VII

Ces aptitudes et ces goûts oratoires et littéraires de la famille de

Cicéron, et la tendresse qui se change en ambition pour son fils dans le

coeur d'une noble mère, firent élever dans les lettres grecques et

romaines l'enfant, qui promettait de bonne heure tant de gloire à sa

maison.

La littérature grecque était alors pour les jeunes Romains ce que la

littérature latine a été depuis pour nous: la tradition de l'esprit

humain, le modèle de la langue, le grand ancêtre de nos idées.

La rapide et universelle intelligence de l'enfant fit une explosion

plutôt que des progrès aux premières leçons qu'il reçut, en sortant du

berceau, sous les yeux de sa mère. Sa vocation aux choses

intellectuelles fut si prompte, si merveilleuse et si unanimement

reconnue autour de lui dans les écoles d'Arpinum, qu'il goûta la gloire,

dont il devait épuiser l'ivresse, presque en goûtant la vie.

Les petits enfants, ses compagnons d'école, le proclamèrent d'eux-mêmes

_roi des écoliers_; ils racontaient à leurs parents, en rentrant des

leçons, les prodiges de compréhension et de mémoire du fils d'Helvia, et

ils lui faisaient d'eux-mêmes cortége jusqu'à la porte de sa maison,

comme au patron de leur enfance. Quand la supériorité est démesurée

parmi les enfants, elle ne suscite plus l'envie; on la subit et on

l'acclame comme un phénomène; et, comme les phénomènes sont isolés et

ne se renouvellent pas, ils n'humilient pas la jalousie parmi les

hommes, ils l'étonnent. Tel était le sentiment qu'inspirait le jeune

Cicéron aux enfants d'Arpinum. Que n'en inspira-t-il un aussi noble et

aussi honorable plus tard à Clodius, à Octave et à Antoine!

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 39 / 209 题