lui attribue parce que dans le recueil de Stobée, d’où il
l’a tirée, elle suit immédiatement un mot de Socrate.
35, +Office+.--La rédaction du texte grec est la suivante: «Chaque
âge a ses devoirs particuliers: les enfants doivent suivre les écoles;
les jeunes gens s’appliquer à connaître les lois et les usages de la
société; aux hommes faits incombe d’agir et d’occuper les charges
publiques; aux vieillards les fonctions de juge et l’entrée dans les
conseils en raison de leur expérience.»--Une autre sentence grecque dit
pareillement: «Le vieillard délibère, l’homme fait agit, l’adolescent
s’instruit.»
=420=,
31, +Paix+.--De nos jours, ce sont les manœuvres dites à double
action, que clôturent les manœuvres d’automne, qui constituent cette
préparation à la guerre; mais ici encore on a trop tendance à donner
dans l’extrême.--C’est sans contredit une chose excellente que tout
chef fasse manœuvrer sur le terrain l’unité qu’il commande, en vue
de la conduite à tenir à une proximité telle de l’ennemi, qu’on peut
en venir aux mains d’un moment à l’autre. Or, dans ces conditions,
le commandement immédiat ne saurait excéder le corps d’armée; par
suite, deux corps d’armée agissant l’un contre l’autre est le maximum
d’envergure qu’on peut raisonnablement donner à ces manœuvres. Cette
limite imposée dans la réalité par l’étendue des fronts à la guerre,
l’est encore ici par les invraisemblances du temps de paix qui
augmentent considérablement avec les effectifs en présence et les
espaces sur lesquels on opère; et si quand même on veut faire concourir
à une même action au delà de deux corps d’armée opposés, on en arrive
au grotesque et chacun y désapprend au lieu d’apprendre; du reste c’est
surtout avec des effectifs moyens, composés des trois armes (régiment,
brigade, division), qu’en dehors de toute autre considération les
manœuvres de ce genre sont le plus profitables.
A la vérité, il est non moins indispensable de former le commandement
et les états-majors à la manœuvre et à l’établissement des ordres
de mouvement d’effectifs comprenant plusieurs corps d’armée dans la
période qui prend fin au moment où la bataille est sur le point de
s’engager, alors que par exemple la distance qui sépare les masses
opposées n’excède pas une journée de marche, soit une vingtaine de
kilomètres; mais, pour cela, les manœuvres dites sur la carte satisfont
amplement; les hypothèses suffisent, la présence des troupes n’ajoute
rien, bien plus elle est nuisible par les conditions différentes du
temps de guerre dont il faudrait tenir compte; la vue du terrain n’est
pas indispensable; il ne l’est pas davantage que chefs et états-majors
soient réunis, chacun peut demeurer à son poste habituel; le travail
peut se faire et s’est fait (car ce n’est point là une innovation) par
correspondance, les participants aux quatre coins de la France; il
peut prendre des mois, cela importe peu, d’autant qu’il faut laisser à
chacun le temps de la réflexion, point capital quand il s’agit d’études.
Quant aux manœuvres d’automne, limitées quant aux effectifs comme
il a été dit, leur durée devrait être de sept à neuf jours, coupée
par une journée de repos et non compris l’aller et le retour; les
cantonnements, changés le moins possible, n’être pas distants de
plus de 8 à 10 kilomètres du point initial de la manœuvre et de
celui où elle doit prendre fin. On y arriverait par l’emploi de la
tente-abri, concurremment avec le cantonnement; la saison s’y prête,
elle ne surchargerait pas outre mesure l’homme qui ne porte à peu
près rien, il ne perdrait pas l’habitude d’en faire usage, le temps
donné à la manœuvre s’en trouverait accru et bien des situations
de guerre pourraient être envisagées dont il n’est pas tenu compte
actuellement.--La revue finale est à supprimer; elle donne à la
vérité occasion aux hommes politiques de se montrer, de prononcer des
banalités, de prodiguer des éloges sans valeur parce que la compétence
leur fait défaut; mais en dehors de cela elle est sans utilité, influe
quelquefois défavorablement sur la conduite des manœuvres et ajoute à
la dépense.
Les manœuvres dites de forteresse, comme celles du service de santé,
sont de la plus complète inutilité: les premières par l’impossibilité
d’exécuter les travaux de terrassement dans les conditions et avec
tout le développement que comporte la réalité, les secondes parce
que tout y est fictif; de simples conférences sur le terrain les
remplaceraient avantageusement. De même les manœuvres avec tirs réels
et aussi les feux de guerre constituent des superfluités coûteuses,
dont les résultats sont absolument nuls; la détermination des effets
du tir dans telles et telles conditions se fait dans les polygones; ces
expériences sont à reproduire de temps à autre dans les garnisons en
se plaçant dans les meilleures conditions de réussite pour que chacun
puisse en juger, tout le monde sachant du reste que plus on s’éloigne
de ces conditions et notamment quand la distance est mal appréciée,
les résultats déclinent rapidement pour en arriver facilement à être
réduits à zéro et tout exercice réel de ce genre est superflu.
34, +Permettoit+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 38.
35, +Demis+.--Ses détracteurs ont également reproché à Sénèque
d’avoir écrit sur le mépris des richesses, alors que lui-même en avait
de considérables; chez n’importe qui le luxe n’a rien de répréhensible,
s’il a été bien acquis. Le mal, en pareil cas, n’est pas d’y entrer et
d’en user, mais de savoir en sortir.
=422=,
2, +Patience+.--On juge, en effet, de tout par comparaison; et
souvent, on est moins malheureux quand on voit plus malheureux que soi.
5, +Accoustumance+.--Au dernier alinéa du ch. XIX de ce même livre,
Montaigne a déjà dit que les paysans et les gens du commun ont plus de
véritable philosophie.
22, +Saluste+.--_Catil._, 4.
23, +Cyrus+.--XÉNOPHON, _Économique_, IV, 20.
30, +Rufus+.--PLINE, _Epist._, I, 3.--C’est à un Caninius Rufus, au
lieu de Cornelius Rufus, que ce conseil est adressé.
37, +Immortelle+.--CICÉRON, _Orator_, 43.--«Si tu cherches la
retraite, que ce soit pour parler à toi, et non pour faire parler de
toi», dit, au contraire, SÉNÈQUE, _Epist._ 25. V. =I=, 428.
=424=,
5, +Contradiction+.--N’en déplaise à Montaigne, il n’y a pas
contradiction à chercher à occuper ses loisirs, quand on s’est retiré
de la vie publique. Outre que, sans cela, on serait le plus souvent
à charge à soi-même et aux autres, on ne saurait blâmer ceux qui
emploient au mieux de ce qui leur est possible «les restes d’une vie
qui s’en va, d’une ardeur qui s’éteint». Du reste, développant son
idée, l’auteur ne critique que l’excès que l’on peut apporter dans les
occupations nouvelles auxquelles on se livre, ce en quoi il a raison;
mais, là où tout le monde peut ne pas partager son enthousiasme, c’est
quand il exalte ceux qui se confinent dans la solitude, pour y mener
une vie exclusivement contemplative; leur tranquillité relative est
indéniable, mais pour avoir droit au repos, il faut l’avoir gagné,
et c’est pourquoi, en ce qui les concerne, chaque cas est à juger en
particulier.
21, +Conseil+.--Le conseil de Pline à Rufus.
22, +Liures+.--Les éd. ant. à 88 aj.: _si elle a faute de regle et de
mesure, elle_.
31, +Philistas+.--Passage traduit de SÉNÈQUE, _Epist._ 51.--De ce
nom «Philistas», ou mieux de celui de Phélestas (en grec φηλήτης) que
les anciens Égyptiens donnaient aux voleurs de grand chemin (d’où
viennent le mot latin _fallere_ tromper et le mot français filou), a
pu provenir celui de Philistins, attribué par les Hébreux à ces tribus
qui occupaient une partie de la côte de Syrie, aux dépens desquels ils
s’établirent, avec lesquels ils furent si fréquemment en guerre, et
le nom est peut-être l’origine de celui de Palestine, donné par les
Romains à cette contrée.
34, +Suitte+.--Ésope conte que Jupiter, voulant un jour mêler
ensemble la volupté et la douleur, n’y parvint pas, et décida alors
qu’elles se suivraient mutuellement, règle qui, en fait, est bien
loin d’être d’application courante, aussi Antisthène recommandait-il
de rechercher les plaisirs qui suivent la peine et non ceux qui la
précèdent.
=426=,
13, +Via+.--Citation que Montaigne a fait précéder de sa traduction.
21, +Presse+.--Pour le monde, au bénéfice de la société.
34, +Autres+.--Les éd. ant. à 88 aj.: _et les alonger de toute nostre
puissance_. _Quamcumque Deus tibi fortunauerit horam, Grata sume manu,
nec dulcia differ in annum_ (Quelle que soit l’heure à laquelle Dieu se
montre favorable à toi, accepte avec reconnaissance, n’ajourne pas à
plus tard ce qui est doux à recevoir).
38, +Ambition+.--V. =I=, 410 et N. Société.
=428=,
5, +Troupe+.--C.-à-d. se jeter plus avant dans la foule.--Faulsée est
un vieux mot qui signifie choc, charge, incursion, irruption.
7, +Philosophes+.--Épicure et Sénèque; le premier chef de
la secte qui porte son nom, le second appartenant à celle des
épicuriens.--Sénèque (_Epist._ 21) cite un passage de la lettre
d’Épicure à Idoménée, différente de celle que nous a conservée Diogène
Laërce. LE CLERC.
19, +Mesme+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 7.
23, +Vray+.--Épicure écrivait à Idoménée.
25, +Peuple+.--Cette idée, Sénèque l’attribue à Démocrite.
27, +Taniere+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 68.
32, +Gouuerner+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 25.
=430=,
2, +Train+.--C.-à-d. le respect que vous avez pour eux, vous remettra
sur le droit chemin.
5, +Cogitations+.--Pensées; du latin _cogitatio_ qui a même
signification.
9, +Premiers+.--Pline le Jeune et Cicéron.