L'empire ottoman n'est donc pas, comme on vous le dit, une démolition
prochaine qui donnera de l'air à l'Europe, de la place aux rivalités de
l'Europe, de la paix aux intérêts rivaux des puissances, des progrès aux
civilisations chrétiennes: l'empire ottoman ne serait que le sujet d'une
guerre aussi vaste, aussi prolongée que les ambitions de l'Europe; ou
bien ce ne serait qu'un vide immense dans lequel deux civilisations, la
civilisation européenne et la civilisation orientale, s'engloutiraient à
la fois.
Ces deux civilisations tendent à se rapprocher et à se fondre: votre
politique est de favoriser ce progrès parallèle, en maintenant l'empire
ottoman à la place qu'il occupe sur la carte, et en protégeant par un
grand _concordat politique_ avec le chef nominal, et en ce moment
très-vertueux, de cet empire, les populations tributaires du
Grand-Seigneur par le gouvernement, et tributaires de l'Europe par
l'origine, les moeurs, les religions; c'est ce grand _concordat_ entre
la Turquie et l'Europe qui doit être en ce moment la pensée dominante de
la diplomatie française. Que la France y pense. Elle aura fait ainsi
plus qu'une conquête: elle aura fait l'ordre français en Turquie, au
lieu du désordre européen.