XXVII

Ainsi, dans le domaine spiritualiste, l'égalité est la justice; donc

l'homme et l'homme sont égaux en droit spirituel et moral, et la société

doit leur conférer cette égalité, ce droit à l'équité appartenant par

égale divinité de titre à la nature, que dis-je? à l'humanité tout

entière.

Voilà la révolution française, voilà la sublime démocratie divine

entendue comme elle peut être seulement entendue par les esprits

politiques à qui la démagogie, l'esprit de radicalisme, la manie des

sophisme ou la rage suicide du nivellement impossible, qui ne serait que

l'extrême injustice, n'ont pas faussé le bon sens.

Mais la société politique doit-elle l'égalité des conditions et des

biens à tous les hommes venant dans ce monde, rois ou sujets, nobles ou

peuple, riches ou pauvres, avec l'avantage ou le désavantage de ce qu'on

appelle le _fait accompli_? Doit-elle planer comme une Némésis de

l'égalité, la faux de Tarquin à la main, pour faucher sans cesse ce qui

dépasse le niveau uniforme du champ social? Doit-elle à chaque individu

qui naît à chaque seconde du temps, sur la terre, pour y demander de

droit divin une place égale à celle de tout autre homme, lui doit-elle,

à ce nouveau venu, de lui faire violemment cette place en déplaçant ceux

qui s'en sont fait une avant lui et supérieure à la sienne? Serait-ce

une justice? Serait-ce une société que cette répartition incessante et

violente des rangs, des biens, des fortunes, enlevant toute sécurité au

présent, tout avenir à la possession, tout mobile au travail, toute

solidité à l'établissement des familles, des nations, même des

individus? Ne serait-ce pas plutôt la souveraine injustice constituée

que cette égalité forcée qui récompenserait le travail acquis par

l'éternelle spoliation de l'égalité des biens?

Et, de plus, les partisans irréfléchis de cette utopie de l'égalité des

biens n'ont-ils pas assez d'intelligence pour comprendre que leur

égalité serait la destruction du plan divin sur la terre; que Dieu a

voulu l'activité humaine dans son plan; que le désir d'acquérir est le

seul moteur moral de cette activité; que l'inégalité des biens est le

but, le prix, le salaire de cette activité, et que la suppression de

cette inégalité supprimant en même temps tout travail, l'égalité des

socialistes produirait immédiatement la cessation de tout mouvement dans

les hommes et dans les choses?

Où serait le mobile de l'activité, si la loi sociale était assez

insensée pour dire à l'homme laborieux et économe, et à l'homme oisif et

parasite de la terre: Travaillez ou reposez-vous, produisez ou

consommez, votre sort sera le même, et vous serez égaux devant la

misère, et je vous condamne à être également misérables pour vous

empêcher d'être réciproquement envieux!

Le monde s'arrêterait le jour où une loi si immobile serait proclamée

par les utopistes de J.-J. Rousseau. Cette politique ne pouvait naître

que sous la plume d'un prolétaire affamé, trouvant plus commode de

blasphémer le travail, la propriété, l'inégalité des biens, que de se

fatiguer pour arriver à son tour à la propriété, à l'aisance, à la

fondation d'une famille.

De tels hommes sont les Attilas de la Providence, car la propriété et

l'inégalité des biens sont les deux providences de la société: l'une

procréant la famille, source de l'humanité; l'autre produisant le

travail, récompense de l'activité humaine!--Il n'y aurait plus

d'injustice sans doute dans ces systèmes; oui, parce qu'il n'y aurait

plus de justice. Il n'y aurait plus de misère; oui, parce qu'il n'y

aurait plus de pain; la famine serait la loi commune.

Voilà la législation de ces philosophes de la faim: l'univers pétrifié,

l'homme affamé, le principe de tout mouvement arrêté, le grand ressort

de la machine humaine brisé. L'homme content de mourir de faim, pourvu

qu'aucun de ses semblables n'ait de superflu; constitution de la

jalousie, vice détestable, au lieu de la constitution de la fraternité,

heureuse de la félicité d'autrui, vertu des vertus!...

Je m'arrête; nous reprendrons l'Entretien sur la législation de J.-J.

Rousseau dans quelques jours. La métaphysique amaigrit l'esprit et lasse

le lecteur; il faut se reposer souvent dans cette route.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 205 / 209 题