L’amour est vne passion qui mesle à bien peu d’essence solide, beaucoup
plus de vanité et resuerie fieureuse, =III=, 256.
Tout le mouuement du monde se resoult et rend à cet accouplage:
c’est vne matiere infuse par tout: c’est vn centre où toutes choses
regardent, =III=, 210.
Que celuy ayme peu, qui ayme à la mesure, =I=, 330.
Vn galant homme n’abandonne point sa poursuite, pour estre refusé,
pourueu que ce soit vn refus de chasteté, non de choix. Nous auons
beau iurer et menasser, et nous plaindre: nous mentons, nous les en
aymons mieux. Il n’est point de pareil leurre, que la sagesse, non
rude, et renfrongnee, =III=, 218.
A quoy sert l’art de cette honte virginalle? cette froideur rassise,
cette contenance seuere, cette profession d’ignorance des choses, que
les femmes sçauent mieux, que nous qui les en instruisons, qu’à nous
accroistre le desir de vaincre, gourmander, et souler à nostre appetit,
toute cette ceremonie, et ces obstacles? La beauté, toute puissante
qu’elle est, n’a pas dequoy se faire sauourer sans cette entremise,
=II=, 436.
L’amour est vn commerce qui a besoin de relation et de correspondance.
Les autres plaisirs que nous receuons, se peuuent recognoistre par
recompenses de nature diuerse: mais cettuy-cy ne se paye que de mesme
espece de monnoye, =III=, 282.
L’amour ne me semble proprement et naturellement en sa saison, qu’en
l’aage voisin de l’enfance, =III=, 282.
C’est vne agitation esueillee, viue, et gaye. Elle n’est nuisible
qu’aux fols, =III=, 276.
Vieux, nous demandons plus, lors que nous apportons moins. Nous voulons
le plus choisir, lors que nous meritons le moins d’estre acceptez,
=III=, 280.
Qui ne sçait en son eschole, combien on procede au rebours de tout
ordre. L’estude, l’exercitation, l’vsage, sont voyes à l’insuffisance;
les nouices y regentent. Sa conduicte a plus de galbe quand elle est
meslee d’inaduertance, et de trouble: les fautes, les succez contraires
y donnent poincte et grâce. Pourueu qu’elle soit aspre et affamee,
il chaut peu, qu’elle soit prudente. Voyez comme il va chancelant,
chopant, et folastrant. On le met aux ceps, quand on le guide par art,
et sagesse. Et contraint on sa diuine liberté, quand on le submet à des
mains barbues et calleuses, =III=, 284.
L’amour est vn desir forcené apres ce qui nous fuit. La iouïssance le
perd, comme ayant fin corporelle et suiette à sacieté, =I=, 302.
L’amour n’est autre chose, que la soif de cette iouyssance en vn
subiect désiré: plaisir que nature nous donne et qui deuient vicieux ou
par immoderation, ou par indiscretion, =III=, 238.
Le desir et la iouyssance nous mettent pareillement en peine. La
rigueur des maistresses est ennuyeuse, mais l’aisance et la facilité
l’est encores plus, la satieté engendre le dégoust, =II=, 434.
O le furieux aduantage que l’opportunité! Qui me demanderoit la
premiere partie en l’amour, ie respondrois, que c’est sçauoir prendre
le temps: la seconde de mesme: et encore la tierce. C’est vn poinct qui
peut tout, =III=, 226.
En amour, qui principallement se rapporte à la veuë et à l’atouchement,
on faict quelque chose sans les graces de l’esprit, rien sans les
graces corporelles: si l’vne ou l’autre des deux beautez deuoit
necessairement y faillir, i’eusse choisi de quitter plustost la
spirituelle. Elle a son vsage en meilleures choses, =III=, 152.
Sans esperance, et sans desir, nous n’allons plus rien qui vaille.
Nostre maistrise et entiere possession, est infiniement à craindre pour
la femme. Depuis qu’elle est du tout rendue à la mercy de nostre foy,
et constance, elle est vn peu bien hasardee: soudain qu’elle est à
nous, nous ne sommes plus à elle, =III=, 256.
D’où peut venir cette vsurpation d’authorité souueraine, que vous
prenez sur celles, qui vous fauorisent à leurs despens, que vous en
inuestissez incontinent l’interest, la froideur, et vne auctorité
maritale? C’est vne conuention libre; que ne vous y prenez vous, comme
vous les y voulez tenir? Il n’y a point de prescription sur les choses
volontaires, =III=, 272.
En Italie, ils font les poursuyuans et les transis, de celles mesmes
qui sont à vendre: et se defendent ainsi: Qu’il y a des degrez en la
iouyssance: et que par seruices ils veulent obtenir pour eux, celle qui
est la plus entiere. Elles ne vendent que le corps. La volonté ne peut
estre mise en vente, elle est trop libre et trop sienne. Ainsi ceux cy
disent, que c’est la volonté qu’ils entreprennent, et ont raison. C’est
la volonté qu’il faut seruir et practiquer, =III=, 258.
On ayme vn corps sans ame, quand on ayme vn corps sans son
consentement, et sans son desir. Toutes iouyssances ne sont pas vnes.
Il y a des iouyssances ethiques et languissantes. Mille autres causes
que la bien-vueillance, nous peuuent acquerir cet octroy des dames.
Ce n’est suffisant tesmoignage d’affection. Il y peut eschoir de la
trahison, comme ailleurs, =III=, 260.