CHAPITRE XXV.

Ce chapitre est numéroté XXVI dans les éd. ant. et l’ex. de

Bordeaux.

=226=,

1, +Enfans+.--Ce chapitre est un des plus intéressants des Essais.

Montaigne y développe ses idées sur l’éducation des enfants, dont

une grande partie se retrouve dans la République de Platon. Il en

avait jeté les bases dans le chapitre précédent; c’est la source où

sont venus s’inspirer Charron, J.-J. Rousseau et tant d’autres après

eux, non sans prêter à la critique en raison des points importants

que l’auteur s’est abstenu de traiter et du point de vue par trop

particulier auquel il s’est placé.--«Il ne porte guère son attention,

dit MARGERIE, que sur ce qui a pour objet de développer l’intelligence

et de fortifier le corps. Mais l’enfant a aussi une âme à élever, un

caractère à former; et cette éducation morale, importante au même degré

que l’autre, est sans contredit plus délicate et plus difficile. A cet

égard, Montaigne ne se préoccupe que des vertus faciles qui naissent

et grandissent d’elles-mêmes et coûtent peu à acquérir et à pratiquer,

mais les autres? Il ne dit mot, par exemple, du dévouement, non plus

que des devoirs sociaux et politiques et pas davantage de la lutte

contre les passions sensuelles qu’il dépeint cependant si bien.»--Déjà

auparavant G. GUIZOT, après avoir relevé que la religion n’a point

de place dans le système d’éducation de Montaigne, ajoutait: «Il est

à observer que sa visée est très générale et le cas qu’il pose très

particulier: il veut former un homme et ne parle que pour un jeune

seigneur; malgré l’apparente étendue des idées, ce qu’il dit ne vient

que de son éducation personnelle et ne va qu’à celle de son petit

voisin du château de Gurson.»--La pédagogie de Montaigne est en effet

éminemment aristocratique; il n’en est pas moins un précurseur en fait

d’instruction. Devançant de plusieurs siècles la marche du progrès,

en outre de la simultanéité de l’éducation morale et de l’éducation

physique, il préconise de restreindre, dans les procédés d’instruction,

le recours à la mémoire à laquelle on fait jouer un trop grand rôle

au préjudice de la raison, de développer l’esprit d’initiative

et de décision, de consacrer moins de temps à l’étude, et d’en

donner davantage à celle des langues vivantes, toutes choses encore

aujourd’hui presque à l’état de desiderata, en France tout au moins.

A la vérité aussi, ces principes ne sont pas émis en vue de

l’instruction primaire parce qu’alors elle n’existait pour ainsi dire

pas et que le besoin ne s’en faisait pas sentir; mais, étant donné son

immense bon sens, il n’y a pas doute que s’il eût eu à en parler, il

se fût élevé aussi contre la direction qui lui est donnée chez nous

et dont les résultats sont si pernicieux en faisant naître, chez la

plupart, des espérances qu’il ne sera pas donné au plus grand nombre

de pouvoir réaliser. Son but devrait être uniquement de coopérer à

ce que les enfants, les jeunes gens des classes dites laborieuses

(dont malgré cette épithète le travail est bien loin d’être l’apanage

exclusif et qui dans leur sphère, si l’envie ne s’en mêle, ont ici-bas

autant de chances de bonheur que tous autres), deviennent, eux aussi,

des êtres fortement trempés au physique et au moral, de les préparer

aux réalités et aux devoirs de ce monde en les rendant propres à

participer pleinement à la vie sociale et à satisfaire pour le mieux

aux conditions du milieu où la Providence les a placés, tel Cincinnatus

tiré à diverses reprises de sa charrue pour exercer la dictature et

n’aspirant qu’à y retourner, sans éveiller ni encourager en eux le

désir d’en sortir en croyant s’élever, grosse erreur, malheureusement

si répandue et qui la plupart du temps fait leur malheur, sans que la

société y ait bénéfice.

Pour ce faire, il faudrait ici encore s’adresser moins à la mémoire

qui, à elle seule, ne conduit à rien de bon, qu’à la raison et à la

réflexion; réduire au minimum l’instruction primaire proprement dite,

les connaissances générales qu’elle comporte et le temps passé à les

acquérir, sans cesser de maintenir le contact journalier de l’enfant

d’abord, de l’adolescent ensuite avec la ferme, l’atelier, le magasin,

l’usine et la participation à leurs travaux suivant la condition de

chacun, et affirmant la pratique dans des cours techniques annexes,

appropriés aux populations ambiantes, développant à la fois l’habileté

professionnelle, l’initiative, et tenant au courant du progrès. En

généralisant cette méthode, aujourd’hui limitée à quelques grands

centres, en la mettant à portée du plus grand nombre, on augmentera les

chances de prospérité de chacun et de tous et on réagira contre l’exode

si fâcheux des campagnes sur les villes.

1, +Gurson+.--Diane de Foix, fille du comte de Candalle, avait

épousé, en 1579, son cousin Louis de Foix, comte de Gurson, qui fut tué

avec deux de ses frères, en 1586, au combat de Monterabeau, près de

Nérac: quoique catholiques, ils suivaient le parti de Henri IV, dont

ils étaient proches parents.

1, +Françoise+.

Pour l’érudition dont la lourdeur accable,

Si nous la négligeons, le mal n’est pas bien grand;

Le gros savoir fait un pédant.

L’esprit, lui seul, fait l’homme aimable

Qui, chez nous, est le vrai savant.» DE BOISSY.

10, +Mathematique+.--On entendait par mathématiques toutes les

sciences où interviennent les théories des nombres; elles comprenaient

quatre parties: l’arithmétique, la géométrie, la musique et

l’astronomie.

13, +D’Aristote... moderne+.--Var. des éd. ant.: _de Platon ou

d’Aristote_.

15, +Faict+.--Add. des éd. ant.: _ce n’est pas mon occupation_.

23, +Danaïdes+.--Filles de Danaüs, roi d’Argos. Elles étaient au

nombre de cinquante; contraintes d’épouser les cinquante fils du

roi d’Égypte leur oncle, et ce mariage leur paraissant une impiété,

elles les massacrèrent la nuit même de leurs noces. Pour ce crime,

précipitées dans les Enfers, elles y furent condamnées à y remplir

éternellement un tonneau sans fond. MYTH.

=228=,

3, +Fiert+.--Frappe, du latin _ferit_.--C’est une réminiscence de

ce passage de Montaigne, qui permit à J.-J. Rousseau d’être l’heureux

interprète de la devise de la maison de Solar: «Tel fiert qui ne tue

pas». LE CLERC.

19, +Voyre+.--Disant que c’est vrai, que vraiment.--Voyre signifie

quelquefois même; d’autres fois oui, ce qui est ici le cas. Il a le

sens de même dans ces vers de LA FONTAINE:

«Chapitre, non de rats, mais chapitre de moines,

Voyre chapitre de chanoines.»

Il signifie oui, dans ces deux vers de l’épitaphe de S. INNOCENT:

«Que disons-nous de ce grand purgatoire?

Il en est un, ouy dea, tredam voyre!»

23, +Descouuert+.--Add. des éd. ant.: _car autrement i’engendrerois

des monstres: comme font_.

36, +Allégation+.--DIOGÈNE LAERCE, _Chrysippe_, VIII; _Épicure_,

X.--Allégation signifie ici citation.

37, +Passage+.--C.-à-d. sur un de ces beaux passages des anciens,

copiés par les écrivains indiscrets du siècle de Montaigne.

=230=,

14, +Franchise+.--D’asile. Pris ici au figuré: endroits tels que les

temples, les églises, les palais des ambassadeurs où il n’était pas

permis de procéder à des arrestations.

23, +Palot+.--Palot était le nom que l’on donnait à la bêche; «tenir

palot» d’après certains signifierait: avoir possibilité, ayant une

bêche, de creuser un fossé, en signe de défi ou pour se défendre entre

soi et quelqu’un, d’où lui tenir tête, aller de pair avec lui.

=232=,

3, +Dire+.--C.-à-d.: «Je n’emploie, je ne cite les pensées des

anciens que pour avoir plus d’occasions de produire mes propres

pensées; bien différent en cela de ceux qui se couvrent des armes

d’autrui, jusqu’à ne pas montrer seulement le bout de leurs

doigts».--Ou encore: «Je n’emploie les idées des autres que pour rendre

d’autant mieux les miennes», ainsi qu’on peut en juger en se reportant

au ch. X du liv. II (=I=, 252), où il est dit: «car ie fay dire aux

autres... ce que ie ne puis si bien dire par foiblesse de mon langage

ou par foiblesse de mon sens».

3, +Centons+.--Mot venant du grec et signifiant à proprement

parler un manteau fait de pièces d’étoffes rapportées, un habit

d’Arlequin.--Le centon est une pièce en vers le plus généralement

composée de vers entiers ou de passages pris de côté et d’autre dans un

même auteur, comme les centons d’Ausone, composés de vers de Virgile,

soit chez divers et disposés dans un ordre autre, ce qui donne à ces

fragments un sens tout différent de celui qu’ils ont dans l’original.

Quoi qu’en dise Montaigne, le style de ces sortes d’ouvrage est par

trop plein d’expressions dures, impropres et énigmatiques; en français,

il n’en existe guère qu’en prose et ce ne sont pour la plupart que des

assemblages de proverbes, sans intérêt aucun.

7, +Politiques+.--Vaste compilation de Juste Lipse sur le droit

et la politique, publiée en 1589 et qui, à l’époque, eut un grand

retentissement. Cet ouvrage a en effet tous les caractères d’un centon,

étant composé de sentences et de maximes tirées des historiens,

poètes, philosophes, orateurs grecs et latins, auxquelles l’auteur n’a

ajouté que le fil qui les unit, ce qui, joint au mérite de les avoir

recueillies et présentées d’une façon intéressante, n’en dénote pas

moins beaucoup d’érudition et de patience.--Montaigne se montre ici

reconnaissant, car Juste Lipse, lui envoyant son livre, lui écrivait:

«_O tui similis mihi lector sit_ (_Que ne sont-ils tous semblables à

toi, mes lecteurs_)!»

16, +Autruy+.--«_Scienter nesciens et sapienter indoctus_ (_savant

dans son ignorance, simple dans sa sagesse_)», a-t-on dit de Montaigne,

lui appliquant ces paroles du pape Grégoire II à l’adresse de saint

Benoît. JAMET.

25, +Viendra+.--Le mariage de Diane de Foix (V. N. =I=, 226: Gurson)

avait été négocié par Montaigne; le premier-né de cette union fut en

effet, en 1582, un fils, Frédéric de Foix, qui devint maréchal de camp

et grand sénéchal de Guyenne.

25, +Auez+.--Add. des éd. ant.: _de tout temps_.

26, +Seruitude+.--Peut-être la terre de Montaigne qui, depuis qu’elle

était dans la famille Eyquem, relevait de l’archevêque de Bordeaux,

avait-elle, à une époque antérieure, relevé des comtés de Gurson, dont

le château se trouvait à peu de distance, et dont était Diane de Foix

dont il est ici question.

33, +Difficulté+.--C’est le langage que, dans PLATON, _Théagès_,

tient à Socrate un père qui, accompagné de son fils, vient le consulter

pour savoir à qui en confier l’éducation.

=234=,

3, +Eux-mesmes+.--C.-à-d. combien dans l’âge mûr ils ont été

différents de ce qu’ils étaient dans leur enfance.

10, +Pied+.--Les éd. ant. port.: _goust_.

18, +Basses+.--Cette infériorité d’une partie de la race humaine,

déjà mentionnée par Montaigne (N. =I=, 218: Science), si attentatoire

à la doctrine de l’Évangile, est soutenue, dans toute son amplitude,

par S. THOMAS D’AQUIN, dont l’ouvrage de Sebond, qui est analysé ici,

est considéré comme résumant les opinions. «Quant aux laboureurs, dit

saint Thomas, aux industriels et aux marchands, il est manifeste qu’il

ne faut pas les considérer comme des citoyens, ni comme faisant partie

eux-mêmes d’une société bien organisée... Ces hommes vils, en raison de

leurs occupations abjectes, ne sauraient se livrer à la contemplation

de la vérité et à la pratique des arts libéraux.»

=236=,

4, +Maison+.--Enfant noble, de bonne famille.

4, +Lettres+.--Les éd. ant. ajoutent: _et la discipline_.

8, +Réussir+.--Est employé ici dans le sens de l’italien _riuscire_,

aboutir, conclure, arriver à un résultat bon ou mauvais.

17, +Montre+.--Lui donner occasion de se montrer.--Terme de

maquignonnage; c’était le lieu où l’on essayait les chevaux. Montaigne

continue cette même figure quelques lignes plus loin: «Il est bon qu’il

le fasse trotter deuant luy, pour iuger de son train.»

22, +Eux+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 36.

=238=,

8, +Platon+.--Par des interrogations; d’après la méthode suivie par

Socrate dans les dialogues de Platon.

11, +Cuire+.--Add. de 88: «On ne cherche reputation que de science.

Quand ils disent, c’est vn homme sçauant, il leur semble tout dire.»

24, +Estamine+.--Qu’il lui fasse tout examiner, analyser.--Expression

proverbiale qui vient du tissu peu serré de crin, de soie ou de fil,

appelé de ce nom, dont sont garnis les tamis servant à passer les

matières pulvérisées, quand on veut en séparer les parties ténues

d’avec les parties grossières.

28, +Double+.--Dans l’exemplaire de Bordeaux, Montaigne ajoutait:

«Il n’y a que les fols, certains et resolus», addition qu’il a ensuite

rayée.

34, +Imboiue+.--«Imboire» ne se trouve pas dans les dictionnaires, où

figure seul «imbu» qui semble en être le participe passé.

=240=,

2, +Apres+.--Cette pensée se retrouve dans LA BRUYÈRE: «Horace ou

Despréaux l’ont dit avant vous.--Je le crois sur votre parole, mais je

l’ai dit comme mien; ne puis-je pas parler après eux d’une chose vraie,

dont d’autres encore parleront après moi?»

«Dis-je quelque chose assez belle,

L’antiquité toute en cervelle

Me dit: «Je l’ai dit avant toi.»

C’est une plaisante donzelle.

Que ne venait-elle après moi,

J’aurais dit la chose avant elle.» CH. NODIER.

«Rien n’appartient à rien, tout appartient à tous;

Il faut être ignorant comme un maître d’école

Pour se flatter de dire une seule parole

Que personne ici-bas n’ait pu dire avant vous;

C’est imiter quelqu’un, que de planter des choux.» A. DE MUSSET.

3, +Espices+.--Salaire des vacations de juges, d’expéditions

judiciaires, etc. L’usage de qualifier de la sorte la rémunération

officieuse de certains services rendus, était fort ancien et avait

pour origine la rareté des épices et le cas qu’on en faisait, quand le

commerce avec les Indes qui les produit, n’existait pas; on en offrait

aux grands seigneurs et en général à ceux dont on avait à reconnaître

ou se ménager les bons offices. Cette redevance, passée dans les mœurs,

a été plus tard convertie en argent; elle n’est pas à confondre avec ce

que nous appelons aujourd’hui épingles ou encore pots de vin qui sont

des dons illicites, sollicités abusivement et consentis pour obtenir

des passe-droits.

16, +Epicharmus+.--Dans les _Stromates_ (mélanges) de CLÉMENT

D’ALEXANDRIE, II; et dans PLUTARQUE, _De la Sagacité des animaux_.

17, +Empennées+.--Arrangées, préparées à l’instar des flèches que

l’on garnit de plumes, ou des traits qu’on munissait d’ailerons, pour

les empêcher de tourner sur eux-mêmes et faire qu’ils aient plus de

portée et de justesse.

25, +Sçauoir+.--«L’érudition n’est pas la science, de même que les

matériaux ne sont pas le bâtiment» (Proverbe turc).--Cette distinction

a peu cours en France, même dans l’Université, d’où nos méthodes

d’instruction encore si défectueuses.

33, +Caprioles+.--Du latin _capra_, chèvre; terme de danse qui

désignait alors un rythme particulier. On dit maintenant, mais dans

une acception un peu différente «cabrioles», du provençal _cabra_,

signifiant également chèvre.

35, +L’esbranler+.--Add. des éd. ant.: «et mettre en besongne».

=242=,

1, +Luth+.--Instrument à cordes des plus anciens, aujourd’hui

disparu, avait quelque ressemblance avec une harpe de très petite

dimension.

9, +Botanda+.--Le Panthéon qu’Agrippa fit construire à Rome, sous le

règne d’Auguste; c’est le seul des temples de Rome antique qui soit

conservé dans son intégrité.

10, +Liuia+.--Il y avait à Rome, au XVIe siècle, une femme

remarquable par sa beauté et les grâces de son esprit; c’était Livia

Colonna, fille de Marc-Antoine Colonna. Plusieurs poètes de l’époque

l’ont célébrée et nous apprennent qu’elle avait pour adorateur tout le

peuple romain. Un jour elle s’éloigna de Rome et des pluies diluviennes

suivirent son départ; «les eaux qui menacèrent subitement d’inonder

la ville éternelle, venaient, dit l’une de ces poésies, des larmes de

ses amants». Avait-elle des caleçons d’une forme et d’une richesse

exceptionnelles, c’est ce que les madrigaux écrits en son honneur nous

laissent ignorer. ROSTAIN.

12, +Médaille+.--Montaigne se moque ici quelque peu des antiquaires

et même des érudits dont les longues et ennuyeuses dissertations n’ont

souvent de but ni utile, ni instructif.

15, +Enfance+.--«Avant de voyager pour s’instruire, il faut, dit-on

parfois, s’instruire pour voyager.» C’est bien dit, mais ce n’est pas

absolument exact: On s’instruit en voyageant, l’enfant comme tous

autres; seulement les voyages profitent bien plus à qui est instruit

qu’à celui qui ne l’est pas.

27, +Remede+.--C.-à-d. pas moyen de faire autrement.

35, +Compagnie+.--C.-à-d. unie à un corps.

36, +Leçon+.--Dans mes lectures.

=244=,

9, +Geaule+.--Geôle, prison; d’où vient geôlier; viendrait lui-même

du latin _gabiola_, cage.

10, +L’espreuue+.--Nous en voyons tous les jours la preuve et

quiconque... Ces lignes ont été écrites pendant les guerres civiles

sous le règne de Henri III et à l’avènement de Henri IV.

23, +Fables+.--Est mis ici dans le sens de hâbleries, propos pleins

de vantardise et d’exagération.

27, +Contraster+.--Blâmer, contredire, censurer.

=246=,

9, +Mestier+.--Les procureurs et avocats, qui, trop souvent, par

situation, poursuivent et défendent de parti pris, quelles que soient

leurs convictions personnelles.

26, +Reluisent+.--Add. des éd. ant.: _iusques_.

27, +Particulieres+.--Quoique remplissant fidèlement ses devoirs

de citoyen, de sujet et même de catholique, Montaigne, fidèle à ce

principe, refusa constamment de s’attacher au service des rois par

des obligations particulières contractées envers eux, non plus qu’à

s’inféoder à l’un quelconque des partis qui, à cette époque, divisaient

la France.

32, +Ames+.--_Errare humanum est, perseverare diabolicum_ (_Faire

erreur est le fait de l’homme, s’y obstiner celui du démon_)», dit un

adage bien connu, dont la source ne l’est pas.

=248=,

2, +Suffisance+.--Langage tout différent de celui tenu, =I=, 218.

4, +Maluoisie+.--Vin grec qui a pris son nom de Napoli di Malvasia

(auj. Nauplie), ville du Péloponnèse.

22, +Veut+.--Add. de 80: _et qui ne se propose autre fin que le

plaisir; mais_.

24, +Platon+.--Dans _Hippias major_.

25, +Nostre+.--Plutarque traduit en français par AMYOT, dont la

traduction des _Hommes_ illustres avait paru en 1559, il y avait donc

une douzaine d’années, et celle des _Œuvres morales_ était en cours de

publication, quand Montaigne écrivait son premier livre des Essais,

1574.

29, +Là+.--Annibal et Métellus étaient en présence près de Venouse

(Italie méridionale). Une colline dont l’occupation importait aux deux

partis était entre les deux camps; Annibal, arrivé premier, ne l’occupa

pas et préféra y tendre une embuscade, persuadé que les Romains

chercheraient à s’y établir. C’est ce qui arriva: Marcellus, consul,

s’y porta avec son collègue pour en faire la reconnaissance, et y fut

tué; son collègue mourut lui aussi, peu après, de ses blessures, =208=;

il n’était pas encore arrivé aux Romains de perdre leurs deux consuls

dans un même combat. Plutarque dit de Marcellus, à cette occasion,

qu’en se précipitant inconsidérément et sans nécessité dans le danger,

il est mort, non en général d’armée, mais en enfant perdu ou en batteur

d’estrade.

=250=,

2, +Besongne+.--Henri IV partageait ce sentiment d’estime que

Montaigne avait pour Plutarque: «Il me sourit toujours d’une fraîche

nouveauté, écrivait-il à Marie de Médicis; c’est un ami; il m’a dit à

l’oreille beaucoup de maximes excellentes pour ma conduite et pour le

gouvernement de mes affaires.»

2, +Mille+.--Add. des éd. ant.: _et mille_.

6, +Mot+.--Dans son traité de la _Mauvaise honte_.

19, +Faut+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.

25, +Monde+.--CICÉRON, _Tusc._, V, 37; PLUTARQUE, _De

l’Exil_.--Socrate pouvait être internationaliste au point de vue

philosophique, mais nul ne connut et ne pratiqua mieux ses devoirs

envers sa patrie, n’en observa mieux les lois, ne la servit avec plus

de dévouement à la guerre, V. N. =III=, 576: L’vn.

D’après ce même traité _De l’Exil_, de PLUTARQUE, on a fait dire à

Hercule:

«Quoiqu’on me fasse Argien ou Thébain,

Point ne me vante être de lieu certain,

Toute cité de Grèce est ma patrie.»

28, +Nous+.--Montaigne émet ici une de ces idées au mirage

enchanteur, mais qui tout en ayant fait fortune, ne sont que

mirage.--Tous les hommes sont frères et ils devraient s’aimer en tant

qu’hommes et non comme Suisses ou Anglais. Cette conception généreuse,

déjà formulée longtemps avant notre ère, a été prônée depuis à maintes

reprises; elle est la base de la religion chrétienne; Plutarque s’en

est fait l’avocat; Mirabeau et après lui Bonald ont pronostiqué que

l’Europe ne ferait qu’une famille; Ballanche comme avait fait Rousseau,

et comme firent en des temps plus rapprochés de nous Lamennais,

Lamartine, Émile de Girardin, et autres, ont soutenu la même doctrine,

en même temps que Bossuet flétrissait la guerre qui fait périr tant

d’innocents et que Pascal et Voltaire déclaraient un acte de démence

inexcusable de tuer un homme parce qu’il demeure de l’autre côté de

l’eau. Si séduisantes que soient ces espérances, si justifié que soit

cet anathème, en attendant que ces utopies actuelles deviennent dans

l’avenir des réalités, il faut être de son époque et ne pas devenir

dupe et victime par trop de simplicité, c’est pourquoi, en attendant

d’être mis au rang des bienfaiteurs de l’humanité, ceux qui prêchent

à la France le désarmement, taxent le patriotisme d’imbécillité,

s’appliquant à détruire en elle les sentiments et les institutions

dont l’existence est nécessaire pour assurer son indépendance, sont

des individus coupables au premier chef, alors même qu’ils seraient

sincères, et dangereux au même titre que ceux qui sapent les idées

religieuses non moins indispensables à l’humanité pour lui faire

prendre en patience les misères de la vie, que n’est une armée forte

et disciplinée pour la sauvegarde du territoire; tant qu’il y aura des

loups, il faudra des chiens de garde, et des médecins tant qu’il y aura

des malades.

31, +Cannibales+.--La pépie est une membrane cornée qui croît dans le

bec des oiseaux, en particulier des poules, et les empêche de manger et

de boire. Le curé de Montaigne s’imagine que parce qu’il est survenu

un accident dans son village, le monde entier va s’en ressentir; et

que parce que les vignes y ont été gelées, que le vin fera défaut, les

Cannibales qui habitent une autre partie du globe et auxquels il est

inconnu souffriront quand même de la soif.

34, +Galler+.--Se réjouir; de ce mot viennent gala, régaler.

«Je plains le temps de ma jeunesse,

Auquel est plus qu’en autre temps gallé.» VILLON.

=252=,

23, +Argoulets+.--Archers à cheval, puis arquebusiers à cheval, qui

devinrent plus tard les dragons. Au temps de Montaigne, était le nom

générique du soldat de peu d’importance, dont on ne faisait pas cas,

probablement parce que tirant à cheval, leurs coups n’étaient pas fort

à redouter, et que, comme cavaliers, ils étaient empêchés par leur arme

à feu.

23, +Pouillier+.--Expression bourguignonne: poulailler, bicoque, et

par extension, mauvaise place de guerre non défendable.

39, +Pythagoras+.--CICÉRON, _Tusc._, V, 3.--J.-J. Rousseau, dans

l’_Émile_, IV, paraît avoir transcrit ce passage d’après les Essais.

39, +Retire+.--Ressemble; retirer à quelqu’un c’est lui ressembler;

de là l’expression «tirer un portrait», qui se dit parfois pour «faire

un portrait».

=254=,

2, +Physique+.--Les éd. ant. port.: _Musique_.

3, +Desja+.--Add. des éd. ant.: _le goust_.

13, +Elles+.--On a déjà vu que Montaigne emploie le mot «art»

au féminin; mais ici c’est assez surprenant, ayant dit à la ligne

précédente les «arts libéraux».--La pensée est de SÉNÈQUE, _Epist._ 88.

23. +Vtilité+.--Aux sciences qui sont d’utilité.--DIOGÈNE LAERCE,

_Socrate_, II, 21, dit «:Socrate fut le premier philosophe qui fit

porter ses études relatives à la conduite dans la vie et aux mœurs, sur

ce qui est bien et ce qui est mal.»

30, +Aqua+.--Les Poissons, le Lion, le Capricorne sont trois des

constellations du Zodiaque, zone idéale de la sphère céleste dont

l’écliptique, plan dans lequel le soleil se meut, occupe le milieu.

Chacune des constellations du Zodiaque, au nombre de douze, correspond

à peu près à un mois de l’année durant lequel le Soleil semble s’y

mouvoir d’un mouvement continu, ce sont: la Vierge (septembre), la

Balance (octobre), le Scorpion (novembre), le Sagittaire (décembre),

le Capricorne (janvier), le Verseau (février), les Poissons (mars),

le Bélier (avril), le Taureau (mai), les Gémeaux (juin), le Cancer

(juillet) et le Lion (août).

35, +Βοώτεω+.--Les Pléiades et le Bouvier sont des constellations de

l’hémisphère boréal.

36, +Pythagoras+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 4.

=256=,

5, +Deuis+.--En forme de conversation. Devis n’est plus en usage dans

ce sens, mais on le retrouve dans le mot deviser qui se dit en style

familier.

11, +Pour+.--Add. des éd. ant.: _apres sa mode_.

12, +Leçon+.--Add. des éd. ant.: _qui est la philosophie_.

14, +Gaza+.--Auteur d’une grammaire grecque, un peu obscure, pour les

commençants.

27, +Grammairien+.--PLUTARQUE, _Des oracles qui ont cessé_,

5.--Démétrius revenait d’Angleterre; son observation n’avait rien de

critique, c’était une simple entrée en matière, à la suite de laquelle

il se fit admettre à prendre part à la conversation.

32, +Βάλλω+.--Je jette, je lance; fait au futur =Βαλῶ=, avec un seul

λ.

34, +Βέλτιστον+.--C.-à-d. qui perdent leur temps à chercher d’où

peuvent dériver ces comparatifs et superlatifs (comparatifs et

superlatifs des adjectifs χείρευς, mal, et ἀγαθός, bon), dont la

formation est irrégulière ou qui dérivent de mots autres que leurs

positifs.

=258=,

13, +Baralipton+.--Mots barbares qui, dans l’ancienne logique

scolastique, servaient à distinguer deux des dix-neuf formes de

syllogisme.--Ce n’est pas, a dit PASCAL, Baroco et Baralipton qui

forment le raisonnement...; et l’une des principales raisons qui

éloignent le plus ceux qui entrent dans ces connaissances, du véritable

chemin qu’ils doivent suivre, est l’imagination qu’on prend d’abord que

les bonnes choses sont inaccessibles.

15, +L’ame+.--Les éd. ant. port.: _la fortune_.

17, +Epicycles+.--Terme d’astronomie; cercle dont le centre est sur

la circonférence d’un autre cercle, servant dans le système planétaire

de Ptolémée, qui n’a plus cours, à expliquer les irrégularités

apparentes du mouvement des planètes et leurs distances variables par

rapport à la terre.--Pris ici au figuré, a le sens d’hypothèses.

19, +Inaccessible+.--L’école d’Aristote dont les enseignements

faisaient loi à l’école; cette thèse avait été du reste celle de

beaucoup d’autres, de Simonide entre autres.

20, +Rebours+.--Cette divergence d’opinions subsiste toujours.

D’Alembert, Portalis ont dit «que la véritable philosophie est à la

portée de tous, que le vrai, même en métaphysique, se trouve en germe

dans tous les esprits qui le reconnaissent dès qu’on le leur montre»;

et Cousin déclare que «le genre humain n’est pas philosophe et que la

philosophie est l’aristocratie de l’espèce humaine».

23, +Doux fleurantes+.--Odoriférantes; l’expression paraît forgée par

Montaigne.

24, +Célestes+.--Il semble que Montaigne ait eu ici une réminiscence

des termes d’une traduction d’un passage de Xénophon, exprimant du

reste l’idée contraire à la sienne, traduction parue en 1553 et qu’il

possédait:

«... Paré des plus riches couleurs,

Le vice nous conduit par des chemins de fleurs;

De roses sous ses pas les plaisirs nous enchaînent;

Mais des sentiers aigus à la vertu nous mènent,

Et son temple est fondé sur un roc sourcilleux.»

30, +Despite+.--Courroucée, qui marque du dépit.--On trouve dans CL.

MAROT:

«Le Tout-Puissant de leurs façons despites

Se moquera, car d’eux il ne lui chault.»

31, +Gents+.--Quoi qu’en dise ici Montaigne, ce n’est pas là le

chemin de la vertu, qui, d’après Bossuet, est un chemin où le chrétien

grimpe plutôt qu’il ne marche. Du reste au liv. II, ch. XI (=II=, 88),

il dit avec plus de vérité que «la vraye vertu demande vn chemin aspre

et espineux...».

34, +Poëtes+.--HÉSIODE, Ἔργ. καὶ ἡμ., v. 287.

37, +Angelique+.--Héroïnes du poème de l’Arioste «Roland furieux».

41, +Garce+.--Jeune fille. V. N. =I=, 458: Garces.

41, +Attifet+.--Coiffure du temps; à proprement parler, carcasse

en fil de fer soutenant le haut du bonnet et lui donnant la forme

figurant d’ordinaire dans les portraits de Catherine de Médicis et de

Marie Stuart.

=260=,

2, +Phrygie+.--Pâris, qui eut à décerner le prix de beauté que se

disputaient Junon, Pallas et Vénus, et qui l’attribua à cette dernière.

2, +Leçon+.--«Le passage qui suit est un bel éloge de la vertu, il

serait difficile d’en parler plus dignement et avec plus de justesse.»

PAYEN.

13, +Lasseté+.--Lassitude, qui en dérive et l’a remplacé dans la

langue.

15, +Crudité+.--Indigestion, de _cruditas_ qui, en latin, a même

signification.

19, +Musqués+.--«La vertu humaine la plus parfaite, est celle qui

sait réduire le plus ses besoins.» PLUTARQUE.

32, +Sinon+.--Addition de l’exemplaire de Bordeaux écrite de la main

de Montaigne: «que de bone heure son gouuerneur l’estrangle s’il est

sans tesmoins, ou».

=262=,

8, +Rota+.--Roue, plateau horizontal que le potier met en mouvement

avec les pieds, et sur lequel il place, pour la façonner, l’argile

qu’il emploie pour les objets qu’il confectionne.

11, +Disoit+.--Dans un passage cité par SÉNÈQUE, _Epist._ 49.--La

réflexion suivante se trouve également dans Sénèque.

16, +Action+.--Ce passage rapproché de celui-ci: «C’est vn bel

agencement que le grec et le latin, mais que l’on achete trop cher», et

de cet autre: «Fascheuse suffisance, qu’vne suffisance pure liuresque»,

renferme la condamnation de notre système d’éducation.

Dans son remarquable ouvrage «la Psychologie de l’éducation», M. G.

Lebon dit en substance à ce propos:

Sous ce rapport, nous nous en tenons opiniâtrément à ce qui existait

au XVIIe et XVIIIe siècle et qui, déjà critiqué alors, est de plus en

plus funeste en ces temps-ci où les conditions d’existence ont été

profondément modifiées par les grandes découvertes modernes et les

transformations incessantes qu’elles amènent; au point que nous en

arrivons à nous trouver dans un état d’infériorité qui nous conduit

insensiblement à la ruine, la lutte pour la vie n’étant pas une vaine

formule, mais bien, pour les peuples comme pour les individus, une

réalité qui, de jour en jour, devient plus aiguë.

En France, oublieux de cet autre passage des Essais: «Ce n’est pas vne

ame, ce n’est pas vn corps qu’on dresse, c’est vn homme; il ne faut pas

les dresser l’vn sans l’autre, mais les conduire également» (=I=, 266),

dans les programmes d’instruction secondaire, on n’attache pas aux

exercices physiques, à la vie au grand air, une importance suffisante,

et au grand préjudice du développement corporel de l’adolescent on

exagère la durée des classes et des études; son éducation morale est

pareillement nulle ou à peu près et l’enseignement intellectuel à la

fois trop étendu, trop superficiel, embrassant trop d’inutilité et

mal donné. Partant de ce principe faux en matière d’éducation que la

théorie doit précéder la pratique et que les connaissances entrent

dans l’entendement par la mémoire, l’enseignement classique s’adresse

uniquement à celle-ci, gavant ses élèves d’autant de matières, pour

la plupart inutiles, que le temps le permet, sans même lui donner

seulement celui de les digérer et sans avoir recours simultanément à

l’enseignement par les yeux et les oreilles qui seul fait naître en

nous l’esprit d’observation, l’habitude de réfléchir, de raisonner, la

faculté de déduire l’inconnu du connu et est de nature à développer sa

volonté, son jugement, son initiative, sa valeur morale, de former en

un mot des caractères. Aussi, quand cette instruction prend fin, que

l’étudiant devenu homme, livré à lui-même, en arrive à l’application,

ce n’est le plus souvent qu’un incapable chez lequel les germes de

ces qualités primordiales sont atrophiées, de là le naufrage de tant

d’intelligences et de caractères, une tendance à éviter ce qui peut

être difficulté, une profonde indifférence pour ce qui se passe en

dehors de lui, défauts caractéristiques de notre race, dont la

décadence est fatalement liée à ces affaiblissements physiques,

intellectuels et moraux de l’individu, qui le plus souvent n’est qu’un

mineur que toute sa vie durant il faudra diriger.

Au lieu de former des industriels, des agriculteurs, des commerçants,

des colonisateurs, cet enseignement, dit classique, ne peut conduire

qu’aux professions libérales et en raison de l’énorme disproportion

entre le nombre des appelés et celui des élus, il crée cette multitude

de déclassés et de mécontents qui végètent et parmi lesquels le

socialisme recrute ses adeptes les plus fervents.

Quelques efforts ont bien été faits pour, concurremment avec

l’enseignement classique, développer en France l’enseignement

professionnel qui aux connaissances générales réduites au minimum

joint l’enseignement pratique d’une quelconque des branches des arts,

des sciences, de l’industrie, de l’agriculture ou du commerce suivant

la spécialité de l’école, mais ce progrès s’est effectué sans faire

la place plus grande à l’éducation physique et morale, et là encore

prévalent l’instruction théorique et la récitation des manuels;

aussi ne saurait-on s’étonner que dans de semblables conditions, cet

enseignement dont ont si fort à se louer les peuples qui en ont fait

la base de l’éducation, ne produise pas en France les mêmes heureux

résultats.

Chez les Anglo-Saxons notamment le système suivi est le contrepied

de celui admis en France; l’enseignement professionnel en raison de

son utilité et de ses avantages prédomine. Partant de ce principe que

l’expérience qui seule instruit les hommes, est aussi seule capable

d’instruire la jeunesse, on en déduit que la pratique doit précéder

la théorie, par suite les langues s’enseigner tout d’abord en les

parlant, les sciences physiques par les manipulations, un métier, une

profession par l’apprentissage, donnant, de ce fait même, occasion de

se développer à l’esprit d’observation, à la réflexion, au jugement,

à la volonté, à l’initiative, à la persévérance. Laissé libre de

bonne heure et ayant possibilité d’agir de lui-même, c’est par les

conséquences qui résultent pour lui de ses actes, que l’étudiant arrive

à distinguer le bien du mal et contracte cette discipline interne qui

constitue la moralité; il se développe au physique et acquiert du

coup d’œil, l’esprit de solidarité, l’empire sur soi, le dévouement

aux intérêts de la collectivité; quant au respect de l’ordre public,

des coutumes établies, à l’obéissance à l’autorité, c’est affaire de

mœurs et de mentalité de race. Dans ces conditions, au sortir même du

collège, le jeune Anglais, avec une instruction générale restreinte,

n’a aucune difficulté à trouver sa voie, et est à même d’apprendre en

peu de temps le complément dont il peut avoir besoin pour la suivre et

le plus souvent devenir quelqu’un.

Aujourd’hui que le télégraphe et la vapeur en réduisant les distances

ont fait du monde un seul et même théâtre d’action, le succès est

acquis aux peuples dont les individualités sont tout à la fois

capables, bien trempées au physique et au moral, dont l’émancipation

est complète, et l’esprit de solidarité absolue, quand il s’agit

d’intérêts collectifs; cela nous place incontestablement dans une

situation désavantageuse pour le présent et inquiétante pour l’avenir.

Pour y remédier, au mieux de ce qui est possible, en ce qui concerne

l’éducation, il y aurait lieu en France, de:

Transférer lycées et collèges des villes à la campagne, ce qui est

relativement facile en raison de la rapidité des communications.

Réduire dans une notable proportion la durée des classes et des études

et donner aux jeux et aux exercices physiques la même importance qu’aux

autres branches de l’éducation.

Faire de même touchant l’éducation morale; donner de bonne heure et

progressivement aux élèves plus de liberté, les abandonnant à eux-mêmes

dans une assez large mesure afin de leur apprendre à se conduire.

Pour la généralité, réduire l’enseignement classique au strict

nécessaire de mnémonique, le rendre expérimental; à l’étude du grec

et du latin qui est sans profit, substituer des traductions et une

étude plus sérieuse des langues vivantes. Supprimer les concours, les

classements, les diplômes, toutes choses où la chance a trop de part et

qui engendrent la jalousie plus que l’émulation, crée des espérances

trop souvent chimériques, et les remplacer par des examens de passage

d’une classe à une autre.

Mais que de difficultés pour la réalisation de pareilles réformes, qui

devraient commencer par celle même des professeurs qui, dressés à une

méthode qu’ils tiennent pour excellente, dont ils ont le train-train et

qui les fait vivre, sont incapables d’en concevoir et d’en appliquer

une autre; en second lieu, il faudrait rendre irresponsables les

chefs d’établissement, sauf le cas de lourde faute, des quelques

inconvénients et accidents qu’entraîne inévitablement de temps à autre

le système; et aussi faire que les parents acceptent de voir leurs

enfants retardés dans leurs classes, quand ils ne sont pas jugés aptes

à passer à la classe supérieure, sans qu’il en résulte du discrédit

pour l’établissement. Enfin et par-dessus tout, il y aurait à modifier

l’esprit public, de telle sorte que l’enseignement classique, qui en

raison de son inutilité est chose de luxe, ne soit donné qu’à ceux

auxquels leur état de fortune permet de ne rien faire, au lieu de

s’étendre de plus en plus, par l’octroi de bourses, si bien que dans

notre pays, dont la population agricole, commerciale et industrielle

est les 9/10 de la population totale, la clientèle de l’enseignement

professionnel n’est que le 1/8 du nombre de nos étudiants; et ce, parce

que pour la plupart des emplois de tout repos des administrations

de l’État, dont l’obtention est le desideratum de la majorité des

Français, pour lesquels quelque garantie d’instruction est demandée,

les diplômes de l’enseignement classique sont à peu près les seuls

admis ou tout au moins dont il soit tenu compte; à quoi s’ajoute ce

préjugé qui longtemps encore pèsera sur nous, par suite duquel le plus

infime clerc, le plus humble fonctionnaire, le moindre employé, le

plus modeste professeur se croient d’une caste bien supérieure à celle

d’un industriel, d’un commerçant, d’un artisan ou d’un paysan dont les

travaux cependant exigent beaucoup plus d’intelligence. Malheureusement

aussi, avec la propension de l’Université à monopoliser l’instruction,

et de la sorte supprimer la concurrence, il est à craindre que

ces errements néfastes se perpétuent au point que le mal devienne

irrémédiable.

Notons encore que l’enfant ne peut plus tout apprendre, qu’il

faut choisir, et nos programmes, nos méthodes, nos établissements

d’instruction ne répondent plus à la diversité des vocations et des

mœurs, aux conditions changeantes de la vie moderne; par suite aussi,

un lycée, un collège ne saurait davantage demeurer un froid immeuble

administratif, taillé sur un modèle uniforme, celui si peu attrayant,

si généralement dénué d’air et de lumière que nous connaissons.

39, +Lasse+.--DIOGÈNE LAERCE, X, 122.

41, +Garçon+.--_Dans un college_, comme portent les éd. ant.; qu’on

l’y mette interne.

=264=,

8, +Affolé+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 62.

25, +Faire+.--PLUTARQUE, _Symposiaques_ (mélanges), I, 1.

33, +Conuiue+.--Banquet, festin, repas (en latin _convivium_); nom

d’un dialogue de Platon.

38, +Autres+.--C.-à-d. il n’y a pas doute qu’ainsi dressé à la

recherche et à l’amour de la vertu, il ne soit moins désœuvré que les

autres.

=266=,

11, +Platon+.--Cité par PLUTARQUE dans le traité _Des moyens de

conserver la santé_.

16, +Il se fait+.--Var. des éd. ant. à 88: _aux colleges où_.

17, +Lettres+.--Add. des éd. ant. à 88: _et leur en donne goust_.

25, +Dameret+.--Efféminé, qui fait le beau et cherche à plaire aux

dames.

31, +Office+.--Leur devoir; pendant les classes, les études, la

récitation des leçons.

36, +Quintilian+.--_Instit. orat._, I, 3.

=268=,

1, +Graces+--Étaient dans l’antiquité la personnification de ce

qu’il y a de plus séduisant dans la beauté. Elles étaient au nombre de

trois: Aglaé (qui excite l’admiration), Thalie (qui inspire la joie),

Euphrosyne (qui réjouit l’âme); on les représentait sous la figure

de trois jeunes vierges nues, sans ceinture, les mains et les bras

entrelacés, formant des danses gracieuses autour de Vénus. MYTH.

2, +Speusippus+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 1.

15, +Soleil+.--SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrrh. Hyp._, I, 14.

19, +Cocqs+.--PLUTARQUE, _De l’envie et de la haine_, vers le

commencement.--Alexandre le Grand frémissait, dit-on, au seul

toucher d’une pêche; Turenne se trouvait mal, assure-t-on, s’il

voyait une araignée: petites faiblesses de grands homme, si cela est

exact.--Jacques Ier d’Angleterre, qu’on ne saurait mettre sur le

même rang, se trouvait mal, dit-on encore, à la vue d’une épée nue;

peut-être était-ce le souvenir de sa mère qui l’obsédait.--Plusieurs

membres de la famille de Candale, avec laquelle Montaigne était lié,

et c’est probablement à eux qu’il fait allusion ici, ne pouvaient

supporter l’odeur de la pomme.--Ambroise Paré en dit autant de

Wladislas, roi de Pologne, et cite des exemples de l’horreur

inspirée par le pain, les œufs, les légumes, les chats, les souris,

les araignées, etc...--Les cas de ces singulières antipathies et

autres analogues sont fort nombreux, en voici quelques autres: Alaüs

Borrichius cite un cabaretier qui frémissait et se couvrait d’une

sueur froide, quand il voyait du vinaigre; une demoiselle qui ne

pouvait regarder une plume, sans jeter des cris; un gentilhomme

écossais qui pleurait à l’aspect d’une anguille.--Le maréchal de Brézé

s’évanouissait à la vue d’un lapin; la fièvre s’emparait d’Erasme,

dès qu’il voyait ou sentait du poisson; Joseph Scaliger tremblait

en apercevant du lait, et ne pouvait souffrir davantage le cresson;

l’illustre mathématicien Cardan avait horreur des œufs; Ladislas

Jagellon redoutait les pommes; si l’on faisait sentir ce fruit à un

sieur La Chesnaye, secrétaire de François Ier, le sang s’échappait en

abondance de ses narines; on cite des gens que le froissement d’une

robe de soie fait tomber en pâmoison.--Samuel Pelissius parle d’un

homme qui se troublait et divaguait, quand il voyait de la salade; un

autre éprouvait une douleur aiguë quand on parlait des pieds ou de

ce qui s’y rapporte, bas, souliers, etc., et cette douleur cessait

dès qu’on parlait de la tête ou de ce qui s’y rapporte, cheveux,

etc...--Henri III ne pouvait demeurer dans une chambre où était un

chat; le maréchal de Schomberg avait la même aversion.--Un conseiller

au parlement de Bordeaux avait été si effrayé à la vue d’un hérisson

qu’il crut, pendant plus de deux ans, que ses entrailles étaient

dévorées par cet animal.--D’après Pierius Valerianus, l’odeur des roses

faisait évanouir le cardinal Caraffa; il en dit autant d’un cardinal

de Cordoue, d’un évêque de Breslau; et ce qui est plus particulier,

il cite un espagnol, Dom Juan Rual de Polemaque, sur lequel entendre

prononcer le mot _Lana_ produisait le même effet.--Balzac a écrit: «La

rose est mon inclination, comme c’était l’aversion de M. le chevalier

de Guise»; Catherine de Médicis ne pouvait non plus en supporter

l’odeur.--Le chancelier Bacon tombait en défaillance, quand il y

avait une éclipse de lune; le duc d’Epernon quand, dans un repas,

on lui servait du levraut; le maréchal d’Albret, du marcassin.--Il

existe sur ce sujet deux ouvrages publiés l’un en 1617, l’autre en

1665, le premier de Sagittarius, savant allemand, le second de Martin

Schoockius, savant hollandais. PAYEN.

26, +Boucle+.--C.-à-d. contenir. Métaphore tirée de l’usage où l’on

est de boucler une jument par l’interposition d’un anneau pour empêcher

qu’elle ne soit saillie, ce qui était également le principe des

ceintures de chasteté du moyen âge, dont le musée de Cluny, à Paris, a

des spécimens; se dit aussi de quelqu’un jeté en prison.

32, +D’autant+.--Boire d’autant, c’est faire raison, tenir tête à

quelqu’un à table, buvant à chaque invitation qu’il vous en fait en

buvant lui-même.

=270=,

7, +Recita+.--Peut-être Gaspard de Schomberg, qui était reçu

à Montaigne et qui a rempli pour la France diverses missions en

Allemagne, et avait été notamment chargé par Charles IX d’aller

justifier auprès des seigneurs de cette contrée les massacres de la

Saint-Barthélemy en faisant connaître les nécessités qui avaient motivé

cet acte politique.

9, +Alcibiades+.--PLUTARQUE, _Alcibiade_, 14.

18, +Vtramque+.--Montaigne emploie ces deux vers dans un sens

directement opposé à celui qu’ils ont dans Horace, d’où ils sont tirés.

19, +Leçons+.--Var. des éditions antérieures: _Voicy mes leçons, où

le faire va auec le dire. Car à quoy sert il qu’on presche l’esprit, si

les effects ne vont quant et quant?_ au lieu de: «Voicy... escrites»

(19 à 32).

20, +Voyez+.--«Voulez-vous, disait S. GRÉGOIRE, un abrégé de la règle

de saint Benoît, considérez sa vie; voulez-vous un précis de sa vie,

considérez sa règle: l’une est l’expression de l’autre.»

21, +Platon+.--Dans le dialogue intitulé _Les Rivaux_.

27, +Philosophe+.--Ce n’est pas Héraclite, mais Pythagore, qui fit

cette réponse; ce fait rapporté par CICÉRON, _Tusc._, V, 3, a été

relevé par lui dans un livre d’Héraclite.

32, +Escrites+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 48.

=272=,

7, +Paroles+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.

9, +Babil+.--Plus encore que chez toute autre race, l’exubérance

de paroles existe chez les Latins, dont nous sommes. De tous temps,

ils ont été grands discoureurs, amis des mots et de la logique, se

préoccupant très peu des faits et faciles à gagner à toute idée

présentée dans un beau langage. Aujourd’hui chacun s’en mêle et il

n’est même plus besoin de logique; pour réussir, il ne suffit plus, en

France, mais c’est une chose à laquelle rien ne supplée, que d’être

prêt à parler, à l’impromptu, sur quoi que ce soit, et à même de

trouver de suite des arguments, tout au moins bruyants, pour répondre à

ses adversaires; la compétence, pas plus que la vérité et la sincérité,

ne sont nécessaires; des lieux communs, un langage tant soit peu

amphigourique, des évocations flattant les passions de l’auditoire

assurent le succès; et cette nécessité d’être à même de parler sans

réfléchir est telle, qu’elle élimine des affaires publiques, et

notamment du Parlement, nombre d’hommes de valeur réelle et de jugement

pondéré.

33, +Ombrages+.--Ombres, apparences, ou encore aperçus, comme on dit

aujourd’hui.

39, +Tiens+.--Add. des éd. ant.: _que qui en a l’esprit_.

=274=,

2, +Bergamasque+.--Le patois de Bergame passait, du temps de

Montaigne, pour le langage le plus grossier de l’Italie.

7, +Pas+.--C.-à-d. pas plus que ne fait, que ne sait.--Un emploi

analogue du verbe faire se retrouve dans cette expression «si fait»,

encore en usage: «Vous ne mangez pas?--Si fait (si, je fais l’action de

manger)».

7, +Petit pont+.--Aujourd’hui, pont du Châtelet, un des trois

premiers ponts de Paris, ainsi nommé par opposition au Grand pont,

devenu le Pont au Change et actuellement le Pont-Neuf.

10, +Maistre és arts+.--Gradué des anciennes universités à la suite

d’épreuves soutenues avec succès, qui avait qualité pour enseigner les

humanités et la philosophie; arts était alors synonyme de lettres.

15, +Afer+.--TACITE, _Dial. des Orateurs_; le texte latin porte Aper.

22, +Faire+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.

28, +Feray+.--PLUTARQUE, _Instruction pour ceux qui manient les

affaires d’État_, 4.

30, +Consul+.--PLUTARQUE, _Caton_.--Montaigne donne un sens trop

général à la réflexion de Caton qui ne se moquait pas de l’éloquence

de Cicéron. mais de l’abus qu’il en fit, dans le temps de son

consulat, un jour que, plaidant pour Muréna contre lui Caton, il se

mit à tourner en ridicule les principes essentiels de la philosophie

stoïcienne, d’une manière par trop comique, peu digne de la fonction

qu’il occupait, ce qui lui attira cette observation de son adversaire

plus piquante que tous les traits qu’il venait de lui décocher.

COSTE.--Cicéron était, du reste, lui-même fort porté à l’épigramme.

Dans ses _Saturnales_, MACROBE cite quelques-unes de ses plaisanteries.

Parlant de César: «La ceinture m’a trompé», dit-il, faisant allusion

à ce qu’il portait sa toge à la mode des jeunes gens efféminés, lui

qui était l’homme d’action par excellence. De Pompée, qui venait de

concéder le droit de cité à un barbare: «Il le donne aux autres et est

impuissant à nous le rendre à nous-mêmes.» De Caninius Dibulus fait

consul, en =45=, la veille du jour où finissait l’année, avec laquelle

sa charge prenait fin: «Nous avons eu en Caninius un consul vigilant;

de tout son consulat il n’a pas goûté le sommeil.»

35, +Force+.--C.-à-d. n’importe, il n’y a pas lieu de s’y opposer,

de l’y contraindre. Cette locution se retrouve avec le même sens dans

Rabelais.

=276=,

10, +Vers+.--PLUTARQUE, _Si les Athéniens ont été plus excellents en

armes qu’en lettres_, 4.--On raconte à peu près la même chose de Racine

qui écrivait d’abord ses pièces en prose et les estimait terminées,

lorsqu’il ne lui restait plus qu’à les mettre en vers.

11, +Le demeurant+.--Var. des éd. ant.: _les mots, les pieds et les

césures qui sont à la vérité de fort peu au pris du reste. Et qu’il

soit ainsi_...

18, +Fera il+.--C.-à-d. mais que fera notre jeune élève, si on le

presse...--Montaigne revient ici à son principal sujet, qu’il semblait

avoir entièrement perdu de vue.

20, +Desaltere+.--Parmi les singularités de ce genre, nous

rappellerons encore celle-ci: «Vous avez des cornes ou vous n’avez pas

de cornes: Or vous n’avez pas de cornes, donc vous avez des cornes.»

21, +Respondre+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 49.

23, +Empesche+.--DIOGÈNE LAERCE, II.

26, +Aage+.--DIOGÈNE LAERCE, VII.

36, +Querir+.--Montaigne détourne, en effet, assez fréquemment le

sens des citations qu’il donne; il était capable d’inventer le procédé;

mais il a pu le trouver dans saint Paul, ainsi que le reconnaît saint

Jérôme.

36, +Suiure+.--«Qui traite un beau sujet, est sans peine éloquent.»

EURIPIDE.

37, +Aller+.--J.-J. Rousseau a dit aussi: «Toutes les fois qu’à

l’aide d’un solécisme, je pourrai me faire mieux entendre, ne pensez

pas que j’hésite.» Il s’est bien fait entendre sans avoir besoin de

solécismes; mais cette phrase montre qu’il était aussi peu esclave que

Montaigne des exigences de la grammaire. LE CLERC.

=278=,

3, +Brusque+.--Montaigne excelle, en effet, à user du laconisme,

témoin le membre de phrase qui se rencontre quelques lignes plus haut:

«Que le Gascon y arrive, si le François n’y peut aller.»

4, +Feriet+.--Épitaphe de Lucain, citée dans la Bibliothèque latine

de Fabricius.

5, +Affectation+.--Les éd. ant. aj.: _et d’artifice_.

7, +Fratesque+.--Monacal, de l’italien _fratre_, moine.

8, +Cæsar+.--Add. des éd. de 80, 82 et 87: _Qu’on lui reproche

hardiment ce qu’on reprochoit à Séneque, Que son langage estoit de

chaux viue, mais que le sable en estoit à dire._

9, +Appelle+.--SUÉTONE, _César_, 55, ne dit pas que l’éloquence de

César était soldatesque, c.-à-d. brève, saccadée, nerveuse, comme on

imagine le langage du soldat, parce que la devise qui lui convient est

«_acta non verba_ (des actes et non des paroles)», mais que, sous ce

rapport aussi bien que sous celui des talents militaires, il est hors

de pair. L’erreur de Montaigne vient de ce que certaines éditions de

l’auteur latin sont mal ponctuées en ce passage; par suite sa remarque

à cet égard est sans objet.

22, +Soy+.--C.-à-d. l’éloquence qui fixe toute l’attention de

l’auditeur fait tort aux choses dont on parle, elle en fait en quelque

sorte la critique.

27, +Paris+.--Quand on demandait à MALHERBE son avis sur quelque mot

français, il renvoyait ordinairement aux crocheteurs du Port au Foin,

disant que c’étaient ses maîtres pour le langage, ce qui a donné lieu à

cette protestation de RÉGNIER:

«Comment! Il faudrait donc pour faire une œuvre grande,

Qui de la calomnie et du temps se défende

Et qui nous donne rang parmi les bons auteurs,

Parler comme à Saint-Jean parlent les crocheteurs.»

Il y a toutefois lieu de croire que cette indignation était inspirée à

Régnier plus par son esprit de contradiction que par ses convictions,

si on s’en rapporte au jugement que BOILEAU a porté sur lui:

Heureux si ses discours, craints du chaste lecteur,

Ne se sentaient des lieux où fréquentait l’auteur.

30, +Seulement+.--DIOGÈNE LAERCE, X, 13.

37, +Platon+.--_Des Lois_, I.

40, +Meilleurs+.--Les éd. ant. port.: _miens_.

40, +Disoit+.--STOBÉE, _Serm._, 34.

=280=,

25, +Latine+.--Cet Allemand se nommait Horstanus; il professa dans la

suite au collège de Guyenne. Le père de Montaigne essaya d’en agir de

même pour ses autres enfants; il dut y renoncer par la difficulté de

trouver à qui en donner la charge.

28, +Moy+.--Latiniser ainsi, c’est bien; mais que devient, durant ce

temps, la douce et irremplaçable éducation, qui ne peut se donner en

latin, que nous recevons sur les genoux de nos mères, qui forme nos

premiers élans vers les choses généreuses, notre première préparation

aux combats de la vie? A l’égard de Montaigne, cette manière de faire a

dû favoriser en lui l’impatience de toute règle et de toute discipline.

MARGERIE.

=282=,

4, +Romanorum+--Ouvrage estimé, publié en 1555.

6, +Temps+.--Dans ses ouvrages, Muret expose en un parfait latin

antique des idées toutes modernes. On a de lui des notes sur les

auteurs anciens, dont ses études ont beaucoup contribué à épurer les

textes, des Harangues, des Poésies et des Épîtres.--On raconte de lui

qu’étant en Italie, il tomba gravement malade et entra dans un hôpital.

Là, deux médecins délibérant près de lui sur le traitement à suivre

à son égard, et le prenant pour un homme du commun, ils se dirent en

latin: «_Faciamus periculum in anima vili_ (Que risquons-nous sur un

être de rien)?» pensant bien n’être pas compris; et Muret de leur crier

aussitôt: «_An vilis anima pro qua mortuus est Christus_ (Eh quoi,

n’est-ce rien, un être pour lequel le Christ a donné sa vie)?» Et il

sortit au plus vite de ce lieu pour échapper aux expériences. BOUILLET.

14, +Intelligence+.--Si Montaigne ne savait pas le grec, il n’en

était pas de même de sa sœur Madame de Lestonna, témoin l’anecdote

suivante qui n’est pas sans analogie avec celle de la note précédente:

M. de Lestonna reçut un jour la visite d’un ami venant lui proposer

une «débauche d’amourette»; et sa femme se trouvant là, l’ami pensant

n’être pas compris d’elle, s’exprimait en grec; il se trompait, elle le

lui fit bien voir, il dut détaler au plus vite.

16, +Tablier+.--Table servant aux jeux de dames, d’échecs et de

trictrac, comme il en existe encore aujourd’hui.

25, +Et ne fus... seruist+.--Var. de 80: _et auoit, vn ioueur

d’espinette pour cet effect_.

26, +Instrument+.--Ce soin était confié, comme l’indique la note

précédente, à un joueur d’épinette, petit clavecin qui est devenu le

piano.--Le réveil de Montaigne, enfant, a fait le sujet d’un tableau

par Ed. Hamman, qui a été exposé à Paris, au salon de 1847.

35, +Bien+.--Var. des éd. ant.: _d’vn iugement bien seur et ouuert_.

=284=,

6, +Guienne+.--A Bordeaux.

19, +Lire+.--Les Eléments de mathématiques d’Euclide furent pour

Pascal ce qu’avaient été pour Montaigne les Métamorphoses d’Ovide.

23, +Lancelot du Lac+.--Un des principaux chevaliers de la Table

Ronde (ordre de chevalerie fabuleux, institué, suivant les légendes

de la Grande-Bretagne, à la fin du Ve siècle); ses exploits ont été

chantés au moyen âge, dans un roman de ce nom.

23, +Amadis+.--Amadis des Gaules, poème espagnol de chevalerie du

moyen âge, écrit par divers auteurs, traduit en français par ordre de

François Ier.

23, +Bordeaux+.--Huon de Bordeaux, chanson de geste, autrement dit de

faits héroïques du XIIe siècle.

25, +Discipline+.--C.-à-d. _le soing qu’on auoit à mon institution_

(qu’on apportait à mon éducation), comme le portent les éditions

antérieures.

29, +Conniuer+.--Qui eut le bon esprit d’être de connivence, d’accord

avec moi, en ayant l’air de ne pas s’en apercevoir.

30. +L’Æneide+.--Poème épique, l’un des chefs-d’œuvre de Virgile,

ayant pour héros Énée, un des chefs de Troie, venu en Italie pour s’y

établir, après la ruine de cette ville, et auquel les Romains faisaient

remonter leur origine.

=286=,

2, +Parties+.--Acception tirée de l’anglais, signifie ici: qualités,

talents, moyens intellectuels.

7, +Fainéantise+.--Var. des éd. ant.: _Stupidité_.

27, +Cognoissait+.--«Sous ses airs d’indolence, l’esprit de Montaigne

n’en était pas moins, en effet, plein de hardiesse, couvant bien des

audaces.» SAINTE-BEUVE.

=288=,

5, +Deformabat+.--Montaigne s’élève ici contre la réprobation qui, à

cette époque et longtemps encore après, pesait sur les comédiens. De

nos jours ils sont estimés à juste titre à l’égal des autres suivant

la conduite privée de chacun, bien qu’on puisse leur reprocher à tous

en général que la réclame à outrance qui se fait autour de leurs noms

et qu’excusent les nécessités du métier, les porte trop à en prendre

les exagérations pour des réalités, à quoi il faut ajouter qu’une

différence existe entre eux plus accentuée que dans n’importe quelle

autre carrière. Les artistes de second ordre (acteurs et chanteurs) qui

vont pérégrinant de ville en ville, peinant à l’extrême pour arriver

à jouer presque chaque jour des pièces différentes, gagnent peu, sont

parfois obligés pour vivre à des compromissions que le besoin excuse,

et leur considération s’en ressent. Combien autre est l’existence des

coryphées de la profession, jouant cent fois de suite et plus la même

pièce! Ils ont des loisirs que les précédents ne connaissent pas et

en outre réalisent des bénéfices qui leur permettent la vie la plus

large; à cela rien à dire. Seulement il y en a parmi eux qui oublient

trop que le monde dépense sans compter pour ses plaisirs, alors qu’il

est le plus regardant pour ce qui est de première nécessité, et ils

jaugent leur valeur d’après l’argent dont on les comble et deviennent

encombrants, s’estimant sans vergogne au-dessus de ceux-là mêmes

dont ils interprètent les œuvres, ne se disant pas que dans Molière,

dont ils s’honorent, c’est l’observateur, le moraliste, l’écrivain

incomparables qu’on admire, et pas du tout l’acteur depuis longtemps

ignoré de beaucoup.

8, +Valent+.--Qui méritent d’y être admis.

17, +Spectacles+.--Le premier édifice moderne, complètement clos,

spécialement destiné à cet usage, a été élevé, vers 1500, par le

Bramante, dans le Vatican, à Rome; ce n’est qu’à partir du XVIIe

siècle, qu’il a été construit en France des salles permanentes de

théâtre.--Tout récemment, on a cherché à faire revivre dans le midi, à

Béziers, à Orange, le théâtre en plein air, et cela a réussi surtout

par l’originalité, la rareté du fait; mais ces immenses scènes antiques

à ciel ouvert conviennent bien mieux aux jeux du cirque, aux combats

de gladiateurs, aux courses de taureaux, qu’à des représentations

littéraires.

17, +Diuertissement+.--Diversions, qui servent à détourner les gens

de se livrer en secret, à l’écart, à des actions qui ne sont pas à

louer.

17, +Occultes+.--Tout ce passage est en contradiction avec ce qu’a

écrit plus tard J.-J. Rousseau sur ce même sujet des spectacles; et ce

que Montaigne en dit est incontestablement plus vrai, plus solide et

mieux pensé que les sophismes éloquents du philosophe de Genève.

22, +Espouser+.--Ce chapitre, qui ne saurait être ni trop loué, ni

trop lu, ni trop médité, fait autorité en matière d’éducation; la

partie de l’_Émile_ où J.-J. Rousseau traite cette question, n’en

est qu’un commentaire. Ce sont les mêmes vues, les mêmes idées plus

ou moins étendues ou resserrées, mais présentées d’une manière moins

piquante, moins originale, avec une éloquence plus imposante sans

doute, mais moins persuasive, parce qu’elle est moins naturelle. Il est

à observer que les seuls préceptes véritablement utiles et pratiques

sur l’éducation des enfants qu’on remarque dans le livre de Rousseau

sont précisément ceux qu’il doit à Montaigne: pour peu qu’il s’écarte

de son guide, il ne dit guère que des lieux communs, ou bien s’égare et

se perd dans un dédale d’idées vagues, incohérentes, chimériques.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 385 / 504 题