Cependant, malgré ce changement inouï dans mon existence, ma santé

était fort ébranlée; la plupart de mes nuits étaient difficiles et

agitées par des rêves bruyants qui troublaient souvent le sommeil de

ce bon monsieur Barthès, et lui donnaient de grandes inquiétudes sur

moi. Eveillé même, je ne pouvais me mettre en garde contre les funestes

effets que me causait la surprise. L'apparition subite de quelqu'un ou

des éclats de voix inattendus, me donnaient des soubresauts nerveux

et une sorte de tremblement convulsif. Mon si brusque changement de

nourriture au lieu de calmer ma disposition à ces malaises, semblait

en quelque sorte l'augmenter; ce qui désolait d'autant plus monsieur

Barthès, que les circonstances allaient nous séparer, du moins pour

quelque temps; car n'ayant plus rien à faire à Quillotte, il allait

retourner chez lui au sein de sa famille. Il me proposa de m'emmener;

mais à la manière dont je refusai son offre obligeante comprenant que

la délicatesse seule avait dicté mon refus, il n'osa plus insister,

mais il tenta encore quelques démarches en ma faveur qui, grâce à Dieu,

et loin de son attente, eurent un plein succès. Il vint tout ému et

tout joyeux, m'annoncer cette bonne nouvelle. Il avait obtenu un emploi

de machiniste chez un des personnages les plus riches du pays, qui

avait précisément besoin de quelqu'un pour surveiller et diriger les

travaux de son immense récolte, pour laquelle il avait intention de

n'employer que des machines.

Force me fut de me soumettre à un changement de résidence et de quitter

Quillotte, où j'avais déjà fait quelques aimables connaissances chez

lesquelles je passais tous mes moments de loisir; ce qui calmait un peu

mes tristes pensées et par conséquent apportait quelque amélioration

dans l'état de ma santé.

Je partis en compagnie de mon nouveau patron pour l'une de ses fermes

appelée Las Massas, distante d'une dizaine de lieues de Quillotte. Je

me trouvais ainsi rétrograder vers la route que j'avais déjà parcourue

à mon arrivée, en suivant toutefois un chemin différent et des plus

pittoresques.

Lorsque nous arrivâmes à destination, Don Césario (mon patron) après

m'avoir présenté à sa famille me conduisit à l'immense champ dont

le travail allait m'être confié. Il me laissa le soin d'indiquer

l'emplacement convenable pour les machines, ainsi que celui où je

voulais que l'on me construisît un rancho, devant habiter ce lieu même

pour y exercer une continuelle surveillance.

Je m'étais bien engagé à diriger les travaux, mais non à monter les

machines, ce dont je me trouvai cependant chargé à mon grand regret,

craignant de ne pouvoir m'acquitter de cette opération difficile;

mais, ne trouvant personne dans le pays qui fût capable de faire

cette besogne, il fallut bien me résigner à en faire l'essai. J'eus

le bonheur de réussir au-delà de mon attente. Outre cette occupation,

qui n'était nullement de ma compétence, il me fallut encore dresser

des chevaux et des bœufs pour faire fonctionner ces machines à battre

et à vanner qui, dans ces contrées, ne pouvaient être mues qu'avec le

secours des animaux.

Plusieurs jours se passèrent dans cette occupation difficile autant

que désagréable, qui eut pour premier résultat d'occasionner quelques

avaries qu'il me fallut réparer moi-même.

Enfin, commencèrent les fonctions pour lesquelles j'étais engagé;

fonctions d'autant plus difficiles, que je me trouvai tout-à-coup

entouré d'une soixantaine de paysans fort grossiers, et pour la

plupart très-rétifs; dès les premiers ordres que je leur donnai, ou

les premières observations que je leur fis, ils entrèrent dans la voie

de la rébellion et me menacèrent. Fort heureusement pour moi, j'étais

habitué depuis longtemps au danger, et ma fermeté décontenança le

plus grand nombre d'entre eux; quant aux autres je les chassai, après

avoir avisé Don Césario de leur conduite: par mesure de prudence, et

connaissant à fond le caractère traître et vindicatif de ces êtres de

pure race indienne, j'empruntai les pistolets de mon patron. Bien m'en

avait pris d'agir ainsi; car les mutins expulsés eurent l'effronterie

de revenir avec l'intention d'ameuter les autres contre moi, contre

le _gavacho_--l'étranger, l'homme de rien.--Jugeant à l'attitude

de mes ouvriers qu'ils se laisseraient bien vite entraîner si je

faiblissais, je m'élançai au-devant des meneurs, et les sommai de se

retirer à l'instant. L'un d'entre eux, plus hardi que ses compagnons,

ayant levé la main pour me frapper, je démasquai incontinent mes

pistolets, en leur disant que je tirerais sur celui qui ferait un pas

de plus. La vue de ces armes qu'ils étaient loin de supposer en ma

possession, bien qu'elles ne fussent point chargées, les rendit aussi

lâches qu'ils s'étaient montrés arrogants. Ils s'en furent l'oreille

basse, et convaincus qu'un _gavacho_ n'était pas homme à se

laisser intimider par des gens de leur espèce.

Toutefois, ce genre de triomphe qui me valut désormais la

considération des plus raisonnables, me dégoûtait et me déplaisait

extrêmement. Aussi écrivis-je à Don Césario, qui était alors alcade,

que s'il ne trouvait moyen d'empêcher ces débordements furieux,

j'abandonnerais les travaux qu'il m'avait confiés, aux risques, pour

lui, de perdre sa récolte. Il s'empressa de venir me trouver pour se

concerter avec moi sur les mesures à prendre. Nous réunîmes les péons

auxquels il fit lui-même la paye. Il renvoya instantanément tous ceux

que je lui désignai comme ayant fait partie de la cabale, et les menaça

de la prison en cas de récidive. Il annonça en outre aux autres, qu'il

me conférait ses pleins pouvoirs pour leur commander, les chasser, ou

les faire incarcérer si besoin était. Depuis ce moment aucun d'entre

eux ne donna lieu à des reproches sur sa conduite.

Mais par suite, je n'eus guère lieu de me louer des procédés de Don

Césario, qui après m'avoir promis une rétribution convenable, jugea

à propos de la réduire considérablement. En ma qualité d'étranger,

n'ayant personne pour me faire rendre justice, il fallut me résigner

à perdre un gain bien mérité, et qui m'eût été d'un grand secours. Je

séjournai cependant quelque temps encore à la ferme de Las Massas, sans

pouvoir me rendre à Quillotte, car don Césario, piqué de ce que je lui

avais reproché sa mauvaise foi, me refusait les moyens d'y retourner.

Pourtant au bout de quelques jours, ayant songé que son obstination lui

coûterait au moins ma nourriture et mon logement, il me fit prêter un

cheval.

Je partis sans savoir ce que je deviendrais, sans asile, et presque

sans argent, mais le cœur rempli d'aise en rompant toute relation

avec Don Césario dont j'avais eu beaucoup à me plaindre; je n'étais

resté aussi longtemps, que par considération pour son frère Don

Matys-Ovaillo, qui m'avait comblé de ses bienfaits et auquel j'avais

voué une grande reconnaissance.

De retour à Quillotte, je revis la plupart des connaissances que j'y

avais faites; chacun me reçut à bras ouverts, et voulut me garder

quelques jours; M. Barthès, ayant eu connaissance de mes ennuis,

m'écrivit pour m'engager à me rendre au plus vite à Valparaiso, où il

espérait, disait-il, me caser sous peu, d'une manière définitive. Je

fus donc forcé de refuser toutes les offres aimables qui m'étaient

faites avec tant d'instances. Il me restait heureusement une piastre,

qui servit à payer ce voyage de vingt cinq lieues que je fis en chemin

de fer. Deux heures suffirent pour franchir l'espace qui sépare

Quillote de Valparaiso, où j'arrivai après avoir côtoyé la mer pendant

plus d'une lieue.

Dans la gare, j'aperçus bientôt M. Barthès duquel j'avais été séparé

pendant plus de trois mois. Grande fut ma joie de retrouver cet

excellent et respectable ami qui me reçut à bras ouverts. Sa femme,

son fils Paul, qui avait à peu près mon âge, et sa fille, qui étaient

aussi très-désireux de me connaître, avaient aussi pris la peine de

l'accompagner, et me firent l'accueil le plus touchant. Nous nous

rendîmes ensemble à leur habitation, située sur les hauteurs qui

dominent le port, et à laquelle nous n'arrivâmes qu'en gravissant la

_Quèbrada de l'Almendral_--gorge de l'amandier--.

Mon ami m'engagea presque aussitôt à suivre Paul, son fils, qui

m'emmena dans sa chambre où il me força bon gré mal gré à revêtir ses

propres vêtements. Je fus très-touché et très-ému de cette marque

d'amitié et de considération, mais vraiment gêné sous le costume

élégant que j'avais endossé; car depuis mon départ de Buénos-Ayres j'en

avais perdu l'habitude. Quand je redescendis, et qu'à l'aide d'une des

glaces du salon je pus me rendre compte de ma subite transformation,

au lieu d'en être satisfait, j'éprouvai presque un coup terrible, car

malgré moi, tout un monde de souvenirs douloureux m'assaillit.

Le bienveillant empressement et la sollicitude de la famille Barthès

triomphèrent heureusement de cette profonde tristesse, qui faillit

cependant me reprendre encore lorsque nous fûmes à table. Entouré

de ces dignes personnes qui me rappelaient d'autant mieux mes chers

parents, que je leur entendais fréquemment prononcer le nom de Paul qui

était celui de mon frère bien-aimé, je ne pouvais détourner ma pensée

de ma chère patrie et des êtres chéris que j'y avais laissés. Vers la

fin du repas pourtant, je fis meilleure figure, car les efforts de mon

infatigable ami m'amenèrent à partager la gaîté et l'entrain de chacun.

La délicatesse de mes amphytrions était poussée à un tel point, que

malgré leur vif désir d'entendre de ma bouche même le récit de mes

malheureuses aventures, il se passa plusieurs jours sans qu'ils me

fissent la moindre question, dans la crainte de raviver mes chagrins.

Comme ces dames m'entretenaient souvent au sujet de ma famille je leur

en fis voir les portraits, en leur expliquant de quelle manière j'étais

parvenu à les conserver jusqu'alors; ce qui éveilla leur curiosité au

plus haut point, et me procura l'occasion de leur raconter l'histoire

de ma captivité.

Bien que je me trouvasse très-heureux d'être aussi choyé que dans

ma propre famille, il me coûtait néanmoins beaucoup de rester dans

l'inaction, où m'avait plongé depuis trois jours l'attente de l'emploi

que m'avait fait espérer Monsieur Barthès, et lequel était encore à

trouver; car je m'aperçus que cela n'avait été de sa part qu'une ruse

délicate pour me faire accepter un asile chez lui. Ne voulant pas

abuser de l'extrême bonté de cette famille, je cherchais activement à

me caser. Pendant plusieurs jours, mes démarches furent infructueuses,

ce qui augmenta considérablement ma tristesse.

Ces messieurs Barthès, auxquels je m'étais bien gardé de communiquer

le sujet de ma vive préoccupation, firent tout au monde pour me

distraire. A force d'instances, ils me décidèrent à les accompagner

au théâtre; c'était la première fois que j'y allais depuis mon départ

de France; bien que la salle fût splendide, et que l'on jouât les

_Diamants de la Couronne_, mon esprit était ailleurs. Lorsque

le premier acte fut fini, mes amis me conduisirent au foyer, où se

pressait une foule aristocratique de toutes les nations, dont la mise

élégante ajoutait encore à l'éblouissante décoration de cette salle.

Après avoir joui pendant quelques instants de ce magnifique coup d'œil

nous retournâmes à nos places pour le lever du rideau.

Il y avait à peu près un quart d'heure que le second acte était

commencé, quand s'éleva derrière nous une conversation très-animée,

qui n'avait cependant rien d'hostile: les mots, c'est lui, c'est lui,

fréquemment répétés par l'un de mes bruyants voisins, m'ayant fait

tourner la tête, je fus très-agréablement surpris en reconnaissant une

personne que j'avais connue à Mendoza, et dont toute l'attention ainsi

que celle de son compagnon paraissait particulièrement fixée sur moi.

Je me levai aussitôt pour saluer; mais je devais marcher de surprise en

surprise, car ainsi qu'elle, l'autre personne me tendit la main en me

faisant toutes sortes de démonstrations amicales, et en m'appelant par

mes noms. Je sus bientôt le mot de l'énigme: ce Monsieur qui m'était

inconnu, était arrivé à Buenos-Ayres quelque temps après moi, et à

l'instigation de sa famille qui était liée avec la mienne, n'avait

cessé de s'informer à mon sujet. Il correspondait depuis longtemps avec

mon excellente mère qui, six mois après ma capture par les Indiens,

avait été instruite de ce fait par les bons missionnaires, et par un

savant bien connu, Monsieur Bravard, auquel l'amour de la science causa

une mort terrible et prématurée; il périt sous les décombres de la

superbe Mendoza dont il n'avait que trop judicieusement prédit la ruine

prochaine quelques jours auparavant.

Monsieur Edmond Carré, tel est le nom du charmant et obligeant

compatriote avec lequel j'eus le bonheur de faire plus ample

connaissance dès le lendemain, avait, par un pressentiment

extraordinaire, conservé quelques lettres de ma mère, dans la prévision

qu'un hasard providentiel pourrait nous faire rencontrer. Mes amis

Barthès, dont j'avais reçu tant de marques de sympathie, partagèrent

la joie que j'éprouvais de cette heureuse rencontre, qui n'aurait sans

doute pas eu lieu sans leurs pressantes instances pour me faire prendre

quelques moments de distraction. Je fus d'autant plus enchanté de cette

circonstance inespérée, qu'il en résulta une conversation qui ne fit

que confirmer la véracité du récit que j'avais fait de mes malheurs à

la famille Barthès.

Ce fut par l'intermédiaire de monsieur Carré que me parvinrent des

lettres de ma famille, lesquelles me mirent dans la possibilité de

revenir en France.

Pendant un séjour de plusieurs mois à Valparaiso, malgré toute

l'obligeance de mes amis Barthès et Carré, je ne trouvai que de

pénibles emplois qui finirent par altérer complètement ma santé. Là,

cachant soigneusement à mes amis ma triste position, je me trouvai,

comme à travers la Pampa et au sein des Cordillières, réduit plusieurs

fois à la famine. J'étais accablé de douleurs, me voyant partout et

toujours, poursuivi par le même sort: au milieu d'êtres civilisés je

fus souvent réduit, pour me reposer de mes fatigues du jour, à coucher

dans une mansarde sans toiture, où j'étais exposé sur un grabat au vent

glacial et à une pluie torrentielle qui m'engourdissait les membres, et

ravivait mes blessures à un tel point que j'avais toutes les peines du

monde à me remettre sur pied.

Ces tristes emplois même me manquèrent à plusieurs reprises; parfois

je me vis dans l'obligation de me contenter de deux ou trois bouchées

de pain pour toute ma journée, et de m'introduire furtivement dans

des écuries où je partageais la litière d'animaux qui, plus heureux

que moi, avaient au moins une nourriture suffisante pour calmer leur

appétit.

Accablé de désespoir et de plus en plus malade, je me décidai, ainsi

qu'on me l'avait conseillé, à me présenter chez M. Cazotte, consul de

Valparaiso. Ce fonctionnaire me fit le plus bienveillant accueil, en me

félicitant sur mon heureux retour à la liberté. Il m'apprit que depuis

longtemps il avait reçu du gouvernement des ordres me concernant,

et il me fit voir un énorme dossier dans lequel étaient classés les

différents articles qu'il avait fait publier pour moi dans tous les

journaux Chiliens: c'était le résultat des démarches que ma famille

avait faites près de Monsieur Limpérani, consul général de Santiago, et

auprès des missionnaires. Monsieur Cazotte eut ensuite la bonté, avant

de me faire embarquer sur la corvette _la Constantine_, de me

munir de tout ce qui m'était nécessaire pour la traversée.

Huit jours après mon entrevue avec le consul, le départ du bâtiment

pour la France devant avoir lieu irrévocablement, je me rendis chez

mes excellents amis Barthès pour leur faire mes adieux, et leur

témoigner encore une fois de ma sincère gratitude. Ce ne fut pas sans

une vive émotion que je me séparai de ces excellentes personnes, dont

le souvenir ne saurait s'effacer de ma mémoire, non plus que celui de

Monsieur Carré qui avait agi à mon égard avec autant de bienveillant

intérêt que si j'eusse été un de ses parents.

Comme à Valparaiso, sur le navire qui me ramenait en Europe, mon

esprit, accablé par de longues misères, n'était ouvert qu'à deux

préoccupations: le besoin de revoir la France et tous ceux que

j'aimais, puis une lutte incessante contre les réminiscences de ma

captivité.

De même que Mungo Park, échappé à la tyrannie des Maures du Sahara, je

fus longtemps à croire à ma délivrance. Il me fallut, ainsi qu'à ce

grand voyageur: l'Océan traversé, le retour dans la patrie, le calme

réparateur du foyer paternel, pour délivrer mon sommeil des visions, et

mon cerveau des fantômes évoqués par le souvenir odieux des brigands du

désert.

FIN.

NOTES

A

La Viscacha ou _Trouly_ en indien est fort commune au Sud de

Buenos-Ayres. Cet animal creuse des terriers comme les lapins, avec

nombre d'issues rapprochées les unes des autres et le plus souvent

aboutissant à des chemins. Il habite en famille, il consomme l'herbe

des environs. Il n'est pas rare de le rencontrer dans des jardins où

il cause de grands dégâts, ou bien encore dans des champs ensemencés.

Il ne sort que de nuit, au moment du crépuscule sans jamais s'éloigner

beaucoup. Sa longueur varie de 20 à 25 pouces, non compris la queue,

son corps est trapu, la tête grosse et jouflue, l'oreille grande, l'œil

grand, le museau obtus et velu, il a la gueule et les dents du lièvre.

Le train inférieur est beaucoup plus haut que le postérieur, il a des

soies fort longues qui lui tiennent lieu de moustaches, et qui sont

fort dures. La chair de cet animal est très-blanche, très-tendre, mais

aussi très-fade, cependant bonne à manger étant bien accommodée.

B

_Gnayu-u d'Azara: cervus compestris_ de F. Cuvier. Sorte de

chevreuil qui diffère de l'espèce européenne par sa gorge blanche.

C

Le céton,--_mamouël céton, ou careux céton_--n'est autre chose

qu'une sorte de chardon auquel les Indiens donnent l'un ou l'autre de

ces noms, selon qu'il est vert ou sec. Vert, il s'appelle _careux

céton_, sec, _mamouël céton_.

Ce chardon, fort commun dans certains parages où il y pousse avec une

très-grande rapidité, diffère totalement de celui que nous connaissons

en France, c'est une tige ronde fort droite, qui atteint souvent plus

de deux mètres de hauteur et dont le diamètre varie de 1 à 2 et même

jusqu'à 2 pouces 1/2, et qui est armée, pour ainsi dire, dans toute sa

longueur, de feuilles longues et étroites ayant forme d'angles aigus et

hérissées d'une grande quantité d'épines. Le sommet de cette tige est

couronné par une agglomération de petites feuilles ayant l'aspect d'une

boule.

Les Indiens sont généralement très-friands de cette plante qui, dans

les commencements de sa croissance, leur est d'un grand secours pour

la préparation de certains mets, tels que: 1º Le _Tchaffis-céton_

mélange de lait et de petits morceaux de tige de ce chardon, qu'ils

font fermenter et dont ils se régalent aussi souvent que possible. 2º

Le _Hilo-Céton_, chardon cuit sous la cendre et toujours mêlé à de

la viande crue ou bien encore à demi cuite.

Ils en mangent aussi à l'état de crudité et je m'en suis régalé

quelquefois aussi; car dans son état naturel je lui trouvais beaucoup

d'analogie avec le céleri.

Une fois sec, ce gigantesque chardon dont la tige est devenue creuse

et fort dure, sert de bois--mamouël--aux Indiens de la plaine qui,

durant les trois quarts de l'année, n'ont d'autre combustible à leur

disposition que des--_mey-vacas ou mey-potro_ fientes de bœufs

ou de chevaux séchées--ou bien encore des _Foros_ et de la

_yiéouine_, c'est-à-dire des os et de la graisse.

D

Ou montagne à fenêtres, ainsi nommée par les Hispanos-Américains, en

raison d'une brèche qui vue d'un point sud-est ressemble à une fenêtre,

qui la traverse de part en part. Cette montagne a plus de cinquante

lieues de circonférence à sa base, mais étant placée sur un terrain

ascendant, il résulte que bien qu'elle soit éloignée de plus de treize

lieues du rivage, il semblerait en la voyant du large, qu'elle fait

partie de la côte.

E

La Plata, the argentine confédération and Paraguay etc. Ou

explorations du bassin de la Plata, exécutées dans les années 1853-56

d'après les ordres du gouvernement des États-Unis, par Thomas Page,

commandant de l'expédition. Londres 1859.

[Illustration:

CARTE

DES PAMPAS

de Buenos Ayres

et de la

PATAGONIE ]

TABLES DES MATIÈRES

Chapitres pages

AU LECTEUR I

I.--Comment il se fait que je pars pour Montévidéo.--Dans

quel but j'entreprends ce voyage 1

II.--En quelles mains j'étais tombé 35

III.--La Pampa et les Pampéens 96

IV.--De la religion des Indiens 145

V.--La médecine chez les Indiens 152

VI.--Engraissement des chevaux.--Abattage d'un

cheval.--Principale nourriture des Indiens

pendant la belle saison.--Du tatou.--Un évènement

tragique 164

VII.--La musique chez les Indiens.--Leurs divers instruments.

--Jeux 177

VIII.--Projets de fuite.--Désespoir.--Changement de

position.--Je deviens secrétaire des Indiens 185

IX.--Orgies des Indiens.--Leurs différentes boissons.--Je

me construis une case.--Sciences des

Indiens 222

X.--Fêtes religieuses des Indiens 237

XI.--Comment la politique des Provinces unies de la

Plata vint influer sur ma destinée.--Le général

Urquiza.--Délivrance.--Orgie générale 252

XII.--Rio Quinto et mon départ pour Mendoza 270

XIII.--Mendoza 279

XIV.--Départ de Mendoza.--Passage de la Cordillière.--Séjour

au Chili.--Retour en France 287

NOTES 333

FIN DE LA TABLE.

Abbeville.--Imprimerie de P. Briez.

Trois ans d'esclavage chez les Patagons · 第 14 / 14 段