«Pourquoi donc toutes ces paroles? pourquoi, Romains? C'est pour vous
faire sentir que tous les moyens de l'éloquence, que toutes les
richesses du style s'épuiseraient en vain, sans pouvoir, je ne dis pas
embellir et relever par un magnifique langage, mais seulement énoncer et
retracer par un récit fidèle la grandeur et la multitude des bienfaits
que vous avez répandus sur moi, sur mon frère et sur nos enfants. Je
vous dois plus qu'aux auteurs de mes jours: ils m'ont fait naître
enfant, et par vous je renais consulaire.
«J'ai reçu d'eux un frère, avant que je pusse savoir ce que j'en devais
attendre. Vous me l'avez rendu, après qu'il m'a donné des preuves
admirables de sa tendresse pour moi. La république m'a été confiée quand
elle allait périr: je l'ai recouvrée par vous, après que tous les
citoyens ont enfin reconnu qu'un seul homme l'avait sauvée. Les dieux
immortels m'ont accordé des enfants: vous me les avez rendus. Nos voeux
avaient obtenu de leurs bontés beaucoup d'autres avantages: sans votre
volonté, tous ces présents du ciel seraient perdus pour nous.
«Vos honneurs enfin, à chacun desquels nous étions parvenus par une
élévation progressive, vous nous les restituez tous en un seul et même
jour; en sorte que les biens que nous tenions soit de nos parents, soit
des dieux, soit de vous-mêmes, nous les recevons tous à la fois de la
faveur du peuple romain tout entier. En même temps que la grandeur de
votre bienfait surpasse tout ce que je puis dire, votre affection et
votre bienveillance se sont déclarées d'une manière si touchante, que
vous me semblez avoir non-seulement réparé mon infortune, mais ajouté
un nouvel éclat à ma gloire.