IVROGNERIE.

L’yurongnerie entre les autres, me semble vn vice grossier et brutal,

l’esprit a plus de part ailleurs: cestuy-cy est tout corporel et

terrestre. Les autres vices alterent l’entendement, cestuy-cy le

renuerse, et estonne le corps, =I=, 644.

Mon goust et ma complexion est plus ennemie de ce vice que mon

discours. Ie le trouue bien vn vice lasche et stupide, mais moins

malicieux et dommageable que les autres, qui choquent quasi tous de

plus droit fil la societé publique. Il couste moins à nostre conscience

que les autres: outre qu’il n’est point de difficile apprest, ny

malaisé à trouuer: consideration non mesprisable, =I=, 618.

Le vin redonne aux hommes la gayeté, et la ieunesse aux vieillards,

=I=, 622.

Boire, c’est quasi le dernier plaisir que le cours des ans nous

desrobe, =I=, 620.

Le vin est capable de fournir à l’ame de la temperance, au corps de

la santé. Toutesfois: on s’en espargne en expedition de guerre. Que

tout magistrat et tout iuge s’en abstienne sur le point d’executer sa

charge, et de consulter des affaires publiques. Qu’on n’y employe le

iour, temps deu à d’autres occupations: ny celle nuict, qu’on destine à

faire des enfants, =I=, 622.

Il y en a qui conseillent de se dispenser quelquefois à boire d’autant,

et de s’enyurer pour relascher l’ame, =I=, 616.

Le vin faict desbonder les plus intimes secrets, à ceux qui en ont pris

outre mesure, =I=, 644.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 251 / 504 题