XII

«Pourquoi donc toutes ces paroles? pourquoi, Romains? C'est pour vous

faire sentir que tous les moyens de l'éloquence, que toutes les

richesses du style s'épuiseraient en vain, sans pouvoir, je ne dis pas

embellir et relever par un magnifique langage, mais seulement énoncer et

retracer par un récit fidèle la grandeur et la multitude des bienfaits

que vous avez répandus sur moi, sur mon frère et sur nos enfants. Je

vous dois plus qu'aux auteurs de mes jours: ils m'ont fait naître

enfant, et par vous je renais consulaire.

«J'ai reçu d'eux un frère, avant que je pusse savoir ce que j'en devais

attendre. Vous me l'avez rendu, après qu'il m'a donné des preuves

admirables de sa tendresse pour moi. La république m'a été confiée quand

elle allait périr: je l'ai recouvrée par vous, après que tous les

citoyens ont enfin reconnu qu'un seul homme l'avait sauvée. Les dieux

immortels m'ont accordé des enfants: vous me les avez rendus. Nos voeux

avaient obtenu de leurs bontés beaucoup d'autres avantages: sans votre

volonté, tous ces présents du ciel seraient perdus pour nous.

«Vos honneurs enfin, à chacun desquels nous étions parvenus par une

élévation progressive, vous nous les restituez tous en un seul et même

jour; en sorte que les biens que nous tenions soit de nos parents, soit

des dieux, soit de vous-mêmes, nous les recevons tous à la fois de la

faveur du peuple romain tout entier. En même temps que la grandeur de

votre bienfait surpasse tout ce que je puis dire, votre affection et

votre bienveillance se sont déclarées d'une manière si touchante, que

vous me semblez avoir non-seulement réparé mon infortune, mais ajouté

un nouvel éclat à ma gloire.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 80 / 209 题