Il n’est desir plus naturel que le desir de cognoissance. Nous essayons
tous les moyens qui nous y peuuent mener. Quand la raison nous faut,
nous y employons l’experience qui est vn moyen de beaucoup plus foible
et plus vil, =III=, 598.
Comme nul euenement et nulle forme, ressemble entierement à vne autre,
aussi ne differe l’vne de l’autre entierement. Ingenieux meslange de
Nature. Si nos faces n’estoient semblables, on ne sçauroit discerner
l’homme de la beste: si elles n’estoient dissemblables, on ne sçauroit
discerner l’homme de l’homme. Toutes choses se tiennent par quelque
similitude. Tout exemple cloche. Et la relation qui se tire de
l’experience, est tousiours defaillante et imparfaicte. On ioinct
toutesfois les comparaisons par quelque bout, =III=, 608.
Mais la consequence que nous voulons tirer de la conference
des euenements, est mal seure, d’autant qu’ils sont tousiours
dissemblables. Il n’est aucune qualité si vniuerselle, en cette image
des choses, que la diuersité et varieté, =III=, 600.
Quel que soit doncq le fruict que nous pouuons auoir de l’experience, à
peine seruira beaucoup à nostre institution, celle que nous tirons des
exemples estrangers, si nous faisons si mal nostre profit, de celle,
que nous auons de nous mesme, qui nous est plus familiere: et certes
suffisante à nous instruire de ce qu’il nous faut, =III=, 644.