L’opinion est vne puissante partie, hardie, et sans mesure, =I=, 462.
Il se faut garder de s’attacher aux opinions vulgaires, et les faut
iuger par la voye de la raison, non par la voix commune, =I=, 354.
Quasi toutes les opinions que nous auons, sont prinses par authorité et
à credit, =III=, 546.
Nos opinions s’entent les vnes sur les autres. La premiere sert de tige
à la seconde: la seconde à la tierce. Nous eschellons ainsi de degré en
degré. Et aduient de là, que le plus monté, a souuent plus d’honneur,
que de merite. Car il n’est monté que d’vn grain, sur les espaules du
penultime, =III=, 608.
Nostre opinion donne prix aux choses; pour les estimer, nous ne
considerons ny leurs qualitez, ny leurs vtilitez, mais seulement nostre
coust à les recouurer: et appellons valeur en elles, non ce qu’elles
apportent, mais ce que nous y apportons, =I=, 446.
La diuersité des opinions, que nous auons des choses, montre clairement
qu’elles n’entrent en nous que par composition, =I=, 442.
Et ne fut iamais au monde, deux opinions pareilles, non plus que
deux poils, ou deux grains. Leur plus vniuerselle qualité, c’est la
diuersité, =III=, 76.
Nous tenons la mort, la pauureté et la douleur pour nos principales
parties. Or cette mort que les vns appellent des choses horribles la
plus horrible, qui ne sçait que d’autres la nomment l’vnique port des
tourmens de cette vie? le souuerain bien de nature? seul appuy de
nostre liberté? et commune et prompte recepte à tous maux? Et comme
les vns l’attendent tremblans et effrayez, d’autres la supportent plus
aysement que la vie, =I=, 442.
L’aisance et l’indigence despendent de l’opinion d’vn chacun, et non
plus la richesse, que la gloire, que la santé, n’ont qu’autant de
beauté et de plaisir, que leur en preste celuy qui les possede. Chascun
est bien ou mal, selon qu’il s’en trouue, =I=, 474.
Il n’est rien à quoy communement les hommes soyent plus tendus, qu’à
donner voye à leurs opinions. Où le moyen ordinaire nous faut, nous y
adioustons, le commandement, la force, le fer, et le feu. Il y a du
mal’heur, d’en estre là, que la meilleure touche de la verité, ce soit
la multitude des croyans, en vne presse où les fols surpassent de tant,
les sages, en nombre, =III=, 530.
C’est chose difficile de resouldre son iugement contre les opinions
communes. La premiere persuasion prinse du subiect mesme, saisit les
simples: de là elle s’espand aux habiles, soubs l’authorité du nombre
et ancienneté des tesmoignages. Pour moy, de ce que ie n’en croirois
pas vn, ie n’en croirois pas cent vns. Et ne iuge pas les opinions, par
les ans, =III=, 530.