=Apologie de Raimond Sebond=, =II=, 111.--Est-il vrai que la science
soit mère de toutes les vertus, comme l’ignorance de tous les vices?
111.--Son père avait les savants en haute estime et les accueillait
avec distinction; pour lui, Montaigne, il se contente de les aimer,
111.--Un de ces savants, Pierre Bunel, qui avait prévu les immenses
conséquences de la Réforme, laquelle commençait à poindre en France,
ayant donné le traité de Raimond de Sebond sur «la Théologie naturelle»
au père de Montaigne, celui-ci le fit traduire d’espagnol en français
par son fils, traduction qui depuis a été publiée, 111.--Éloge de ce
livre (ADRIEN TURNEBUS), 113.--Cet ouvrage a soulevé des objections; la
première c’est qu’«il ne faut pas appuyer de raisons humaines ce qui
est article de foi», 115.--Il est vrai que la raison est insuffisante
pour démontrer par elle-même des faits au-dessus de notre intelligence;
il faut que d’abord nous soyons éclairés par la foi qui est une grâce
de Dieu; la raison a alors son utilité en venant corroborer ce que la
foi enseigne, 115.--Chez le CHRÉTIEN, la foi fait généralement défaut;
aussi sa vie qui, dirigée par la Divinité elle-même, devrait être si
édifiante, prête-t-elle si fort au reproche; les uns font semblant
de croire, les autres se persuadent qu’ils croient et ne savent ce
que c’est que croire (les MAHOMÉTANS, les PAÏENS, S. LOUIS et un ROI
TARTARE converti, un JUIF voyageant à Rome), 117.--Dans les guerres
de religion, ce sont les intérêts des partis qui les guident, si bien
que parfois les maximes de l’un sont abandonnées par lui et reprises
par l’autre qui les combattait, 119.--Chacun fait servir la religion à
ses passions; le zèle du chrétien éclate surtout pour produire le mal;
si notre foi était sincère, outragerions-nous sans cesse Dieu comme
nous le faisons et craindrions-nous la mort qui doit nous réunir à
lui (ANTISTHÈNE, DIOGÈNE)? 121.--C’est ne pas croire, que croire par
faiblesse ou par crainte, 123.--Les athées ne le sont guère que par
vanité; ils veulent se montrer au-dessus des croyances populaires;
en présence de la mort, ils reviennent aux idées religieuses (BION),
125.--L’opinion de PLATON, que les enfants et les vieillards sont plus
portés à la religion que les hommes dans la force de l’âge, n’est pas
exacte; ce n’est pas par faiblesse d’esprit que nous y sommes amenés,
mais parce que Dieu se manifeste à nous par ses œuvres; ce que nous
en saisissons explique ce qui nous en échappe; c’est ce que Sebond
s’applique à démontrer, 127.--Ses arguments, par leur conformité avec
ce que nous enseigne la foi, ont une valeur indéniable (SOCRATE, CATON,
SEBOND), 129.
La seconde objection faite à Sebond, c’est que «ses arguments sont
faibles»; mais est-il possible d’en produire d’autres, étant donné
le peu que nous pouvons par nous-mêmes? 129.--Il faut tout d’abord
reconnaître qu’il est bien des choses qui ne peuvent s’expliquer par
la raison seule (S. AUGUSTIN), 131.--L’homme se croit une grande
supériorité sur toutes les autres créatures; examinons ce qui en est,
133.--Est-il fondé à prétendre que le ciel, la mer et toutes les
merveilles de la nature n’ont été créés que pour lui? 135.--S’il est
vrai que les astres ont de l’influence sur nos ¡destinées, pouvons-nous
dire que nous commandons, quand nous ne faisons qu’obéir? 135.--Que
savons-nous de ces astres, sur quoi pouvons-nous appuyer les
suppositions que nous émettons à leur sujet? mais notre présomption
est sans limites (ANAXAGORE), 135.--Vis-à-vis des animaux, en quoi
consiste notre supériorité? nous pensons, nous parlons, mais est-il
sûr que les bêtes n’aient pas, elles aussi, des idées et un langage
(l’AGE D’OR d’après Platon)? 137.--Les bêtes se comprennent entre
elles; si nous ne les comprenons pas, est-ce à elles ou à nous que
cela est imputable? 139.--Celles qui n’ont pas de voix se font
comprendre par les mouvements du corps; que de choses n’exprimons-nous
pas nous-mêmes, par gestes (un AMBASSADEUR d’Abdère et AGIS roi de
Sparte)? 139.--Leur habileté surpasse celle de l’homme, si bien qu’il
semblerait que la nature les a traitées plus favorablement que nous
(les ABEILLES, les HIRONDELLES, l’ARAIGNÉE), 141.--Il n’en est rien; en
dépit des apparences, elle a donné à l’homme tout ce qui est nécessaire
à sa conservation, 145.--Il ne tiendrait qu’à nous de nous passer de
vêtements, même dans les climats froids; et, sans cultiver le sol, ni
nous livrer à aucune préparation d’aliments, nous pourrions trouver
partout notre nourriture (certaines PEUPLADES SAUVAGES, les GAULOIS,
les IRLANDAIS), 145.--L’homme est naturellement mieux armé que beaucoup
d’autres animaux; et s’il a recours, pour accroître sa force, à des
moyens de défense artificiels, d’autres animaux, qui ont des armes
naturelles, agissent de même (l’ÉLÉPHANT, le TAUREAU, le SANGLIER,
l’ICHNEUMON), 147.--Le langage n’est pas chez l’homme une chose
naturelle; mais, de même que les animaux manifestent leurs sentiments
et se font comprendre en donnant de la voix, il y a lieu de penser
que nous-mêmes avons un parler inné, car nous nous faisons comprendre
d’eux; et, de ce langage, il semble qu’il y ait trace chez l’enfant,
149.--Tout cela dénote que nous ne sommes ni au-dessus ni au-dessous
du reste des animaux, 151.--Les bêtes, comme les hommes, suivent
librement leurs inclinations; comme eux, elles sont susceptibles de
réflexion dans ce qu’elles font (RENARDS employés par les Thraces pour
vérifier l’adhérence de la glace), 151.--Si nous les asservissons,
n’en est-il pas de même des hommes vis-à-vis les uns des autres?
Souvent même, nous nous astreignons à l’égard des bêtes, à ce que ne
feraient pas pour nous nos propres serviteurs (les CLIMACIDES, les
FEMMES DE THRACE, les GLADIATEURS, les SCYTHES, DIOGÈNE), 151.--Les
animaux (les TIGRES, les LIONS, le CHIEN, le BROCHET, l’HIRONDELLE,
l’ÉPERVIER, la CIGOGNE, l’AIGLE, les FAUCONS en THRACE, les LOUPS
dans les Palus-Méotide, la SEICHE) pratiquent la chasse comme font
les hommes, parfois de commun accord, 155.--La force de l’homme est
inférieure à celle de bien des animaux, et de bien plus petits que lui
en triomphent aisément (SYLLA), 157.--Les bêtes savent discerner ce
qui peut leur être utile soit pour leur subsistance, soit en cas de
maladie (les CHÈVRES de Candie, la TORTUE, le DRAGON, les CIGOGNES,
les ÉLÉPHANTS), 157.--Exemple caractéristique de raisonnement chez
le chien, 157.--Les bêtes sont capables d’être instruites (CHIENS
savants, CHIENS d’aveugle, CHIEN du théâtre de Marcellus, les BŒUFS
des jardins de Suze), 159.--On constate que quelques-unes se livrent à
l’instruction des autres, et il y en a qui s’instruisent elles-mêmes
(le ROSSIGNOL, des ÉLÉPHANTS de cirque, une PIE, un CHIEN qui veut
se désaltérer), 161.--Subtilité et pénétration des ÉLÉPHANTS,
163.--D’hommes à hommes, nous traitons de sauvages ceux qui n’ont pas
les mêmes usages que nous; de même nous nous étonnons de tout ce que,
chez les animaux, nous ne comprenons pas, 167.--Il semble que chez
l’ÉLÉPHANT, il y ait trace de sentiment religieux; l’échange d’idées
entre animaux auxquels la voix fait défaut, n’est pas niable (les
FOURMIS de Cléanthe), 167.--Propriétés que nous ne possédons pas et
dont jouissent certains animaux (le REMORA, le HÉRISSON, le CAMÉLÉON,
le POULPE, la TORPILLE), 169.--Les prédictions fondées jadis sur le
vol des oiseaux, pouvaient avoir leur raison d’être (les OISEAUX de
passage), 171.--N’attribue-t-on pas aux chiennes de savoir discerner,
dans une portée, le meilleur de leurs petits? 171.--Sous bien des
rapports, nous devrions prendre modèle sur les animaux, 171.--Ils ont
le sentiment de la justice, leur amitié est plus constante que celle
de l’homme (le CHIEN du roi Lysimaque, celui de PYRRHUS), 173.--Dans
leurs goûts, leurs affections, en amour, ils sont délicats, bizarres,
extravagants comme nous-mêmes (propension des CHEVAUX pour ceux de même
robe, l’ÉLÉPHANT et la BOUQUETIÈRE D’ALEXANDRIE, le BÉLIER DE GLAUCIA),
173.--Subtilité malicieuse d’un MULET, 177.--Certaines bêtes paraissent
sujettes à l’avarice, d’autres sont fort ménagères (La FOURMI et le
GRAIN DE BLÉ), 177.--Quelques-unes, ce sont des exceptions, se font la
guerre à l’instar des hommes chez lesquels elle dénote une si grande
imbécillité, les princes, qui sont soumis aux mêmes passions que nous,
la faisant pour des motifs aussi futiles que ceux qui occasionnent les
querelles des particuliers et son issue étant souvent amenée par des
incidents des moins importants de la vie ordinaire (causes de la guerre
de TROIE, de la guerre civile entre ANTOINE et AUGUSTE; intervention
de la poussière dans les batailles livrées par SERTORIUS à POMPÉE,
par EUMÈNE à ANTIGONE, par SURÉNA contre CRASSUS; des ABEILLES au
siège de Tamly), 177.--Fidélité et gratitude des animaux (le CHIEN
D’HÉSIODE et autres, le LION D’ANDROCLÈS), 161.--Comme nous, ils se
constituent en sociétés pour se défendre mutuellement; des individus
d’espèces différentes s’associent pour pourvoir à leur sûreté et à leur
subsistance (les BŒUFS, les POURCEAUX, etc.; l’ESCARE, le BARBIER;
la BALEINE et son GUIDE, le CROCODILE et le ROITELET, la NACRE et le
PINOTHÈRE; les THONS), 187.--Nous trouvons en eux des exemples de
magnanimité, de repentir, de clémence (fierté d’un CHIEN, repentir
d’un ÉLÉPHANT, clémence d’un TIGRE), 189.--L’ingéniosité de l’ALCYON
dans la construction de son nid défie notre intelligence, 189.--Les
animaux nous ressemblent et nous égalent aussi par l’imagination
puisque, comme nous, ils ont des songes et des souvenirs (le CHEVAL,
les CHIENS), 191.--Quant à la beauté, pour savoir si nous avons sur eux
quelque avantage de ce fait, il faudrait tout d’abord être fixé sur
ce en quoi elle consiste; or, que d’opinions diverses sur ce point:
telles formes, telles couleurs appréciées dans un pays, sont rebutantes
dans un autre (les ORIENTAUX, les femmes BASQUES, les MEXICAINES, les
ITALIENS, les ESPAGNOLS), 193.--A cet égard, nous ne sommes nullement
fondés à nous croire privilégiés par rapport aux bêtes, celles qui ont
le plus de ressemblance avec nous sont les plus laides, 195.--L’homme
a plus de raisons que tout autre animal de couvrir sa nudité, tant il
y a d’imperfections en son corps, 197.--Du reste tous les biens qu’il
s’attribue sont imaginaires, et les biens réels il les départ aux
animaux (HÉRACLIDE et PHÉRÉCIDE, ULYSSE et CIRCÉ), 199.--Malgré cela,
estimant notre forme extérieure au-dessus de tout, nous n’admettons de
supériorité sous aucun rapport de qui n’est pas formé à notre image,
199.
Examinons maintenant si l’homme a lieu de s’enorgueillir de ses
connaissances. Avec tant de vices et d’appétits déréglés, est-il en
droit de se glorifier de sa raison? 201.--La science ne nous garantit
ni des maladies, ni des incommodités de la vie (VARRON, ARISTOTE),
201.--Les ignorants sont plus sages et savent plus que bien des
savants, 203.--Dès le principe, Dieu nous a interdit la science; la
religion veut que nous demeurions ignorants et obéissants (la GENÈSE,
les SIRÈNES et ULYSSE, S. PAUL), 203.--Mais la présomption est le
partage de l’homme (CICÉRON, LUCRÈCE, DÉMOCRITE, ARISTOTE, CHRYSIPPE,
SÉNÈQUE), 205.--Et pourtant, combien la force d’âme de nos philosophes
est impuissante contre les douleurs physiques devant lesquelles
l’ignorant souvent demeure impassible (POSIDONIUS, ARCÉSILAS, DENYS
D’HÉRACLÉE), 207.--Les effets de l’ignorance sont préférables à ceux de
la science; selon quelques philosophes, reconnaître la faiblesse de son
jugement est le souverain bien (PYRRHON, au BRÉSIL), 209.--Les maladies
du corps et de l’esprit sont souvent causées par l’agitation de notre
âme, le génie est proche de la folie (LE TASSE), 211.--L’indolence
de l’esprit, non toutefois une indolence complète laquelle n’est du
reste ni possible ni durable, produit la vigueur corporelle et la
santé (CRANTOR et ÉPICURE), 213.--La science nous renvoie souvent à
l’ignorance pour nous adoucir les maux présents, 215.--La philosophie
agit de même, lorsqu’elle nous incite à oublier les maux passés
(LYCAS, THRASYLAUS), 215.--En nous concédant de mettre fin à notre vie
quand elle nous est devenue insupportable, elle témoigne encore plus
nettement de son impuissance (CICÉRON, HORACE, DÉMOCRITE, ANTISTHÈNE,
CHRYSIPPE, CRATÈS, SEXTIUS), 219.--La simplicité et l’ignorance
sont des conditions de tranquillité (VALENS, LICINIUS, MAHOMET,
LYCURGUE), 221.--Il est dans le NOUVEAU MONDE des nations qui, sans
magistrats et sans lois, vivent plus régulièrement que nous ne faisons,
221.--Funestes effets de la curiosité et de l’orgueil, 223.--A quoi
SOCRATE a dû le nom de Sage, 223.--Les recherches sur la nature divine
sont condamnables; nos notions sur l’Être suprême sont imparfaites, lui
seul peut se connaître et s’interpréter (S. AUGUSTIN, TACITE, PLATON,
CICÉRON), 223.--Ce que nous possédons de la vérité, ce n’est point
avec nos propres forces que nous y sommes arrivés, nous en sommes
incapables (S. PAUL), 225.--A la fin de leur vie, les plus savants
philosophes se sont aperçus qu’ils n’avaient rien appris (VELLEIUS,
PHÉRÉCIDE, SOCRATE, PLATON, CICÉRON), 227.--Examinons jusqu’à quel
degré de connaissances ont pu parvenir les plus grands génies, 229.--Il
y a trois manières de philosopher: l’une dogmatique, qui est celle
de ceux qui assurent avoir trouvé la vérité; l’autre, académique,
est appliquée par ceux qui déclarent qu’elle est au-dessus de notre
compréhension; la troisième, sceptique, est le propre de ceux qui la
cherchent encore, 229.--État d’esprit et doctrine des PYRRHONIENS qui
personnifient ce dernier mode, 231.--Avantage de leur doctrine; toutes
les opinions étant contestables, il n’y a pas de raison pour se décider
et adopter plutôt l’une que l’autre, 233.--Dans la vie ordinaire, ils
agissent comme tout le monde, se soumettant aux lois, aux usages, parce
qu’ils doutent qu’on puisse leur en substituer de meilleurs (PYRRHON),
235.--Combien sont plus faciles à gouverner les esprits simples et peu
curieux; plus que tous autres, ils sont préparés à recevoir la parole
de Dieu, 237.--Quant aux DOGMATISTES qui prétendent avoir trouvé la
vérité, leur assurance ne fait guère que masquer leur doute et leur
ignorance (SOCRATE, CICÉRON, ARISTOTE, ÉPICURE), 239.--Souvent les
philosophes affectent d’être obscurs, pour ne pas révéler le vide de
leur science (ARISTOTE, CARNÉADE, ÉPICURE, HÉRACLITE), 241.--Certains
ont dédaigné les arts libéraux et même les sciences, prétendant
que ces études détournent des devoirs de la vie (CICÉRON, ZÉNON,
CHRYSIPPE, PLUTARQUE, ÉPICURE, SOCRATE), 241.--On ne sait si Platon
était dogmatiste ou sceptique; ses opinions ont donné naissance à dix
sectes différentes, 243.--On peut en dire autant de la plupart des
philosophes anciens de quelque renom; combien se contredisent eux-mêmes
(ANAXAGORE, PARMÉNIDE, XÉNOPHANE, SÉNÈQUE, PLUTARQUE, EURIPIDE,
DÉMOCRITE, EMPÉDOCLE)! 243.--Il ne faut pas s’étonner de voir tant de
gens s’efforcer ainsi de découvrir la vérité, il y a quelque charme à
cette recherche (les STOÏCIENS, DÉMOCRITE), 245.--L’étude de la nature
est également une occupation où se complaît notre esprit (EUDOXE),
247.--Mais il est peu probable qu’ÉPICURE, PLATON et PYTHAGORE nous
aient donné comme réels, l’un ses atomes, l’autre son spiritualisme,
le dernier ses nombres; en émettant ces théories, ils n’ont sans doute
que voulu faire échec à d’autres systèmes préconisés, ne reposant pas
sur des bases plus solides, 247.--La vraie philosophie consiste à ne
rien donner comme certain et à respecter ostensiblement la religion
et les lois de son pays, tout en réservant son jugement, 249.--Malgré
notre impuissance à déterminer ce que c’est que DIEU, la question a été
fort agitée par les anciens; l’opinion la plus fondée est celle qui
le représente comme une puissance incompréhensible qui a produit et
conserve tout (VALERIUS SERANUS, S. PAUL, PYTHAGORE, NUMA), 251.--Mais
il faut au peuple une religion palpable qui émeuve l’homme dans ses
croyances et quand il prie; et, de tous les cultes, le plus excusable
est celui du SOLEIL, 258.--Opinions diverses des philosophes sur la
nature de DIEU; elles sont sans nombre (THALÈS, ANAXIMANDRE, ANAXIMÈNE,
ANAXAGORE, ALCMÉON, PYTHAGORE, PARMÉNIDE, EMPÉDOCLE, PROTAGORAS,
DÉMOCRITE, PLATON, SOCRATE, SPEUSIPPE, ARISTOTE, HÉRACLIDE DU PONT,
THÉOPHRASTE, STRATON, ZÉNON, DIOGÈNE D’APOLLONIE, XÉNOPHANE, ARISTON,
CLÉANTHE, PERSÉE, CHRYSIPPE, DIAGORAS, THÉODORE, ÉPICURE, ENNIUS),
255.--Cette diversité montre la faiblesse de notre raison; mais ce qui
est le comble de l’extravagance, c’est de faire des DIEUX des hommes
que nous connaissons tant, on comprend mieux que des bêtes on ait fait
des dieux parce qu’elles nous sont moins connues. Une autre folie, est
de déifier certaines abstractions, comme la concorde, la liberté, ou
certains de nos maux comme la peur, la fièvre, etc., 257.--Impudente
prudence des ÉGYPTIENS au sujet de leurs dieux, 259.--Est-ce
sérieusement que les philosophes ont traité de la hiérarchie de leurs
divinités, comme aussi de la condition des hommes dans une autre vie
(PLATON, MAHOMET)? 259.--Il n’est pas concevable que notre âme dégagée
des sens ses organes, puisse conserver ses goûts, ses affections; et
si, dans une autre vie, nous n’existons plus tels que nous sommes sur
la terre, ce n’est pas nous qui sentirons, qui jouirons; ce qui a cessé
d’être, n’est plus (PYTHAGORE, le PHÉNIX, le VER A SOIE), 261.--Et
puis, pourquoi les dieux récompenseraient-ils ou puniraient-ils
l’homme, après sa mort? n’est-ce pas par leur volonté qu’il a été
tel? 263.--Il est ridicule de prétendre arriver à connaître Dieu,
sa nature, etc., en prenant l’homme pour terme de comparaison, ainsi
que cela s’est toujours fait, 265.--C’est en partant de là qu’on a
cru l’apaiser par des prières, des fêtes, des présents, et même en
immolant des êtres humains sur ses autels (TIBERIUS SEMPRONIUS, PAUL
ÉMILE, ALEXANDRE LE GRAND, ÉNÉE, les GÈTES, AMESTRIS, les idoles de
THEMIXTATAN, les CARTHAGINOIS, les LACÉDÉMONIENS, IPHIGÉNIE, les deux
DECIUS), 265.--Prétendre satisfaire à la justice divine en choisissant
soi-même son expiation, est un contre-sens; est-ce au criminel à
fixer le châtiment qu’il a encouru (POLYCRATE, les CORYBANTES, les
MÉNADES, certains MAHOMÉTANS)? 267.--Il n’est pas moins ridicule de
juger d’après nous-mêmes du pouvoir et des perfections de DIEU; de
croire qu’il peut se réjouir, se fâcher, etc., que ses règlements, sa
juridiction ressemblent aux nôtres, et que c’est à notre intention
qu’il a fait les lois qui régissent le monde (STILPON), 269.--Non
seulement ces lois s’appliquent à notre monde mais aux autres encore
si, comme il est vraisemblable, il en existe en nombre infini,
probablement bien différents de celui-ci où l’éloignement des lieux
suffit pour que de grandes différences subsistent entre les êtres qui
s’y trouvent (PLATON, DÉMOCRITE, ÉPICURE, PLINE, HÉRODOTE, PLUTARQUE),
271.--Les règles que nous avons cru déduire de la nature sont sans
cesse démenties par les faits; tout est obscurité et doute; nous ne
savons même pas si nous vivons. Diversité des opinions sur le MONDE
et la NATURE (MÉTRODORE DE CHIO, EURIPIDE, MELISSUS, PROTAGORAS,
NAUSIPHANE, PARMÉNIDE, ZÉNON), 275.--C’est que la puissance divine
ne peut être définie par aucun langage humain, dont l’imperfection
est cause de toutes les erreurs et contestations qui se produisent,
277.--C’est par suite de cette même imperfection que nous disons
qu’il y a des choses impossibles à Dieu, comme de ne pas être, de
faire que le passé ne soit pas, etc.; du reste notre outrecuidance à
vouloir tout soumettre à notre examen, à faire Dieu à notre image,
fait que nous lui prêtons des attributs qui, pour lui, sont dépourvus
de sens, alors qu’il ne nous est pas donné d’avoir de lui la moindre
conception (PLINE, ÉPICURE, THALÈS, PLATON, PYTHAGORE, TERTULLIEN,
STRATON, CICÉRON, S. AUGUSTIN, S. PAUL), 279.--Nous l’avons tellement
rabaissé que nous, incapables de créer quoi que ce soit, sommes arrivés
à faire des dieux à la douzaine (FAUSTINE, AUGUSTE, les THASIENS et
AGÉSILAS, TRISMÉGISTE), 281.--Énoncé de quelques-uns des arguments que
les philosophes ont mis en avant pour déterminer la nature de DIEU,
283.--On allait jusqu’à admettre couramment que les DIEUX pouvaient
entrer en rapport avec la femme (PAULINE; un GARDIEN du temple
d’Hercule, LAURENTINA et TERUNCIUS, APOLLON, ARISTON et PÉRICTIONE,
les MERLINS), 285.--Chaque être s’estimant la perfection, si les bêtes
s’avisaient de faire des divinités, chacune les ferait, elle aussi, à
son image (XÉNOPHANE), 287.--L’homme s’est imaginé que tout, dans le
monde, n’existe que pour lui; que pour lui seul il fait jour, il pleut,
il tonne; que les dieux ne parlent et n’agissent que pour lui, qu’ils
épousent ses querelles, partagent ses plaisirs (NEPTUNE et JUNON, les
CAUNIENS), 289.--Il donnait à chacun d’eux telle ou telle attribution:
l’un guérissait de la toux, l’autre de la fièvre, etc.; il y en avait
dont la puissance était si bornée, qu’il en fallait bien cinq ou six
pour produire un épi de blé, 289.--Outre qu’il était de principe que,
dans son propre intérêt, on doit laisser ignorer au peuple beaucoup de
choses vraies et lui en donner à croire de fausses, dès que l’esprit
humain veut pénétrer certains mystères, il s’y perd. Combien d’idées
n’ont-elles pas été émises sur la matière dont est formé le soleil?
en vérité, mieux eût valu s’abstenir (SCÉVOLA, VARRON, S. AUGUSTIN,
ANAXAGORE, ZÉNON, ARCHIMÈDE, SOCRATE, POLYENUS), 291.--N’a-t-on pas
imaginé que le mouvement des corps célestes fonctionne d’après les
mêmes moyens que les machines de notre invention! 293.--En somme, la
philosophie nous présente toutes choses comme font les poètes, sous
forme d’énigmes (TIMON et PLATON), 293.--Du reste l’homme n’a pas
d’idées plus nettes sur lui-même que sur tout ce qui l’entoure: en
combien de parties différentes du corps n’a-t-on pas logé l’âme? quelle
explication a pu être donnée de ce que celle-ci s’unit à une substance
matérielle (une SERVANTE de Milet, CICÉRON et DÉMOCRITE, SOCRATE)?
295.--Ce qui fait qu’on ne révoque pas en doute ces théories, c’est
qu’on ne les discute jamais; on les accepte sous l’autorité du nom de
qui les a émises et, si on vient à tenter de les soumettre à l’examen,
on s’égare soi-même (ARISTOTE, PYTHAGORE), 299.--Voulons-nous, pour
nous décider, recourir à l’expérience? les sens nous trompent; à la
raison? sujette elle aussi à l’erreur, elle ne peut pas mieux nous
guider que les sens, 303.--Que nous apprend celle-ci sur la nature de
l’âme par exemple? A chaque philosophe elle enseigne que l’âme est
une substance différente suivant l’idée que chacun s’en fait (CRATÈS,
DICÉARQUE, PLATON, THALÈS, ASCLÉPIADE, HÉSIODE, ANAXIMANDRE, PARMÉNIDE,
EMPÉDOCLE, POSSIDONIUS, CLÉANTHE, GALIEN, HIPPOCRATE, VARRON, ZÉNON,
HÉRACLIDE DU PONT, XÉNOCRATE, les ÉGYPTIENS, les CHALDÉENS, ARISTOTE,
LACTANCE, SÉNÈQUE, les DOGMATISTES, CICÉRON, S. BERNARD, HÉRACLITE),
305.--Où loge-t-elle? la même divergence règne sur ce point (nombre
d’entre les PHILOSOPHES déjà cités; HIÉROPHILE, DÉMOCRITE, ÉPICURE,
MOÏSE, STRATON, CHRYSIPPE, les STOÏCIENS, etc.), 305.--Ces opinions
diverses ne prouvent-elles pas la vanité des recherches philosophiques,
joint à cela les définitions incohérentes émises sur le monde et
sur l’homme? Faiblesse du système des atomes et de quelques autres
(PLATON, les ÉPICURIENS, COTTA, ZÉNON, SOCRATE), 309.--Si bien qu’on
est tenté de croire que ce n’est pas sérieusement que ces philosophes
ont débité leurs rêveries; de fait, il n’y a rien d’absurde qui n’ait
été dit sur ces sujets, par l’un ou par l’autre, 311.--Pour en revenir
à l’âme, l’opinion la plus vraisemblable est qu’elle loge au cerveau
et que de là, au moyen des différents organes, elle gouverne le corps,
313.--Quant à son origine, nouvel embarras; diversité des opinions à ce
sujet; est-ce une émanation de l’âme universelle? préexiste-t-elle au
corps? est-elle immortelle ou non? 313.--Ce qu’il y a de certain, c’est
qu’elle naît avec le corps, croît, se fortifie et s’affaiblit avec
lui; qu’il ne faut pour la troubler, pour faire d’un sage un furieux,
qu’un accident souvent léger, une maladie, la bave d’un chien (SOCRATE,
CATON), 317.--Les plus hardis Dogmatistes eux-mêmes ne soutiennent que
faiblement le dogme de l’immortalité de l’âme (PHÉRÉCYDE DE SYROS,
THALÈS), 321.--Bien que certaines considérations portent à concevoir ce
dogme, aucun de ceux qui l’ont admis n’ont insisté et n’ont produit à
l’appui de raisons de quelque valeur; ils n’ont rencontré juste que par
hasard, et il nous faut sur ce sujet nous en rapporter uniquement à ce
que nous enseigne la révélation, 323.--Arguments qui, selon différents
philosophes, militent pour ce principe; tous sont défectueux et, avec
eux, le système de la métempsycose et autres auxquels il a donné lieu
(PYTHAGORE, ORIGÈNE, VARRON, CHRYSIPPE, PLATON, PINDARE, PLUTARQUE),
325.--La manière dont se forme le corps humain est aussi inconnue que
la nature de l’âme, tout est mystère dans la génération (ARCHÉLAÜS,
PYTHAGORE, PLATON, ALCMÉON, DÉMOCRITE, ÉPICURE, ARISTOTE, GALIEN),
329.--D’où cette conclusion: ne se connaissant pas lui-même, l’homme ne
peut arriver avec ses propres moyens à la connaissance de quoi que ce
soit (PROTAGORAS, THALÈS), 331.
En raison de notre impuissance à faire la lumière par nous-mêmes,
les arguments qui précèdent ne sont pas sans danger; ils peuvent se
retourner contre nous, 333.--L’esprit humain malgré les mesures prises
pour le contenir et le guider, ayant toujours tendance à échapper et
à divaguer, mieux vaut s’en tenir sur ces questions aux enseignements
de la foi et éviter toute controverse; toutefois si, avec certaines
gens, on est obligé de les discuter, ces arguments pourront être
utilement employés, 335.--Actuellement, les sciences sont l’objet
d’un enseignement officiel, en dehors duquel toute innovation est
abusivement prohibée, 337.--Il n’en est pas moins vrai que l’esprit
humain ne peut outrepasser certaines limites dans la connaissance des
choses, parce qu’il ignore les causes premières et que, l’âme étant
incapable de distinguer entre la vérité et le mensonge, force nous
est de nous arrêter dès les premiers pas, 339.--Aussi est-il plus
facile et moins hasardeux d’être Pyrrhonien et de refuser à l’homme
la possibilité d’une certitude sur quoi que ce soit, que d’être
Dogmatiste et d’admettre dans une certaine mesure cette possibilité,
339.--En dehors de l’infinie diversité d’opinions qui nous divisent,
nous varions nous-mêmes constamment dans les jugements que nous
portons sur un même sujet, 343.--Ces jugements sont essentiellement
variables avec nos dispositions physiques, et cette influence est
bien difficile à constater; ceux qui parlent en public, par exemple,
n’arrivent-ils pas à subir eux-mêmes l’effet de leur propre parole
(CLÉOMÈNE, l’ARÉOPAGE, MONTAIGNE)? 345.--Les passions auxquelles l’âme
est en proie, n’ont pas une action moindre; les plus grands hommes
sont ceux qui éprouvent les passions les plus fortes; quelle confiance
par suite avoir en notre jugement soumis à de pareils mobiles, d’autant
qu’il semble que plus il est exalté plus il a part aux secrets des
dieux (THÉMISTOCLE, DÉMOSTHÈNE)? 353.--Peut-on disconvenir que sous
l’influence de l’amour nous voyons, nous pensons, nous agissons tout
autrement que lorsque nous sommes au calme? Sommes-nous plus dans la
vérité dans un cas que dans l’autre? C’est un point qu’il n’est pas
facile de décider (MONTAIGNE, PYRRHON), 355.--De tout cela il résulte
qu’il ne faut pas se laisser aller aisément aux opinions nouvelles,
on risque de perdre au change; et puis, quel privilège ont donc les
nouveautés pour nous séduire et nous entraîner (CLÉANTHE DE SAMOS,
NICÉTAS DE SYRACUSE, COPERNIC)? 355.--Quelles garanties particulières
de stabilité présentent-elles pour l’avenir (ARISTOTE, PARACELSE,
THÉOPHRASTE, JACQUES PELETIER, PTOLÉMÉE)? 357.--Tout en ce monde et
ce monde lui-même ne se modifient-ils pas continuellement? Combien
sont incertaines les données que nous avons sur son origine (PLATON,
les PRÊTRES D’ÉGYPTE et HÉRODOTE, ARISTOTE et CICÉRON, SALOMON et
ISAIE, HÉRACLITE, APULÉE, ALEXANDRE, les CHALDÉENS, ZOROASTRE, SAÏS,
ATHÈNES, ÉPICURE), 361.--Dans le Nouveau Monde, n’a-t-on pas retrouvé
des pratiques et des traditions ayant cours, qui existent ou ont
existé dans le monde ancien? 363.--Malgré ces ressemblances qu’on
relève en des lieux différents bien éloignés les uns des autres, il
est certain que l’esprit de l’homme change suivant les climats et les
siècles, et son inconstance dans ses désirs est une preuve indéniable
de sa faiblesse (VÉGÈCE, les PRÊTRES D’ÉGYPTE, SOLON, ATHÈNES, THÈBES,
CYRUS), 367.--Incapables de discerner ce qui leur conviendrait, souvent
les hommes demandent au ciel des biens qui sont pour eux une source
de malheurs (SOCRATE, les LACÉDÉMONIENS, MIDAS, CLÉOBIS et BITON,
TROPHONIUS et AGAMÈDE), 369.--Dans l’impossibilité où ils sont de
discerner en quoi consiste le souverain bien, il semble que ce qui en
est le plus approchant soit ce que les Pyrrhoniens considèrent comme
tel: l’ataraxie, c’est-à-dire le calme absolu de l’esprit ne décidant
jamais sur rien (PYTHAGORE, ARISTOTE, ARCHÉSILAS), 371.--En prenant la
raison pour guide, la confusion, nos embarras sont les mêmes, car tout
change autour de nous, et les lois plus encore que toute autre chose;
souvent ce qui est légitime ici est criminel ailleurs, 373.--On n’est
même pas d’accord sur ce qu’on appelle les lois naturelles; elles sont
aussi inconstantes que les autres; pas une n’est observée par toutes
les nations (PROTAGORAS, ARISTON, THRASYMAQUE), 375.--Que de choses,
sur lesquelles l’accord devrait exister, voyons-nous acceptées par les
uns, proscrites par les autres, en raison du point de vue différent
auquel chacun se place (PEUPLADES chez lesquelles les enfants mangent
leurs pères et mères défunts, LYCURGUE, PLATON, ARISTIPPE et DENYS
LE TYRAN, ARISTIPPE et DIOGÈNE, SOLON pleurant son fils, SOCRATE
pleuré par sa femme), 377.--Les plaidoyers des avocats et en maintes
occasions les embarras des juges, prouvent combien les lois prêtent
à interprétation; les idées sur la morale n’ont pas plus de fixité
(ARCÉSILAS, DICÉARQUE), 379.--Les lois et les mœurs tiennent surtout
leur autorité de ce qu’elles existent. Si on remontait à leur origine,
on constaterait parfois combien sont discutables les principes qu’elles
consacrent; aussi les philosophes qui se piquaient le plus de ne rien
accepter sans examen, ne se faisaient-ils nullement scrupule de ne pas
les observer et de ne tenir aucun compte des bienséances (CHRYSIPPE,
MÉTROCLÈS et CRATÈS, DIOGÈNE, HIPPARCHIA), 381.--Des philosophes ont
avancé que, dans un même sujet, subsistent les apparences les plus
contraires; ce qu’il y a de certain, c’est que les termes les plus
clairs peuvent toujours être interprétés différemment et que bien des
écrits obscurs ont, grâce à cela, trouvé des interprétations qui les
ont mis en honneur (HÉRACLITE, PROTAGORAS), 383.--Homère n’a-t-il
pas été présenté comme ayant traité en maître les questions de tous
genres? Et Platon n’est-il pas constamment invoqué comme s’étant
prononcé en toutes choses, dans le sens de celui qui le cite, etc.?
387.--Quoique les notions qui nous viennent des sens puissent, comme
on l’a dit, être erronées, les sens sont pourtant la source de toutes
nos connaissances (CHRYSIPPE, CARNÉADE), 389.--Si nous ne pouvons tout
expliquer, peut-être est-ce parce que certains sens existent dans la
nature et que l’homme s’en trouve dépourvu, ce qu’il lui est impossible
de constater, 391.--C’est par les sens que, malgré les erreurs en
lesquelles ils nous induisent, toute science s’acquiert; chacun d’eux
y contribue et aucun ne peut suppléer à un autre (ÉPICURE, TIMAGORAS),
395.--L’expérience révèle les erreurs et les incertitudes dont est
entaché le témoignage des sens qui, bien souvent, en imposent à la
raison (PHILOXÈNE, NARCISSE, PYGMALION, DÉMOCRITE, THÉOPHRASTE, le
JOUEUR DE FLÛTE de Gracchus), 399.--Par contre, les passions de l’âme
ont également action sur les opérations des sens et concourent à les
altérer, 403.--C’est avec raison que la vie de l’homme a été comparée
à un songe; que nous dormions ou que nous soyons éveillés, notre état
d’âme varie peu, 405.--En général, les sens des animaux sont plus
parfaits que ceux de l’homme; des différences sensibles se peuvent
aisément constater entre eux, 405.--Même chez l’homme, nombreuses sont
les circonstances qui modifient les témoignages des sens, et leur
enlèvent tout degré de certitude, d’autant que souvent les indications
données par l’un sont contradictoires avec celles fournies par un
autre, 409.--En somme, on ne peut rien juger définitivement des choses
d’après les apparences que nous en donnent les sens, 413.--En outre,
rien chez l’homme n’est à l’état stable; constamment en transformation,
il est insaisissable (PLATON, PARMÉNIDE, PYTHAGORE, HÉRACLITE,
ÉPICHARME, PLUTARQUE), 415.--D’où nous arrivons à conclure qu’il n’y a
rien de réel, rien de certain, rien qui n’existe que Dieu; que l’homme
n’est rien, ne peut rien par lui-même; et que, seule, la foi chrétienne
lui permet de s’élever au-dessus de sa misérable condition (PLUTARQUE,
SÉNÈQUE), 417.