Remontons un moment au moyen âge, ne fût-ce que par contraste et pour
préparer le lecteur aux atrocités des chapitres suivants:
«En 1790, dit Dulaure, lorsque l'on fit évacuer les bâtiments des
Capucins, on découvrit, dans un lieu secret, au fond d'un corridor qui
communiquait au cloître, ce qu'on nommait autrefois les oubliettes, les
_in pace_. Aux deux angles d'une pièce à demi-souterraine, on voyait
deux espèces de cachots séparés l'un de l'autre par un intervalle d'une
toise et demie. Deux côtés de chacun de ces cachots étaient formés par
les angles des murs du couvent: les deux autres côtés par une cloison
composée de gros madriers de chêne, unis entre eux par des liens de fer,
le tout recouvert en maçonnerie. La seule ouverture par laquelle les
vivres et le jour pouvaient momentanément pénétrer dans ce cachot avait
environ 1 pied et demi de haut sur 5 pouces de large; cette ouverture
était encadrée par des barres et des plaques de fer. Le guichet par où
l'on introduisait le prisonnier n'avait pas plus de 4 pieds de hauteur;
il était garni d'énormes serrures ou verrous.
«Le cardinal de Coumis, évêque d'Orléans, ayant entendu par hasard, un
jour, chez les Capucins, les gémissements d'un de leurs prisonniers, se
servit de toute son autorité pour faire tirer en sa présence ce
malheureux de sa prison. C'était une espèce de citerne ou puits dont
l'ouverture était fermée par une grosse pierre. Jamais spectacle ne fut
plus touchant; cet infortuné était nu, ses habits étaient tombés en
pourriture; sa barbe et ses cheveux étaient chargés d'un vert semblable
à celui qui se forme sur les murailles humides.
«Son crime était d'avoir, dans un mouvement de colère, pris le gardien
par la barbe.»