On ne peut lui reprocher que deux fautes: la vaine gloire dans la
contemplation de lui-même, et des faiblesses réelles ou plutôt des
indécisions regrettables, à la fin de sa vie, envers les tyrans de sa
patrie. Mais ces deux fautes, si on étudie bien son histoire, ne sont
pas les fautes de son caractère: elles sont surtout les fautes de son
temps.
La vaine gloire était la vertu des grands hommes à ces époques où une
religion, plus magnanime et plus épurée des vanités humaines, n'avait
pas encore enseigné aux hommes l'abnégation, la modestie, l'humilité,
qui déplacent pour nous la gloire de la terre, et qui la reportent dans
la satisfaction muette de la conscience ou dans la seule approbation de
Dieu.
Et, quant aux compositions avec les événements et avec les tyrannies
qu'on reproche de loin à Cicéron, il faut se reporter à l'état de la
république romaine, à la corruption des moeurs, à la lâcheté du peuple,
à l'énervation des caractères de son temps, pour être juste envers ce
grand homme. À aucune époque de sa carrière civile il n'a montré devant
son devoir une hésitation. S'il faiblit devant César, il ne faiblit pas
devant la mort; mais, pour appuyer le levier de cette force d'âme qu'on
lui demande, et pour soutenir seul la république contre César, il lui
fallait un point d'appui dans la république: il n'y en avait plus. Ce
n'était pas le levier qui manqua à Cicéron, ce fut le point d'appui. On
peut plaindre le temps, mais non accuser le citoyen.