XXV

À la première rumeur produite à Paris par l'apparition de son livre, il

se sauve à Motiers-Travers, village de Neufchâtel, sous la protection du

roi de Prusse; il y revêt le costume d'Arménien, fantaisie grotesque qui

ressemble à un déguisement et qui n'est qu'une affiche. Cette puérilité

dans un philosophe européen attire sur lui une attention qui s'attache

plus à l'habit qu'à la personne. Bientôt il entre en querelles

épistolaires avec les membres du gouvernement de Genève qui ont condamné

ses principes religieux; et, pour leur prouver son christianisme, il

abjure le catholicisme et se convertit dogmatiquement et pratiquement

au calvinisme sous la direction du pasteur du village.

Il communie à Motiers-Travers, comme Voltaire à Ferney, mais moins

dérisoirement.

Le pasteur et lui finissent par se brouiller et par s'excommunier pour

des vétilles de sacristie; les habitants prennent parti pour leur

prêtre, et lancent des pierres, pendant la nuit, contre les fenêtres de

Rousseau. Il s'enfuit avec Thérèse, son esclave volontaire, dans la

petite île de Saint-Pierre, appartenant au canton de Berne. Il n'a que

le temps d'y rêver une félicité pastorale dans l'oisiveté d'un

philosophe contemplatif; le gouvernement de Berne menace de l'expulser:

il supplie ce gouvernement de le faire enfermer à vie, pour qu'au prix

de sa liberté, il jouisse au moins d'un asile en Suisse.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 172 / 209 题