Ces aptitudes et ces goûts oratoires et littéraires de la famille de
Cicéron, et la tendresse qui se change en ambition pour son fils dans le
coeur d'une noble mère, firent élever dans les lettres grecques et
romaines l'enfant, qui promettait de bonne heure tant de gloire à sa
maison.
La littérature grecque était alors pour les jeunes Romains ce que la
littérature latine a été depuis pour nous: la tradition de l'esprit
humain, le modèle de la langue, le grand ancêtre de nos idées.
La rapide et universelle intelligence de l'enfant fit une explosion
plutôt que des progrès aux premières leçons qu'il reçut, en sortant du
berceau, sous les yeux de sa mère. Sa vocation aux choses
intellectuelles fut si prompte, si merveilleuse et si unanimement
reconnue autour de lui dans les écoles d'Arpinum, qu'il goûta la gloire,
dont il devait épuiser l'ivresse, presque en goûtant la vie.
Les petits enfants, ses compagnons d'école, le proclamèrent d'eux-mêmes
_roi des écoliers_; ils racontaient à leurs parents, en rentrant des
leçons, les prodiges de compréhension et de mémoire du fils d'Helvia, et
ils lui faisaient d'eux-mêmes cortége jusqu'à la porte de sa maison,
comme au patron de leur enfance. Quand la supériorité est démesurée
parmi les enfants, elle ne suscite plus l'envie; on la subit et on
l'acclame comme un phénomène; et, comme les phénomènes sont isolés et
ne se renouvellent pas, ils n'humilient pas la jalousie parmi les
hommes, ils l'étonnent. Tel était le sentiment qu'inspirait le jeune
Cicéron aux enfants d'Arpinum. Que n'en inspira-t-il un aussi noble et
aussi honorable plus tard à Clodius, à Octave et à Antoine!