=Incertitude de notre jugement=, =I=, 519.--En maintes occasions on
peut être incertain sur le parti à prendre, par exemple: Faut-il
poursuivre à outrance un ennemi vaincu? L’adversaire peut regarder
comme un témoignage de faiblesse que vous ne poursuiviez pas le cours
d’un succès; et, d’autre part, c’est quelquefois une imprudence qui
peut devenir fatale, le désespoir pouvant donner de nouvelles forces
au vaincu (le duc d’ANJOU à Montcontour, les ESPAGNOLS à S.-Quentin,
POMPÉE à Oricum, SYLLA et MARIUS pendant la guerre sociale, M. DE FOIX
à Ravenne, les LACÉDÉMONIENS, CLODOMIR, roi d’Aquitaine), 519.--Faut-il
permettre que les soldats soient richement armés? Leur courage en
est quelquefois exalté; ils sont plus fiers et ont davantage le
désir de conserver des armes précieuses, mais on présente à l’ennemi
un appât de plus (les PEUPLES D’ASIE, les ROMAINS et les SAMNITES,
réponse d’ANNIBAL à ANTIOCHUS, LYCURGUE), 521.--Faut-il permettre aux
soldats de braver l’ennemi par leurs propos au moment d’en venir aux
mains? S’il est bon de maintenir en eux l’idée de leur supériorité
sur leurs adversaires, il peut arriver aussi que les injures rendent
le courage à ceux qui l’avaient perdu (VITELLIUS et OTHON), 523.--Un
général doit-il, pour le combat, se déguiser pour n’être pas reconnu
des ennemis? Cette ruse a quelquefois du succès, mais elle expose
le chef à être méconnu de ses troupes (le roi PYRRHUS, ALEXANDRE,
CÉSAR, LUCULLUS, AGIS, AGÉSILAS, GYLIPPE), 523.--Est-il préférable au
combat de demeurer sur la défensive ou de prendre l’offensive? D’une
part celui qui attend en position sent faiblir son courage; mais, de
l’autre, en se portant à l’attaque, on risque de se désagréger et
d’épuiser ses forces dans la course finale (bataille de PHARSALE,
CLÉARQUE à Cunaxa), 525.--Vaut-il mieux attendre l’ennemi chez soi
ou aller le combattre chez lui? Chez soi, le pays est foulé par les
deux partis, ses ressources sont annihilées, les habitants molestés,
un échec peut les conduire à prendre de fâcheuses résolutions; par
contre, on y dispose de tout, il vous est favorable et connu dans tous
ses détails, les communications de l’ennemi y sont difficiles, il est
obligé de se garder de toutes parts, en cas de revers la retraite
peut lui être coupée (invasion de la PROVENCE par les Espagnols sous
FRANÇOIS Ier, SCIPION et ANNIBAL, les ATHÉNIENS en Sicile, AGATHOCLE
en Afrique), 525.--Cette même indécision, que nous relevons dans
des circonstances ayant trait à la guerre, existe dans toutes les
déterminations, de quelque nature qu’elles soient, que nous pouvons
avoir à prendre, 529.