XX. L'ÉCARTÈLEMENT.

Au milieu de la Grève était une barrière entourant un espace au milieu

duquel se déployait une petite table basse fortement scellée en terre

par six gros pieux. C'est là que Damiens fut conduit escorté de dix

bourreaux et de deux confesseurs. Il aida lui-même à se déshabiller, ne

témoignant ni crainte ni étonnement, mais seulement envie d'en finir. On

l'étendit sur cette petite table où des cercles de fer fixaient son

corps: deux en travers, un en fourche laissant le cou libre, et un entre

les cuisses, le tout se joignant au milieu et se serrant par de gros

écrous sous la table, de sorte que le tronc est absolument fixé. On lui

attacha la main droite à une menotte et on la lui brûla au feu de

soufre. Le patient poussait des hurlements horribles.

On lui lia ensuite fortement les bras et les cuisses d'abord en haut, et

de là en tournoyant jusqu'au poignet et au pied, et on attacha ces

cordes aux harnais de quatre chevaux placés aux quatre coins de la

table. Le signal fut donné, les quatre chevaux tirèrent par secousses

qui n'emportèrent rien. Les cris de Damiens redoublaient et

s'entendaient au loin, malgré le bruit et les rumeurs d'une foule

innombrable. Pendant une heure, le patient fut ainsi tiré, on ajouta

même deux chevaux aux quatre autres.

Les six chevaux partent à la fois; les membres résistent. Le bourreau ne

sachant que faire, envoie demander des ordres aux magistrats qui siégent

à l'Hôtel-de-Ville et qui se nommaient MM. Pasquier et Severt; on lui

répond qu'il faut que le coupable soit écartelé. Les hurlements de

Damiens recommencent avec les secousses, les chevaux fatigués se

rebutent. Alors seulement les juges permettent qu'on le dépèce; car il

n'est pas permis d'employer une autre expression. Le bourreau lui

taillade les cuisses pendant que les chevaux tirent. Chose incroyable

et pourtant attestée par des témoins dignes de foi, pendant que le

bourreau opérait, Damiens eut la force de lever plusieurs fois la tête

pour voir ce qu'on lui faisait.

«Enfin, ajoute l'auteur de ce récit, que nous abrégeons, après une heure

et demie passée de ces souffrances sans exemple, la cuisse gauche partit

la première, à quoi le peuple battit des mains. Jusque-là, Damiens

n'avait paru que curieux et indifférent. Ensuite, à force de taillades,

l'autre cuisse partit. Les cris reprirent avec une nouvelle force.

Après, on taillada une épaule, qui partit; ses cris continuèrent, mais

moins vifs et la tête ne cessa pas d'aller. Enfin, on taillada la

quatrième partie, c'est-à-dire l'autre épaule, et ce n'est que là que la

tête tomba quand elle fut emportée, ne restant que le tronc.»

Peines, tortures et supplices · 第 61 / 104 题