Si ma fortune m’eust faict naistre pour tenir quelque rang entre les
hommes, i’eusse esté ambitieux de me faire aymer: non de me faire
craindre ou admirer, =III=, 424.
Les Princes n’ayment guere les discours fermes, ny moy à faire des
comptes, =II=, 476.
Il n’y a point d’vtilité, pour laquelle ie me permette de mentir,
=III=, 86.
Ceux qui ont merité de moy, de l’amitié et de la recognoissance, ne
l’ont iamais perdue pour n’y estre plus: ie les ay mieux payez, et plus
soigneusement, absens et ignorans. Ie parle plus affectueusement de mes
amis, quand il n’y a plus de moyen qu’ils le sçachent, =III=, 474.
Ie sçay bien ce que ie fuis, mais non pas ce que ie cherche, =III=, 426.
La medecine se forme par exemples et experience: aussi fait mon
opinion, =III=, 32.
Ie hay la pauureté à pair de la douleur, =III=, 392.
Ie fay peu de part à ma prudence, de ma conduite: ie me laisse
volontiers mener à l’ordre public du monde, =II=, 508.
I’ay veu quelque fois mes amis appeller prudence en moy, ce qui estoit
fortune; et estimer aduantage de courage et de patience, ce qui estoit
aduantage de iugement et opinion; et m’attribuer vn tiltre pour autre;
tantost à mon gain, tantost à ma perte, =II=, 94.
Ma consultation esbauche vn peu la matiere, et la considere legerement
par ses premiers visages: le fort et principal de la besogne, i’ay
accoustumé de le resigner au ciel, =III=, 356.
Ie pense auoir les opinions bonnes et saines, mais qui n’en croit
autant des siennes? =II=, 510.
Ie n’ay point cette erreur commune, de iuger d’vn autre selon que ie
suis. I’en croy aysément des choses diuerses à moy, =I=, 398.
Ie suis diuers à cette façon commune: et me deffie plus de la
suffisance quand ie la vois accompagnée de grandeur de fortune, et de
recommandation populaire, =III=, 358.
Ie ne presume les vices qu’apres que ie les aye veuz: et m’en fie plus
aux ieunes, que i’estime moins gastez par mauuais exemple, =III=, 390.
Ie demande en general les liures qui vsent des sciences, non ceux qui
les dressent, =I=, 74.
Les paroles redites, ont comme autre son, autre sens. Aussi ne hay-ie
personne, =III=, 598.
Ie ne cherche aux liures qu’à m’y donner du plaisir par vn honneste
amusement: ou si i’estudie, ie n’y cherche que la science, qui traicte
de la connoissance de moy-mesmes, et qui m’instruise à bien mourir et à
bien viure, =II=, 62.
I’ayme l’ordre et la netteté, au prix de l’abondance: et regarde chez
moy exactement à la necessité, peu à la parade, =III=, 394.
Ie treuue laid, qu’on entretienne ses hostes, du traictement qu’on leur
fait, autant à l’excuser qu’à le vanter, =III=, 394.
Les voyages ne me blessent que par la despence, qui est grande, et
outre mes forces, =III=, 384.
Qui desirera du bien à son païs comme moy, sans s’en vlcerer ou
maigrir, il sera desplaisant, non pas transi, de le voir menassant, ou
sa ruine, ou vne durée non moins ruineuse, =III=, 510.
Absent, ie me despouille de tous tels pensemens: et sentirois moins
lors la ruyne d’vne tour, que ie ne fais present, la cheute d’vne
ardoyse. Mon ame se démesle bien ayséement à part, mais en presence,
elle souffre, comme celle d’vn vigneron. Vne rene de trauers à mon
cheual, vn bout d’estriuiere qui batte ma iambe, me tiendront tout
vn iour en eschec. I’esleue assez mon courage à l’encontre des
inconueniens, les yeux, ie ne puis, =III=, 392.
Mon election est d’eschapper, et me desrober à cette tempeste. Qu’il
faille se cacher, ou suyure le vent: ce que i’estime loisible, quand la
raison ne guide plus, =III=, 470.
I’eschappe. Mais il me desplaist que ce soit plus par fortune: voire,
et par ma prudence, que par iustice: et me desplaist d’estre hors la
protection des loix, et soubs autre sauuegarde que la leur, =III=, 414.
Non sans quelque excez, i’estime tous les hommes mes compatriotes:
et embrasse vn Polonois comme vn François, postposant cette lyaison
nationale, à l’vniuerselle et commune. Ie ne suis guere feru de la
douceur d’vn air naturel, =III=, 428.
Socrates estimoit vne sentence d’exil pire, qu’vne sentence de mort
contre soy: ie ne seray, iamais ny si cassé, ny si estroittement
habitué en mon païs, que ie le feisse, =III=, 428.
Mon iugement m’empesche bien de regimber et gronder contre les
inconuenients que Nature m’ordonne à souffrir, mais non pas de les
sentir. Ie courrois d’vn bout du monde à l’autre, chercher vn bon an de
tranquillité plaisante et eniouee, moy, qui n’ay autre fin que viure et
me resiouïr, =III=, 184.
Tout au commencement de mes fieures, et des maladies qui m’atterrent,
entier encores, et voisin de la santé, ie me reconcilie à Dieu, par les
derniers offices Chrestiens. Et m’en trouue plus libre, et deschargé;
me semblant en auoir d’autant meilleure raison de la maladie,
=III=, 446.
Il ne me faut rien d’extraordinaire, quand ie suis malade. Ce que
Nature ne peut en moy, ie ne veux pas qu’vn bolus le face, =III=, 446.
De notaire et de conseil, il m’en faut moins que de medecins. Ce que ie
n’auray estably de mes affaires tout sain, qu’on ne s’attende point que
ie le face malade. Ce que ie veux faire pour le seruice de la mort, est
tousiours faict. Ie n’oserois le dislayer d’vn seul iour. Et s’il n’y
a rien de faict, c’est à dire, ou que le doubte m’en aura retardé le
choix: car par fois, c’est bien choisir de ne choisir pas: ou que tout
à faict, ie n’auray rien voulu faire, =III=, 446.
Engagé dans les auenues de la vieillesse, ce que ie seray doresnauant,
ce ne sera plus qu’vn demy estre: ce ne sera plus moy. Ie m’eschappe
tous les iours, et me desrobbe à moy, =II=, 482.
A chaque minute, ie me rechante sans cesse, Tout ce qui peut estre
faict vn autre iour, le peut estre auiourd’huy. Ce que i’ay affaire
auant mourir, pour l’acheuer tout loisir me semble court, fust ce œuure
d’vne heure, =I=, 118.
Ie me garderay, si ie puis, que ma mort die chose, que ma vie n’ayt
premierement dit et apertement, =I=, 56.
La mort n’est qu’vn instant; mais il est de tel poix, que ie donneroy
volontiers plusieurs iours de ma vie, pour le passer à ma mode,
=III=, 450.