PROLÉTAIRES.

A quoy faire nous allons gendarmant par les efforts de la science?

Regardons à terre, les pauures gens que nous y voyons espandus, la

teste panchante apres leur besongne. De ceux-là, tire Nature tous

les iours, des effects de constance et de patience, plus purs et

plus roides, que ne sont ceux que nous estudions si curieusement en

l’escole. Combien en vois ie ordinairement, qui mescognoissent la

pauureté; combien qui desirent la mort, ou qui la passent sans alarme

et sans affliction? Celui là qui fouït mon iardin, il a ce matin

enterré son pere ou son fils. Les noms mesme, dequoy ils appellent les

maladies, en adoucissent et amollissent l’aspreté. La phthysie, c’est

la toux pour eux: la dysenterie, deuoyement d’estomach: vn pleuresis,

c’est vn morfondement: et selon qu’ils les nomment doucement, ils les

supportent aussi. Elles sont bien griefues, quand elles rompent leur

trauail ordinairement: ils ne s’allitent que pour mourir, =III=, 554.

Ie ne vy iamais paysan de mes voisins, entrer en cogitation de quelle

contenance, et asseurance, il passeroit son heure derniere. Nature luy

apprend à ne songer à la mort, que quand il se meurt, =III=, 576.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 308 / 504 题