En verité le mentir est vn maudit vice. Nous ne sommes hommes, et ne
nous tenons les vns aux autres que par la parole, =I=, 64.
C’est vn vilain vice, c’est donner tesmoignage de mespriser Dieu, et
quand et quand de craindre les hommes. Car que peut on imaginer plus
vilain, que d’estre couart à l’endroit des hommes, et braue à l’endroit
de Dieu? =II=, 526.
Nostre intelligence se conduisant par la seule voye de la parolle,
celuy qui la fauce, trahit la societé publique. C’est le seul vtil,
par le moyen duquel se communiquent noz volontez et noz pensées: c’est
le truchement de nostre ame: s’il nous faut, nous ne nous tenons plus,
nous ne nous entrecognoissons plus. S’il nous trompe, il rompt tout
nostre commerce, et dissoult toutes les liaisons de nostre police,
=II=, 526.
La menterie seule, et vn peu au dessous, l’opiniastreté, me semblent
estre celles desquelles on deuroit à toute instance combattre la
naissance et le progrez, elles croissent quand et eux: et depuis qu’on
a donné ce faux train à la langue, c’est merueille combien il est
impossible de l’en retirer, =I=, 64.
Le premier traict de la corruption des mœurs, c’est le bannissement de
la verité; l’estre veritable, est le commencement d’vne grande vertu,
=II=, 526.
C’est office de magnanimité, hayr et aymer à descouuert: iuger,
parler auec toute franchise: et au prix de la verité, ne faire cas de
l’approbation ou reprobation d’autruy, =II=, 492.
Nostre verité de maintenant, ce n’est pas ce qui est, mais ce qui se
persuade à autruy: comme nous appellons monnoye, non celle qui est
loyalle seulement, mais la fauce aussi, qui a mise, =II=, 526.
Ie ne sçay quelle commodité ils attendent de se faindre et contrefaire
sans cesse: si ce n’est, de n’en estre pas creus, lors mesmes qu’ils
disent verité. Cela peut tromper vne fois ou deux et tient advertis
ceux qui ont à les pratiquer, que ce n’est que piperie et mensonge
qu’ils disent, =II=, 494.
Il ne faut pas tousiours dire tout, car ce seroit sottise. Mais ce
qu’on dit, il faut qu’il soit tel qu’on le pense: autrement, c’est
meschanceté, =II=, 492.
Celui qui dit vray, par ce qu’il y est d’ailleurs obligé, et par ce
qu’il sert: et qui ne craind point à dire mensonge, quand il n’importe
à personne, il n’est pas veritable suffisamment, =II=, 492.
La verité n’a qu’vn visage, le reuers de la verité a cent mille
figures, et vn champ indefiny; le bien est certain et finy, le mal
infiny et incertain; mille routtes desuoyent du blanc: vne y va,
=I=, 64.
Ie me fay plus d’iniure en mentant, que ie n’en fay à celuy, de qui ie
mens, =II=, 514.
Nous sommes mieux en la compagnie d’vn chien cognu, qu’en celle d’vn
homme, duquel le langage nous est inconnu; combien est le langage faux
moins sociable que le silence? =I=, 64.