À la première rumeur produite à Paris par l'apparition de son livre, il
se sauve à Motiers-Travers, village de Neufchâtel, sous la protection du
roi de Prusse; il y revêt le costume d'Arménien, fantaisie grotesque qui
ressemble à un déguisement et qui n'est qu'une affiche. Cette puérilité
dans un philosophe européen attire sur lui une attention qui s'attache
plus à l'habit qu'à la personne. Bientôt il entre en querelles
épistolaires avec les membres du gouvernement de Genève qui ont condamné
ses principes religieux; et, pour leur prouver son christianisme, il
abjure le catholicisme et se convertit dogmatiquement et pratiquement
au calvinisme sous la direction du pasteur du village.
Il communie à Motiers-Travers, comme Voltaire à Ferney, mais moins
dérisoirement.
Le pasteur et lui finissent par se brouiller et par s'excommunier pour
des vétilles de sacristie; les habitants prennent parti pour leur
prêtre, et lancent des pierres, pendant la nuit, contre les fenêtres de
Rousseau. Il s'enfuit avec Thérèse, son esclave volontaire, dans la
petite île de Saint-Pierre, appartenant au canton de Berne. Il n'a que
le temps d'y rêver une félicité pastorale dans l'oisiveté d'un
philosophe contemplatif; le gouvernement de Berne menace de l'expulser:
il supplie ce gouvernement de le faire enfermer à vie, pour qu'au prix
de sa liberté, il jouisse au moins d'un asile en Suisse.