CHAPITRE XVII.

=De la présomption=, =II=, 465.--La présomption nous fait concevoir

une trop haute idée de notre mérite, elle nous représente à nous-mêmes

autres que nous ne sommes; mais, pour fuir ce défaut, il ne faut

pas tomber dans l’excès contraire et, par une excessive modestie,

s’apprécier moins qu’on ne vaut; en toutes choses, il faut être

vrai et sincère, 465.--Se peindre soi-même est le moyen de se faire

connaître pour qui mène une vie obscure; c’est ce qui, contrairement

aux conventions mondaines, a déterminé MONTAIGNE à parler de lui-même

et l’incite à continuer (LUCILIUS), 462.--Remontant à son enfance,

il remarque, qu’ainsi qu’il arrive souvent, il avait des gestes

habituels qui, chez lui, pouvaient indiquer de la fierté; on ne saurait

en inférer qu’il soit réellement atteint de ce défaut (ALEXANDRE,

ALCIBIADE, JULES CÉSAR, CICÉRON, CONSTANTIN), 467.--Il ne trouve bien

rien de ce qu’il fait, et estime toujours moins les choses qu’il

possède que celles qui appartiennent aux autres, 469.--La trop bonne

opinion que l’homme a de lui-même, semble à Montaigne être la cause des

plus grandes erreurs, 471.--Il sait le peu qu’il vaut, il a toujours

été peu satisfait de ce que son esprit a produit, surtout lorsqu’il

s’est essayé dans la poésie que cependant il aime, 471.--Accueil

fait aux jeux olympiques à celle de DENYS L’ANCIEN, 473.--Opinion

que Montaigne a de ses propres ouvrages; il a grand’peine à rendre

ses idées et ne s’entend nullement à faire valoir les sujets qu’il

traite (CICÉRON, XÉNOPHON, PLATON), 475.--Son style est embarrassé,

sa nature primesautière s’accommode mieux de parler que d’écrire; sa

prononciation est altérée par le patois de son pays; avec l’âge, il a

perdu l’habitude qu’il avait, étant enfant, de s’exprimer et d’écrire

en latin (SALLUSTE, CÉSAR, SÉNÈQUE, PLUTARQUE, MESSALA), 477.--De

quel prix est la beauté corporelle? c’est elle qui, la première, a

mis de la différence entre les hommes, 479.--Montaigne était d’une

taille au-dessous de la moyenne. A l’encontre de ce qui est pour la

femme, chez l’homme une taille élevée est la condition essentielle et

presque unique de la beauté (C. MARIUS, les ÉTHIOPIENS, les INDIENS,

JÉSUS-CHRIST, PLATON, PHILOPŒMEN), 481.--Généralement maladroit aux

exercices du corps, il était cependant vigoureux et résistant, quand

les fatigues auxquelles il se livrait provenaient de sa propre volonté,

483.--Son état de fortune à sa naissance lui assurait l’indépendance,

il s’en est tenu là, 485.--Sa nonchalance est telle, qu’il préfère

ignorer les préjudices qu’il peut en éprouver que d’avoir à s’en

préoccuper, 487.--Toute réflexion, toute délibération lui sont

pénibles, bien qu’une fois sa détermination prise, la résolution ne

lui fasse pas défaut, 487.--L’incertitude du succès l’a dégoûté de

l’ambition, qu’il n’admet que chez ceux qui sont dans l’obligation

de chercher fortune pour se maintenir dans la condition où ils sont

nés (le chancelier OLIVIER), 489.--Son siècle, par sa dépravation,

ne convient nullement à son humeur, 491.--On n’y connaît pas la

franchise, la loyauté et, lui, abhorre la dissimulation (ARISTOTE,

APPOLLONIUS), 493.--La fourberie finit presque toujours par avoir de

mauvais résultats; il est plus nuisible qu’utile pour les princes

d’y avoir recours (METELLUS MACEDONICUS, LOUIS XI, TIBÈRE, SOLIMAN),

495.--Montaigne, ennemi de toute contrainte et de toute obligation,

apportait dans ses relations avec les grands une entière liberté de

langage (ARISTIPPE), 493.--L’infidélité de sa mémoire lui rendait

impossible de prononcer des discours de longue haleine, 497.--Il était

tellement rebelle à toute pression, que sa volonté elle-même était

parfois impuissante à obtenir obéissance de lui-même (un ARCHER),

497.--Son peu de mémoire qui se révélait en maintes occasions, le

mettait notamment hors d’état de démêler dans ce qui lui venait à

l’esprit, ce qui lui était propre de ce qui était une réminiscence

de ses lectures (MESSALA CORVINUS, GEORGES TRAPEZUNCE), 499.--Il

avait l’esprit lent et obtus, mais ce qu’il avait une fois compris

il le retenait bien (PLINE LE JEUNE), 501.--Son ignorance à propos

des choses les plus communes, 503.--Il était foncièrement irrésolu,

trouvant tour à tour également bonnes les raisons alléguées pour ou

contre, ce qui le portait dans les cas douteux à suivre les autres ou

à s’en rapporter au hasard, plus qu’à se décider par lui-même (RENÉ

DE LORRAINE, CHRYSIPPE, MATHIAS, SOCRATE), 505.--Par la même raison,

il est peu favorable aux changements politiques, parce qu’on n’est

jamais sûr des institutions nouvelles qu’on veut substituer à celles

existant depuis longtemps déjà (MACHIAVEL), 507.--Sur quoi est fondée

l’estime que Montaigne a de lui-même; il croit à son bon sens, du reste

personne au monde ne s’imagine en manquer, 509.--C’est ce qui fait que

les ouvrages uniquement inspirés par le bon sens, attirent si peu de

réputation à leurs auteurs; chacun se croit capable d’en faire autant,

511.--Montaigne estime que ses opinions sont saines; il en voit une

preuve dans le peu de cas qu’il n’a jamais cessé de faire de lui-même

malgré la profonde affection qu’il se porte, 511.--Les autres regardent

en avant d’eux; lui ne regarde que lui-même, s’examine, se contrôle et

exerce ainsi constamment son jugement, 513.--Il estime peu son époque;

peut-être ce sentiment provient-il en partie de son commerce continu

avec l’antiquité autrement riche à tous égards, 513.--C’est toujours

avec plaisir qu’il loue le mérite partout où il le constate, chez ses

amis et même chez ses ennemis (les PERSES), 515.--Les hommes complets

sont rares; éloge de son ami Étienne de la Boétie, 515.--Les gens de

lettres sont vains et faibles d’entendement; peut-être exige-t-on trop

d’eux et est-on, envers eux, moins porté à l’indulgence, 515.--Mauvaise

direction imprimée à l’éducation qui se borne, en fait de morale, à des

définitions, au lieu de nous en inculquer les principes, 517.--Effets

d’une bonne éducation; elle modifie le jugement et les mœurs. Les

mœurs du peuple, en leur simplicité, sont plus réglées que celles des

philosophes de ce temps, 517.--Hommes de guerre, hommes politiques,

poètes et autres qui, seuls, parmi ceux de son siècle, semblent à

Montaigne mériter une mention spéciale (le duc DE GUISE, le maréchal

STROZZI, les chanceliers OLIVIER et L’HOSPITAL, DAURAT, THÉODORE DE

BÈZE, BUCHANAN, MONT-DORÉ, TURNEBUS, RONSARD, DU BELLAY, le duc d’ALBE,

le connétable DE MONTMORENCY, M. DE LA NOUE), 519.--Éloge de MARIE

DE GOURNAY, sa fille d’alliance, 519.--En ces temps de guerre civile

continue, la vaillance, en France, a atteint presque à la perfection et

y est devenue une vertu commune, 521.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 91 / 504 题