Lorsque l'accusé avait entendu la lecture de sa sentence, on le faisait
asseoir sur une espèce de tabouret de pierre, on lui attachait les
poignets à deux anneaux de fer distants l'un de l'autre derrière son
dos, puis les deux pieds à deux autres anneaux qui tenaient à un autre
mur devant lui, on tendait toutes les cordes avec force, et lorsque le
corps du criminel commençait à ne se plus pouvoir étendre, on lui
passait un tréteau sous les reins, ensuite on tendait encore les cordes.
Le questionnaire tenait d'une main une corne de boeuf creuse, de l'autre
il versait de l'eau dans la corne, et en faisait avaler au criminel
quatre pintes pour la question ordinaire, huit pintes pour la question
extraordinaire. Un chirurgien faisait suspendre la question, suivant
qu'il sentait faiblir le pouls du patient.
Voici une infâme complication inventée par l'inquisition d'Espagne.
Après avoir lié le patient de cette façon, que la tête fût plus basse
que le pieds, les bourreaux introduisent au fond de la gorge de la
victime un linge fin mouillé, dont une partie lui couvre les narines; on
lui verse ensuite de l'eau dans la bouche et le nez, et on laisse
filtrer avec tant de lenteur qu'il faut plus d'une heure pour qu'un
litre soit avalé. Aussi le patient ne trouve aucun intervalle pour
respirer; à chaque instant, il fait un effort pour attraper un peu
d'air, les linges mouillés s'y opposent.
Ne pas oublier que pendant ce temps on broie ou tenaille les bras et les
jambes.
* * * * *
Voici la description authentique d'un des nombreuses tortures subies par
une des victimes de l'inquisition:
On commença par le dépouiller nu; on le fit mettre à genoux tandis que
ses bras étaient tenus en l'air; on lui ouvrit la bouche avec des outils
de fer, et on lui fit avaler de l'eau jusqu'à ce qu'elle découlât de sa
bouche; alors on lui passa une corde au cou, et on le fit rouler sept
fois la longueur de la chambre, ce qui faillit l'étrangler. On lui
attacha ensuite une corde mince autour des deux gros doigts des pieds;
on le suspendit la tête en bas, puis on coupa la corde qu'il avait
passée autour du cou. Il fut laissé dans cet état jusqu'à ce qu'il eût
dégorgé toute l'eau qu'il avait bue: puis on le laissa retomber à terre,
où il demeura longtemps comme mort. Ce fut alors que, par un bonheur
imprévu, il fut délivré de prison et revint dans son pays.