Il est heure de mourir lorsqu’il y a plus de mal que de bien à viure,
=I=, 380.
Le present que Nature nous ait faict le plus fauorable, et qui nous
oste tout moyen de nous pleindre de nostre condition, c’est de nous
auoir laissé la clef des champs. Elle n’a ordonné qu’vne entrée à la
vie, et cent mille yssuës, =I=, 630.
S’il est mauuais de viure en necessité, au moins de viure en necessité,
il n’est aucune necessité. Nul n’est mal long temps qu’à sa faute,
=I=, 476.
Dieu nous donne assez de congé, quand il nous met en tel estat, que le
viure nous est pire que le mourir. C’est foiblesse de ceder aux maux,
mais c’est folie de les nourrir, =I=, 632.
La Fortune peut toutes choses pour celuy qui est viuant; elle ne peut
rien sur celuy qui sçait mourir? =I=, 638.
Pourquoy te plains tu de ce monde? il ne te tient pas: si tu vis en
peine, ta lascheté en est cause: A mourir il ne reste que le vouloir,
=I=, 630.
Il n’y a homme si coüard qui n’ayme mieux tomber vne fois, que de
demeurer tousiours en bransle, =I=, 382.
L’Histoire est toute pleine de ceux qui en mille façons ont changé à la
mort vne vie peneuse, =I=, 642.
Comme ie n’offense les loix, qui sont faictes contre les larrons, quand
i’emporte le mien, et que ie coupe ma bourse: ny des boutefeuz, quand
ie brusle mon bois: aussi ne suis ie tenu aux loix faictes contre les
meurtriers, pour m’auoir osté ma vie, =I=, 632.
Il y a des polices qui se sont meslées de regler la iustice et
opportunité des morts volontaires, =I=, 650.
De vray, ce n’est pas si grande chose, d’establir tout sain et tout
rassis, de se tuer; il est bien aisé de faire le mauuais, auant que de
venir aux prises. De ceux mesmes, qui se sont resolus à l’execution,
il faut voir, si ç’a esté d’vn coup, qui ostait le loisir d’en sentir
l’effect. Car il est aduenu que tel resolu de mourir, et de son
premier essay n’ayant donné assez auant, la demangéson de la chair luy
repoussant le bras, se reblessa bien fort à deux ou trois fois apres,
mais ne peut iamais gaigner sur luy d’enfoncer le coup, =II=, 422.
Il y a des humeurs fantastiques et sans discours, qui ont poussé, non
des hommes particuliers seulement, mais des peuples à se deffaire,
=I=, 636.
C’est vne recepte, qui ne peut iamais manquer, et de laquelle il ne se
faut seruir tant qu’il y a vn doigt d’esperance de reste: le viure est
quelquefois constance et vaillance, =I=, 636.
Celuy qui n’estime pas tant sa femme ou vn sien amy, que d’en allonger
sa vie, et qui s’opiniastre à mourir, il est trop delicat et trop
mol: il faut que l’ame se commande cela, quand l’vtilité des nostres
le requiert: il faut par fois nous prester à noz amis: et quand nous
voudrions mourir pour nous, interrompre nostre dessein pour eux,
=I=, 674.
Plusieurs tiennent, que nous ne pouuons abandonner cette garnison du
monde, sans le commandement expres de celuy, qui nous y a mis; et que
c’est à Dieu, qui nous a icy enuoyez, non pour nous seulement, ains
pour sa gloire et seruice d’autruy, de nous donner congé, quand il luy
plaira, non à nous de le prendre: que nous ne sommes pas nays pour
nous, ains aussi pour nostre païs: les loix nous redemandent compte de
nous, pour leur interest, et ont action d’homicide contre nous,
=I=, 632.
C’est contre Nature, que nous nous mesprisons et mettons nous mesmes à
nonchaloir; c’est vne maladie particuliere, et qui ne se voit en aucune
autre creature de se hayr et desdaigner, =I=, 634.
Il y a bien plus de constance à vser la chaine qui nous tient, qu’à la
rompre: C’est l’indiscretion et l’impatience, qui nous haste le pas,
=I=, 632.
C’est le rolle de la couardise, non de la vertu, de s’aller tapir dans
vn creux, souz vne tombe massiue, pour euiter les coups de la Fortune.
Elle ne rompt son chemin et son train, pour orage qu’il face, =I=, 634.
Tous les inconueniens ne valent pas qu’on vueille mourir pour les
euiter. Et puis y ayant tant de soudains changemens aux choses
humaines, il est malaisé à iuger, à quel poinct nous sommes iustement
au bout de nostre esperance, =I=, 636.
Il y a grand doubte sur ce, quelles occasions sont assez iustes, pour
faire entrer vn homme en ce party de se tuer: Car quoy qu’ils dient,
qu’il faut souuent mourir pour causes legeres, puis que celles qui nous
tiennent en vie, ne sont gueres fortes, si y faut-il quelque mesure,
=I=, 636.
La douleur, et vne pire mort, me semblent plus excusables incitations,
=I=, 652.
On desire quelquefois la mort, pour l’esperance d’vn plus grand bien,
par vn grand appetit de la vie aduenir, par où il appert combien
improprement nous appellons desespoir cette dissolution volontaire, à
laquelle nous porte souuent, vne tranquille et rassise inclination de
iugement, =I=, 650.
L’histoire Ecclesiastique a en reuerence plusieurs tels exemples de
personnes deuotes qui appelerent la mort à garant contre les outrages
que les tyrans preparoient à leur religion et conscience, =I=, 640.