HONNÊTETÉ.

Vn cœur genereux ne doit point desmentir ses pensées: il se veut faire

voir iusques au dedans: tout y est bon, ou aumoins, tout y est humain,

=II=, 492.

On argumente mal l’honneur et la beauté d’vne action, par son vtilité:

et conclud-on mal, d’estimer que chacun y soit obligé, et qu’elle soit

honeste à chacun, si elle est vtile, =III=, 106.

Ne craignons point d’estimer qu’il y a quelque chose illicite contre

les ennemys mesmes: que l’interest commun ne doibt pas tout requerir

de tous, contre l’interest priué: et que toutes choses ne sont pas

loisibles à vn homme de bien, pour le seruice de son Roy, ny de la

cause generale et des loix, =III=, 104.

Voyla pourquoy en cette incertitude et perplexité, que nous apporte

l’impuissance de voir et choisir ce qui est le plus commode, pour les

difficultez que les diuers accidens et circonstances de chaque chose

tirent: le plus seur, quand autre consideration ne nous y conuieroit,

est à mon aduis de se rejetter au party, où il y a plus d’honnesteté

et de iustice: et puis qu’on est en doute du plus court chemin, tenir

tousiours le droit, =I=, 194.

Il est loysible à vn homme d’honneur, de parler ainsi que les

Lacedemoniens, deffaicts par Antipater, sur le poinct de leurs accords:

Vous nous pouuez commander des charges poisantes et dommageables

autant qu’il vous plaira: mais de honteuses, et deshonnestes, vous

perdrez vostre temps de nous en commander. Chacun doit auoir iuré à soy

mesme, ce que les Roys d’Ægypte faisoient solennellement iurer à leurs

iuges, qu’ils ne se desuoyeroient de leur conscience, pour quelque

commandement qu’eux mesmes leur en fissent. A telles commissions il y a

note euidente d’ignominie, et condemnation, =III=, 92.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 239 / 504 题