La douleur ne tient qu’autant de place en nous, que nous luy en
faisons, =I=, 456.
Tout ainsi que l’ennemy se rend plus aspre à nostre fuite, aussi
s’enorgueillit la douleur, à nous voir trembler soubs elle. Elle se
rendra de bien meilleure composition, à qui luy fera teste: il se faut
opposer et bander contre, =I=, 456.
D’auantage cela nous doit consoler, que naturellement, si la douleur
est violente, elle est courte: si elle est longue, elle est legere,
=I=, 454.
Mon iugement m’empesche bien de regimber et gronder contre les
inconuenients que Nature m’ordonne à souffrir, mais non pas de les
sentir, =III=, 184.
I’ay tousiours trouué ce precepte ceremonieux, qui ordonne si
exactement de tenir bonne contenance et vn maintien desdaigneux, et
posé, à la souffrance des maux. Pourquoi la philosophie se va elle
amusant à ces apparences externes? Qu’elle laisse ce soing aux farceurs
et maistres de rhetorique, qui font tant d’estat de nos gestes. Qu’elle
condone hardiment au mal, cette lascheté voyelle, si elle n’est ny
cordiale, ny stomacale: et preste ses pleintes volontaires au genre
des souspirs, sanglots, palpitations, pallissements, que nature a mis
hors de nostre puissance. Pourueu que le courage soit sans effroy,
les parolles sans desespoir, qu’elle se contente. Qu’importe que nous
tordions nos bras, pourueu que nous ne tordions nos pensées? Si le
corps se soulage en se plaignant, qu’il le face: se tracasse à sa
fantasie, qu’il crie tout à faict, =III=, 26.
Ce que nous deuons craindre principalement en la mort, c’est la douleur
son auant-coureuse coustumiere. Toutesfois ny ce qui va deuant, ny ce
qui vient apres, n’est des appartenances de la mort. Nous nous excusons
faussement. C’est plustost l’impatience de l’imagination de la mort,
qui nous rend impatiens de la douleur: nous la sentons doublement
grieue, de ce qu’elle nous menace de mourir, =I=, 452.