MARCUS.

«C'est lorsque j'ai la liberté de m'absenter plusieurs jours, surtout

dans cette saison de l'année, que je viens chercher l'air pur et les

charmes de ce lieu: il est vrai que je le puis rarement. Mais j'ai

encore une autre raison de m'y plaire, et qui ne vous touche point comme

moi: c'est qu'à proprement parler, c'est ici ma vraie patrie, et celle

de mon frère Quintus. C'est ici que nous sommes nés d'une très-ancienne

famille; ici sont nos sacrifices, nos parents, de nombreux monuments de

nos aïeux. Que vous dirai-je?

«Vous voyez cette maison, et ce qu'elle est aujourd'hui: elle a été

agrandie ainsi par les soins de notre père. Il était d'une santé faible,

et c'est là qu'il a passé dans l'étude des lettres presque toute sa vie.

Enfin sachez que c'est en ce même lieu, mais du vivant de mon aïeul, du

temps que, selon les anciennes moeurs, la maison était petite comme

celle de Curius dans le pays des Sabins; oui, c'est en ce lieu que je

suis né. Aussi je ne sais quel charme s'y trouve, qui touche mon coeur

et mes sens, et me rend peut-être ce séjour encore plus agréable. Eh! ne

nous dit-on pas que le plus sage des hommes, pour revoir son Ithaque,

refusa l'immortalité?»

Qu'on s'étonne et qu'on se scandalise après cela de ce que les écrivains

modernes mêlent le souvenir de leur pays aux plus graves matières de

leurs écrits! Le sentiment gâte-t-il jamais rien en littérature? Qui n'a

pas son Tusculum, son Arpinum, son château de La Brede, ses Charmettes,

son Milly[1], son Saint-Point, nid de ses tendresses ou de ses pensées?

[Note 1: Hélas! je ne les ai plus, mais ils ont mon coeur.

_26 avril 1861._]

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 143 / 209 题