Un coup de canon donne le signal du travail dans le port, à cinq heures
pour l'été, à six heures pour l'hiver. La cloche du bagne sonne et le
sifflet du surveillant met les galériens debout. À la sortie de la
chiourme, sortie qui se fait avec ordre et par couples, un _rondier_
explore au moyen d'un marteau les manilles et les maillons du ferrement,
pour s'assurer que la lime ou le ciseau ne les ont pas attaqués. Chacun
des gardes chiourmes reçoit alors sous sa direction un nombre de
forçats, qui varie de seize à vingt-quatre, et les conduit aux ouvrages
du port.
Les travaux du galérien sont divisés en deux principales catégories,
sous les noms de _grande_ et de _petite fatigue_.
La _grande fatigue_ comprend la traction des charrettes, la conduite des
barques à rames, les gros travaux et le nettoyage du port, à l'air libre
et sous toutes les intempéries des saisons. Les travaux les plus rudes
et les plus pénibles sont effectués par les forçats à temps les moins
dociles et par les condamnés à perpétuité, qui restaient jadis cloués
sur leurs _tollards_. Depuis qu'on les emploie très-activement, les
révoltes si fréquentes autrefois sont aujourd'hui très-rares;
l'expérience a de plus démontré que les galériens qui travaillent le
plus sont précisément ceux qui se livrent le moins à l'insurrection.
La _petite fatigue_ embrasse les travaux qui se font dans les parties
couvertes du port, dans les magasins, à bord des bâtiments, dans la
voilerie, la corderie, etc. Les forçats qui les exécutent reçoivent un
salaire qui varie depuis cinq jusqu'à vingt centimes par jour.
L'administration conserve le tiers, qui se trouve capitalisé pour former
le pécule dont une moitié sera donnée au libéré lors de sa sortie et
l'autre déposée à la mairie de sa commune.
Un seul garde chiourme, portant sur l'épaule sa carabine chargée,
conduit de leur salle dans le port, qui communique directement avec le
bagne, seize à vingt-quatre hommes. Ils marchent couplés sur deux rangs,
dans le calme le plus parfait. À l'arrivée au lieu du travail, comme au
départ, ils répondent à l'appel de leur numéro; puis se mettent
lentement à l'ouvrage.