C’est une violente et traistresse maistresse d’escole, que la coustume.
Elle establit en nous, peu à peu, à la desrobée, le pied de son
authorité: mais par ce doux et humble commencement, l’ayant rassis et
planté auec l’ayde du temps, elle nous descouure tantost vn furieux
et tyrannique visage, contre lequel nous n’auons plus la liberté de
hausser seulement les yeux, =I=, 156.
Il n’est rien qu’elle ne face, ou qu’elle ne puisse: et auec raison
l’appelle Pindarus, la Royne et Emperiere du monde, =I=, 168.
Que ne peut elle en nos iugemens et en nos creances? y a il opinion si
bizarre: ie laisse à part la grossiere imposture des religions, dequoy
tant de grandes nations, et tant de suffisants personnages se sont veuz
enyurez: car cette partie estant hors de nos raisons humaines, il est
plus excusable de s’y perdre, à qui n’y est extraordinairement esclairé
par faueur diuine: mais d’autres opinions y en a il de si estranges,
qu’elle n’aye planté et estably par loix és régions que bon luy a
semblé? =I=, 160.
Il ne tombe en l’imagination humaine aucune fantasie si forcenee qui
ne rencontre l’exemple de quelque vsage public, et par consequent que
nostre raison n’estaye et ne fonde, =I=, 160.
Chasque nation a plusieurs coustumes et vsances, qui sont non seulement
incognues, mais farouches et miraculeuses à quelque autre nation,
=II=, 632.
Les subiects ont diuers lustres et diuerses considerations: de là
s’engendre principalement la diuersité d’opinions. Vne nation regarde
vn subiect par vn visage, et s’arreste à celuy là: l’autre par vn
autre, =II=, 376.
Ce qui est hors les gonds de la coustume, on le croid hors les gonds de
la raison: Dieu sçait combien desraisonnablement le plus souuent,
=I=, 170.
Le principal effect de sa puissance, c’est de nous saisir et empieter
de telle sorte, qu’à peine soit-il en nous, de nous r’auoir de sa
prinse, et de r’entrer en nous, pour discourir et raisonner de ses
ordonnances, =I=, 170.
C’est merueille comme la coustume en ces choses indifferentes plante
aisément et soudain le pied de son authorité, =I=, 496.
La pluspart des choses qui nous sont entre mains, c’est plustost
accoustumance, que science, qui nous en oste l’estrangeté, =I=, 290.
Les premieres et vniuerselles raisons sont de difficile perscrutation.
Qui veut les taster se iette d’abordee dans la franchise de la
coustume, =I=, 172.
Qui voudra se deffaire de ce violent preiudice de la coustume, il
trouuera plusieurs choses receuës d’vne resolution indubitable,
qui n’ont appuy qu’en la barbe chenüe et rides de l’vsage, qui les
accompaigne: mais ce masque arraché, rapportant les choses à la verité
et à la raison, il sentira son iugement, comme tout bouleuersé, et
remis pourtant en bien plus seur estat, =I=, 172.
Quand ceux de Crete vouloient au temps passé maudire quelqu’vn, ils
prioient les Dieux de l’engager en quelque mauuaise coustume, =I=, 170.
Il n’est rien en somme si extreme, qui ne se trouue receu par l’vsage
de quelque nation, =II=, 376.
Chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son vsage, et nous n’auons
autre mire de la verité et de la raison, que l’exemple et idée des
opinions et vsances du païs où nous sommes, =I=, 358.
L’assuefaction endort la veuë de nostre iugement, =I=, 162.
C’est la coustume qui nous fait impossible ce qui ne l’est pas,
=I=, 392.
C’est par l’entremise de la coustume que chascun est contant du lieu où
nature l’a planté, =I=, 170.
C’est vn commun vice, non du vulgaire seulement, mais quasi de tous
hommes, d’auoir leur visée et leur arrest, sur le train auquel ils sont
nais, =I=, 544.
Il n’est supportable, qu’aux grandes ames et illustres de se
priuilegier au dessus de la coustume, =I=, 244.