REPENTIR.

Le repentir n’est qu’vne desdicte de nostre volonté, et opposition de

nos fantasies, qui nous pourmene à tout sens. Il faict desaduouër à

celuy-là, sa vertu passee et sa continence, =III=, 114.

Le vice laisse comme vn vlcere en la chair, vne repentance en l’ame,

qui tousiours s’esgratigne, et s’ensanglante elle mesme. Car la raison

efface les autres tristesses et douleurs, mais elle engendre celle de

la repentance: qui est plus griefue, d’autant qu’elle naist au dedans,

=III=, 112.

Ie ne cognoy pas de repentance superficielle, moyenne, et de ceremonie.

Il faut qu’elle me touche de toutes parts auant que ie la nomme ainsin:

et qu’elle pinse mes entrailles, et les afflige autant profondement,

que Dieu me voit, et autant vniuersellement, =III=, 126.

Si n’est-ce pas guerison, si on ne se descharge du mal. Si la

repentance pesoit sur le plat de la balance, elle emporteroit le peché,

=III=, 124.

Mais ce qu’on dit, que la repentance suit de pres le peché, ne semble

pas regarder le peché qui est en son haut appareil: qui loge en nous

comme en son propre domicile. On peut desauouër et desdire les vices,

qui nous surprennent, et vers lesquels les passions nous emportent:

mais ceux qui par longue habitude, sont enracinez et ancrez en vne

volonté forte et vigoureuse, ne sont subiects à contradiction,

=III=, 114.

Il y a des pechez impetueux, prompts et subits, laissons les à part:

mais en ces autres pechez, à tant de fois reprins, deliberez, et

consultez, ou pechez de complexion, ou pechez de profession et de

vacation: ie ne puis pas conceuoir, qu’ils soient plantez si long temps

en vn mesme courage, sans que la raison et la conscience de celuy

qui les possede, le vueille constamment, et l’entende ainsin. Et le

repentir qu’il se vante luy en venir à certain instant prescrit, m’est

vn peu dur à imaginer et former, =III=, 124.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 316 / 504 题