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Ces livres, quoique protégés par M. de Malesherbes, directeur de la

librairie, gardien très-infidèle de l'intolérance du clergé, du

parlement et de la police, étaient frappés d'anathème, et leur auteur de

proscription. Mais la faveur des grands, de la cour, du public,

éteignait ces foudres officielles, et faisait échapper Rousseau à ces

vaines proscriptions, plus ostentatoires que dangereuses.

Il s'en allait un moment, rentrait sans obstacle et attendait

tranquillement dans la ville et dans le palais du prince de Conti la fin

de ces persécutions peu sérieuses. La magie de son style le dérobait à

toute atteinte des lois; tous ses lecteurs devenaient ses complices,

pendant que ce livre était dans leurs mains.

La guerre intestine qu'il avait déclarée aux philosophes, ses premiers

prôneurs, lui avait créé entre le christianisme et l'athéisme une

situation exceptionnelle qui lui faisait ce qu'on nomme un tiers-parti

dans les assemblées. Nul ne confessait Dieu avec plus de foi et plus

d'éloquence. L'athéisme, délire froid des sociétés expirantes, ne

pouvait sortir des montagnes, des lacs et des glaciers d'un peuple

pastoral comme la Suisse. La boue ne reflète rien: le ciel et les eaux

sont le miroir matériel du Grand Être.

Rousseau y avait trop souvent contemplé cette grande image, pour ne pas

la reproduire dans ses écrits. Il y a peu de vraie morale, mais il y a

une ardente piété dans son style. C'est par là qu'il vit: l'adoration

est la vertu de l'intelligence.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 171 / 209 题