=QUE SÇAY IE?= (=I=, verso du faux-titre).
C’est la devise de Montaigne (=II=, 276); elle répond bien au doute
universel qui est le fond de sa philosophie et aux réflexions que lui
suggéraient ses lectures habituelles. C’est la même pensée qui lui
inspirait cette médaille qu’il faisait frapper à son nom, portant en
exergue ἐπέχω «(je doute)» (N. =II=, 276, Que sçay-ie), qui, sous une
autre forme, exprime la même idée laquelle, de fait, est celle de
tout homme qui sans le secours de la foi, s’adressant uniquement à la
raison, médite sur ces questions insolubles relatives à la divinité, à
l’immortalité de l’âme, la vie future, etc.
=FAY TON FAICT ET TE COGNOY= (=II=, verso de la planche II).
C’est la règle de conduite des sages de l’antiquité et de toutes les
époques: elle rentrait d’une façon absolue dans les idées de notre
philosophe dont l’âme était foncièrement honnête et qui de plus
s’étudiait constamment.
=CACHE TA VIE= (=III=, verso du faux-titre).
Il semble que cette sentence d’Épicure ou de quelqu’un des siens soit
mal venue à être appliquée à l’auteur des Essais qui dit son «livre
consubstantiel à son autheur» (=II=, 524), ajoutant que «sa fin
principale et perfection c’est d’estre exactement mien» (=III=, 244);
et cependant nul moins que lui n’a tenu ce qu’il promet. Il donne
bien sur lui-même quelques détails physiques, cite quelques-uns de
ses penchants, mais, sauf quelques mots sur son enfance et la mention
de son élection à la mairie de Bordeaux, de son obtention de l’ordre
de St-Michel et de la qualité de citoyen romain, il est absolument
muet sur ses faits et gestes. En dehors de quelques allusions sur sa
vie de famille, nous n’en connaissons rien, rien de ce qu’il a pu
faire pendant qu’il était conseiller au parlement; il semble avoir
été aux armées, rien ne nous révèle à quels moments et dans quelles
conditions; les relations de ses contemporains le présentent comme
ayant été employé à diverses reprises à des missions politiques, il
n’en dit mot et là encore le doute subsiste. Pour savoir par quoi ont
été marquées ses quatre années de mairie, sauf une circonstance, il
faut avoir recours aux archives de l’époque; les seuls renseignements
que l’on ait sur sa vie publique, sa vie intime et les siens, à part
de rares détails bien insignifiants, c’est ailleurs que dans son livre
qu’il faut les rechercher; et, pour quelqu’un qui répète en plusieurs
endroits qu’il y est tout entier, il est difficile de dire moins de
soi-même qu’il ne fait.
=RIEN TROP= (=III=, verso de la dernière page).
Cette maxime (citée =I=, 292) résume le livre et aussi la vie de
Montaigne, telle qu’elle ressort de son aveu et de ce que nous en
savons; il semble, de parti pris, ne s’être passionné pour rien, afin
de s’assurer une existence tranquille autant que le permettaient, dans
les temps troublés où il vivait, la lutte des partis et ses propres
sympathies qui, avant tout, allaient à lui-même; aussi cette devise
est-elle tout indiquée comme conclusion des Essais.
=VIRES ACQUIRIT EUNDO= (=IV=, verso de la planche IV).
«Plus il va, plus ses forces acquièrent de développement.» Est-il une
épigraphe qui soit d’application plus exacte que celle-ci, inscrite
par Montaigne en tête de l’exemplaire de Bordeaux et marquant les
accroissements successifs de chaque édition des Essais, pour qualifier
également le développement constant qu’à la suite de l’ouvrage
lui-même, ont pris les dissertations, interprétations et notes de toute
nature auxquelles il a donné lieu?
[B] FASCICULE B
SOMMAIRE DES ESSAIS
(RELEVÉ DES SOMMAIRES INTERCALÉS DANS LA TRADUCTION).
Dès 1595, dans une édition publiée à Lyon, et jusqu’au commencement du
siècle dernier, la plupart des éditions des Essais ont été pourvues de
«sommaires» accompagnant le texte et insérés en marge. En l’état, outre
qu’ils modifiaient légèrement la contexture apparente de l’ouvrage, ils
se trouvaient forcément réduits à quelques mots et par suite manquaient
parfois de clarté; c’est pourquoi, depuis, ils ont été généralement
supprimés malgré leur incontestable utilité, car ils aident fort à s’y
reconnaître.
Pour bénéficier des avantages qu’ils présentent et parer aux
inconvénients, Amaury Duval, dans son édition de 1820-22, a établi ses
sommaires par chapitre et les a placés en tête de chacun d’eux; il a
pu, notamment, leur donner de la sorte plus de précision et une liaison
qui leur avait manqué jusqu’alors. Mais la lecture de Montaigne ne se
fait guère par chapitre; on l’ouvre au hasard et là où le livre s’est
ouvert, on lit.
Ces considérations nous ont amené à intercaler ces sommaires dans
la traduction, ce qui a permis de les libeller d’une façon plus
intelligible, tout en respectant la physionomie du texte original; et
simultanément, à les réunir à part pour l’ouvrage entier, dont ils
donnent ainsi une idée d’ensemble que l’on ne peut se former en le
lisant, en raison des nombreuses digressions et intercalations qui s’y
trouvent.
Les sommaires de la présente édition sont, pour la plupart, reproduits,
le plus souvent textuellement, d’Amaury Duval; il eût été, en effet,
difficile de faire mieux.
=Nota.=--Les nombres en chiffres romains, sans autre indication,
marquent le volume; ceux en chiffres arabes indiquent la page.