Il s’engendre beaucoup d’abus au monde: ou pour dire plus hardiment,
tous les abus du monde s’engendrent, de ce, qu’on nous apprend à
craindre de faire profession de nostre ignorance; et sommes tenus
d’accepter, tout ce que nous ne pouuons refuter, =III=, 534.
C’est merueille, de combien vains commencemens, et friuoles causes,
naissent ordinairement fameuses impressions. Cela mesmes en empesche
l’information. Car pendant qu’on cherche des causes, et des fins
fortes, et poisantes, et dignes d’vn si grand nom, on pert les vrayes.
Elles eschapent de nostre veuë par leur petitesse, =III=, 532.
Peu de gens faillent: notamment aux choses malaysées à persuader,
d’affermer qu’ils l’ont veu: ou d’alleguer des tesmoins, desquels
l’authorité arreste notre contradiction. Suyuant cet vsage, nous
sçauons les fondemens, et les moyens, de mille choses qui ne furent
onques, =III=, 528.
Nous ne sommes pas seulement lasches à nous defendre de la piperie:
mais nous cherchons, et conuions à nous y enferrer, =III=, 528.
Quiconque croit quelque chose, estime que c’est ouurage de charité, de
la persuader à vn autre. Et pour ce faire, ne craint point d’adiouster
de son inuention, autant qu’il voit estre necessaire en son compte,
pour suppleer à la resistance et au deffaut qu’il pense estre en la
conception d’autruy, =III=, 530.
L’erreur particuliere, fait premierement l’erreur publique: et à son
tour apres, l’erreur publique fait l’erreur particuliere, =III=, 530.
En choses de pareille qualité, surpassant nostre cognoissance: ie suis
d’aduis, que nous soustenions nostre iugement, aussi bien à reieter,
qu’à receuoir, =III=, 534.