DIEUX.

Il est bien plus aisé de satisfaire, parlant de la nature des Dieux,

que de la nature des hommes: par ce que l’ignorance des auditeurs

preste vne belle et large carriere, et toute liberté, au maniement

d’vne matiere cachee. Il aduient de là, qu’il n’est rien creu si ferme,

=I=, 376.

Il est impossible d’establir quelque chose de certain, de l’immortelle

nature, par la mortelle, =II=, 262.

L’homme ne peut estre que ce qu’il est, ny imaginer que selon sa

portée. C’est grande presomption, dit Plutarque, à ceux qui ne sont

qu’hommes, d’entreprendre de parler et discourir des Dieux, presumant

comprendre par quelque legere coniecture, des effects qui sont hors de

sa cognoissance, =II=, 264.

Sur quel fondement de leur iustice les Dieux peuuent ils recognoistre

et recompenser à l’homme apres sa mort ses actions bonnes et

vertueuses: puis que ce sont eux mesmes, qui les ont acheminées et

produites en luy? Et pourquoy s’offencent ils et vengent sur luy les

vitieuses, puis qu’ils l’ont eux-mesmes produict en cette condition

fautiue, et que d’vn seul clin de leur volonté, ils le peuuent

empescher de faillir? =II=, 262.

Platon en ses loix fait trois sortes d’iniurieuse creance des Dieux,

Qu’il n’y en ayt point, Qu’ils ne se meslent pas de noz affaires,

Qu’ils ne refusent rien à noz vœux, offrandes et sacrifices. La

premiere erreur, selon son aduis, ne dura iamais immuable en homme,

depuis son enfance, iusques à sa vieillesse. Les deux suiuantes peuuent

souffrir de la constance, =I=, 580.

De toutes les religions, que Sainct Paul trouua en credit à Athenes,

celle qu’ils auoyent dediée à vne diuinité cachée et incognue, luy

sembla la plus excusable, =II=, 250.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 205 / 504 题