III

On s'étonne, en réfléchissant à ses accablantes occupations d'homme

public, comme défenseur ou accusateur devant les tribunaux, comme

orateur politique devant le peuple ou au sénat, comme consul dans des

temps d'orages civils, comme proconsul en Asie, comme général d'armée,

comme administrateur de provinces, comme candidat aux magistratures,

comme aspirant au triomphe, comme conseil de Pompée, comme ami de

Brutus, comme ennemi de Clodius ou d'Antoine, comme tuteur et victime

d'Octave; on s'étonne, disons-nous, qu'il soit resté tant de loisirs à

cet esprit universel pour toutes les parties de la littérature depuis la

rhétorique et la poésie jusqu'à la philosophie et la religion. On

s'étonne bien plus quand on contemple le degré de perfection auquel il a

porté tous ces ouvrages. Trente-quatre volumes ont à peine suffi à les

contenir. Nous n'avons pas tout. Voltaire seul, dans les temps

modernes, a autant écrit; mais Voltaire, maître, pendant une longue vie,

de ses heureux loisirs, n'était ni orateur dans les causes privées, ni

orateur dans les causes publiques, ni proconsul, ni général d'armée, ni

consul, ni lieutenant de Pompée, ni négociateur avec César, ni

accusateur de Catilina, ni sauveur de la patrie, ni proscrit, ni victime

des triumvirs.

Sa liberté et sa retraite, tantôt à Potsdam chez un roi lettré, tantôt à

Cirey chez une amie, tantôt à Ferney chez lui-même, doublaient sa vie.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 71 / 209 题