III

On ne peut lui reprocher que deux fautes: la vaine gloire dans la

contemplation de lui-même, et des faiblesses réelles ou plutôt des

indécisions regrettables, à la fin de sa vie, envers les tyrans de sa

patrie. Mais ces deux fautes, si on étudie bien son histoire, ne sont

pas les fautes de son caractère: elles sont surtout les fautes de son

temps.

La vaine gloire était la vertu des grands hommes à ces époques où une

religion, plus magnanime et plus épurée des vanités humaines, n'avait

pas encore enseigné aux hommes l'abnégation, la modestie, l'humilité,

qui déplacent pour nous la gloire de la terre, et qui la reportent dans

la satisfaction muette de la conscience ou dans la seule approbation de

Dieu.

Et, quant aux compositions avec les événements et avec les tyrannies

qu'on reproche de loin à Cicéron, il faut se reporter à l'état de la

république romaine, à la corruption des moeurs, à la lâcheté du peuple,

à l'énervation des caractères de son temps, pour être juste envers ce

grand homme. À aucune époque de sa carrière civile il n'a montré devant

son devoir une hésitation. S'il faiblit devant César, il ne faiblit pas

devant la mort; mais, pour appuyer le levier de cette force d'âme qu'on

lui demande, et pour soutenir seul la république contre César, il lui

fallait un point d'appui dans la république: il n'y en avait plus. Ce

n'était pas le levier qui manqua à Cicéron, ce fut le point d'appui. On

peut plaindre le temps, mais non accuser le citoyen.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 36 / 209 题