Et au fond qu’y comprenait-il? Jamais il n’avait pu lire un volume de

philosophie jusqu’au bout. La suite des idées et surtout les

conséquences générales lui échappaient. Pour qu’il distinguât les lignes

des détails, il lui fallait auparavant lire le manuel qui résumait

l’œuvre, souligner les phrases typiques. Obligé de compter avec les

philosophes pour ses examens, il n’avait pu se les rendre familiers

qu’en les unissant, dans son esprit, sur une large fresque. Il imaginait

la philosophie comme le fait un peintre. Au centre le vieux Descartes,

obséquieux avec les hommes, chassant les chiens; Kant l’égoïste, qui

fumait, qui ronflait, qui allait cracher; et Démocrite et Héraclite qui

évitaient avec le même bon goût, en si parfaite compagnie, de rire et de

pleurer; et Spencer avec son ban d’Australiens; et Beethoven auquel on

devait bien cela; et les Futurs Métaphysiciens, enfants pensifs

accroupis au milieu de leur cerceau tombé. Il les logeait dans un monde

moyen, le monde composite des mondes qu’ils avaient créés; où l’eau

était tout; où l’eau n’était rien; au milieu de cet air follet où toutes

les pensées ont la même densité, où les lauriers, les citronniers

distillent avec rage la sève commune; où des potagers carrés sont

plantés d’arbrisseaux réguliers et symétriques, qui donnent par la

greffe la flore universelle, de même que les chiffres de la table de

Pythagore, combinés, donnent le monde.

* * * * *

Vous souvient-il, mon amie, du jour où nous avons retrouvé le

phonographe dans lequel, voilà dix ans, vous aviez récité un poème

anglais. Vous écoutiez avec angoisse l’écho de votre voix de jeune fille

prononcer des mots que vous ne compreniez plus. Ainsi Bernard, de sa

fenêtre, au clair de lune, contemplait ce cachet sans initiales sur

l’impénétrable nuit, et se trouvait gêné par un tel calme, et se sentait

emprunté devant le firmament, et ne pouvait comprendre toutes les

émotions de son enfance qui revenaient ce soir vers lui et ne le

touchaient plus, comme des pigeons voyageurs longtemps égarés qui

retrouvent leur colombier en ruines. Chacun de ses sentiments s’était

engourdi à mesure que son imagination devenait plus active et plus

précise. Ainsi qu’une liqueur injectée dans une plante la conserve, mais

la tue, il ne savait quelle étude malfaisante avait un beau jour

desséché les joies et les peines de sa jeunesse et les lui laissait là,

intactes et décolorées comme des pièces d’herbier. Il se rappelait, il

ne pouvait revivre le temps où il se mettait lui-même au lit, en plein

jour, pour pleurer sans avoir le souci de se tenir en équilibre; où son

chat venait le rejoindre; où ses regards, peu à peu éclaircis, pour

traverser le gouffre immense du plafond, suivaient une fente capricieuse

dont les méandres faisaient désespérer de gagner jamais la corniche; où

il étreignait les arbres dans la forêt pour savoir leur grosseur, pour

savoir son envergure; où le moindre étang rejoignait l’océan et laissait

miroiter tous les trésors, armures et statues engloutis dans les

naufrages. Il n’était plus rêveur. Il n’était plus douillet. Les défauts

et les qualités n’avaient sur lui aucune prise, et dans ses rêves même

la désolation et le mystère rarement passaient. Il ne voyait plus pour

le sauver de cet engourdissement, que la musique. Il pleurait,

autrefois, par une nuit semblable, quand le moindre violon jouait, quand

le vent du soir attisait l’étoile polaire. Il fallait qu’il pleurât

cette semaine. Demain, dès son arrivée à Paris, il irait au concert, il

écouterait surtout le hautbois, le violoncelle, tous les instruments

dont la voix est à notre hauteur et qui n’ont pas plus de gammes que

nous n’avons de peines. La main sur les yeux, il entendrait sa voisine

respirer, et soudain, blâmant les harpes, le cor anglais éclatera...

Il ferma la fenêtre. Il avait oublié que dans le pin le plus proche, des

rossignols nichaient. Il ne s’apercevait plus que les oiseaux chantent.

* * * * *

Un peu avant l’aurore, d’un coup, comme un scaphandrier qui perd ses

semelles de plomb, il fut rejeté hors du sommeil. Etait-ce en lui,

était-ce dans sa chambre que deux objets s’étaient heurtés? Un de ses

amis venait-il de mourir aux colonies, en pleine brousse, ou un étranger

s’agitait-il dans le placard? Il attendit, les bras croisés, immobile,

pour ne pas provoquer au crime définitif le voleur qui hésitait

peut-être encore...., en entr’ouvrant les paupières, au cas où son ami

serait devant lui, en longue robe blanche, rendant sa dernière visite.

Il prononça à tout hasard la phrase classique qui donne un prétexte à

sortir de la chambre sans mettre les bandits en éveil.

--Voilà bien ma chance. J’ai oublié mes allumettes au salon.

Elles étaient d’ailleurs bien inutiles. Un rayon de lune balafrait le

plafond; la veilleuse y projetait des cercles. On aurait pu, la veille

d’un examen, repasser là-haut toute sa géométrie. Un silence hostile

faisait de la chambre un cube parfait. La nuit, les choses ne

reconnaissent leur maître que s’il les appelle, comme les chiens.

Bernard appela par leur nom les plus revêches.

--Bonjour, pendule!

Elle se mit à ronronner; une minute, et elle sonnerait.

--Salut, Bucéphale!

Au premier plan d’une gravure usée, le prince héritier de Macédoine

enfourchait son coursier qui frémissait encore, l’avant-main déjà

soumise, l’arrière-main encore rétive; et il n’était point étonnant

qu’il ait eu peur de son ombre; face au soleil elle était encore trois

fois plus grosse que lui. Bernard continua à nommer quelques objets

parmi les plus fragiles, quelques parents, parmi les plus chers; il lui

semblait que tout ce qu’il ne caresserait pas ainsi d’une parole aurait

dans la journée une mauvaise fortune. Déjà, la nuit de la Saint

Sylvestre, il notait sur un carnet les prénoms de ses amis désirés, les

titres et les sous-titres de ses ambitions ou de ses sentiments. Mais

allait-il falloir à chaque réveil prendre les précautions qui jusqu’ici

lui servaient une année? Tant de droits à acquitter à la porte du jour!

Comme il devenait difficile de vivre.

Sur la terre feutrée, la première tache de soleil s’élargissait sans

obstacle. Dès qu’elle eût gagné le moulin de la ville, il s’arrêta,

comme une montre que l’eau submerge. Tout se taisait d’ailleurs, excepté

une alouette qui montait peu à peu, les yeux fixés sur le soleil,

croyant ombrager son nid; excepté un boulanger, au fond du cours

Marceau, qui cuisait ses pains dans le sein de la terre. Sur le mur d’en

face qu’on allait recrépir, apparaissaient les dessins laissés par le

lierre arraché, des mille-pattes, des coupures, des triangles plus nets

que ne les imprime, sur la grêve, la marée descendante. L’heure du

reflux d’ailleurs approchait; les volubilis se haussaient vers les

croisées. Bernard prit le parti de s’éveiller gaiement. Il avait ses

raisons. Il avait lu en se couchant un conte où deux amoureux se

poursuivaient en riant dans le lit, à coups d’oreillers et il concevait

à merveille, ce matin, l’amour folâtre. Il se promettait, le jour où il

deviendrait l’ami de Dolorès, d’écarter de leur passion toute allure

fatale. Ils se pousseraient, le matin à grands coups de pieds sur la

descente de lit, alternativement, selon l’heure de leurs cours; il lui

ferait de fausses papillotes; elle lui couperait une nuit la moustache.

Il feindrait au réveil d’avoir perdu sa force et essayerait en vain de

soulever une allumette. Il en avait assez des silences chargés, des

lèvres amères; pour s’entraîner; il tira ses couvertures d’un geste,

agita ses jambes au dessus de sa tête, se précipita vers sa cuvette où

il barbota, et, entendant du bruit, se dirigea en imitant les danseurs

russes vers sa fenêtre.

C’était un régiment qui passait, revenant des manœuvres. Encore séparés

par le sommeil, les hommes à peine causaient. Ils étaient au pas de

route: chacun, l’ancien fermier, l’ancien comptable, l’ancien plongeur,

suivant la cadence qu’il allait aux champs, à l’atelier, au restaurant,

mais tous marchaient à la même vitesse et Bernard trouvait effrayant que

ce garçon de ferme eût ainsi à vivre deux fois plus vite, ce garçon de

café deux fois plus lentement. Pauvre armée! Tous les problèmes de

l’équipement paraissaient, à cette heure, si vains, si vides: la

suppression des capotes, des képis pompon, des tambours, l’adoption

d’épaulettes noires pour les enterrements, quels passe-temps pour

occuper des hommes! Et cependant, à sa fenêtre, malgré lui, il affectait

l’allure militaire, il regardait sacs et vareuses en homme du métier; il

souhaitait que les soldats affaissés, en le voyant ainsi froncer le

sourcil, le prissent pour un officier en civil et rectifiassent la

position. Mais il ne réussit qu’à faire sourire un adjudant trapu, sur

lequel la médaille militaire s’étalait isolée comme sur une panoplie.

Pauvre adjudant! Pauvre chien du quartier! Il ne lui en voulait point.

Car ce n’était pas seulement par impuissance à les contredire que

Bernard donnait toujours raison à ses interlocuteurs, c’est qu’il en

avait pitié. Il s’en rendait compte maintenant: ce sentiment de gêne

qu’il éprouvait vis-à-vis des plus faibles et des plus forts, ce désir

de prendre leur main, cette répulsion à effleurer leur peau, c’était la

pitié. S’il les flattait, s’il affirmait à l’oncle Golaud qu’il aurait

voulu être officier, à Dolorès qu’il aurait voulu être femme, c’est que

femmes et officiers sont décidément bien à plaindre. Et ils n’étaient

pas les seuls: Il y avait aussi les pauvres journaliers de Bonneuil ou

de Pantin qui rataient leurs tramways, voulaient monter pendant la

marche, roulaient dans la boue; les vieux professeurs de piano qui

agitent sans relâche, entre deux leçons, leurs doigts de jour en jour

plus raides et repassent à vide leurs sonates; des filles portaient

d’immenses manteaux en fausse hermine; les chevaux glissaient; les

animaux bizarres du jardin des Plantes, outres biscornues, déversaient

sur notre climat, haleine par haleine, une vie inutile. Un jour, on

présenta Bernard au plus riche financier de Paris; c’était un petit

homme à barbe pommadée, qui grasseyait, dont le nez était rouge en été

et violet en hiver; il en eut pitié. Il entendit à l’Opéra Miss Gregor

dans Marguerite: ses regards immenses voyaient à travers les mille

spectateurs: pour elle, ni la pesanteur, ni le désir n’existaient. Elle

eût tendu sa main à travers les murailles. Elle eût laissé se tuer à ses

pieds, sans se douter de sa cruauté et de leur malheur, les trois

sous-officiers de cavalerie voués chaque année à la passion, d’après les

statistiques: il en eût pitié.

C’est ainsi que sa compassion faisait une escorte discrète aux plus

vigoureux et aux plus puissants. C’est ainsi que les ambulances déjà

terminaient le défilé du bataillon. Vinrent encore de pauvres chiens,

qui suivaient les voitures, croyant à une vraie guerre. Vint encore le

camion de la cantinière; sa lanterne était encore allumée: c’était tout

ce qui restait de la nuit. L’horloge sonnait six heures et Bernard

s’habilla. En se baissant pour fermer sa valise, il se vit dans la

glace, courbé, congestionné, mal rasé. Il eut pitié de son reflet.

* * * * *

Une fois que le convoi l’eût ravi à son bourg, à sa famille, il se

sentit rasséréné. A nouveau, avec le compartiment de première classe

pour écluse, il pénétrait dans ce monde paisible où il ne trouvait ni

secrets ni accidents. Unique spectateur à nouveau, il laissait

personnages et décors s’évertuer à rendre plus vraisemblable la pièce

anodine qui se jouait. Les bouteilles lancées par les portières se

cassaient, selon les avis affichés aux cloisons, en d’autant plus de

morceaux que la vitesse du train était plus grande. Le rythme des

essieux scandait toute chanson. Les bibliothécaires vendaient sans

préférence des journaux qui n’étaient ni d’hier ni de demain. Bernard

les acheta et les lut avec l’assurance du chrétien qui ouvre au hasard

la Bible pour y trouver un conseil. Il y avait dans chaque journal une

nouvelle qui lui était destinée.

Etait-ce l’avènement de cette princesse saxonne? Etait-ce la mort de

Miss Gregor de l’Opéra? Miss Gregor s’était suicidée. Du moins, on

l’avait trouvée étendue sur son lit, sans trace d’asphyxie, sans

blessure, et, pour qu’on ne touchât pas à son corps, dans une lettre,

elle donnait sa parole d’honneur qu’elle ne s’était pas non plus

empoisonnée. Elle avait découvert une mort nouvelle. Le journaliste

apitoyé se haussait aux idées générales. Il prétendait que le Destin de

l’homme n’est que le hasard, que celui de la femme est une inéluctable

logique. Il donnait des exemples, Napoléon, Jeanne d’Arc. Ses moindres

mots dans une occasion aussi solennelle, mettaient leurs majuscules.

Ainsi revêt son uniforme, pour un enterrement de famille, un sous-préfet

novice.

Bernard aimait se soumettre une minute aux théories les plus enfantines.

Elles guidaient, elles éveillaient son imagination. Le Destin de l’homme

est le hasard? Il se surveilla: en effet, ses mains une fois se

crispèrent sans raison, ses yeux une fois devinrent humides; il eût un

désir incompréhensible de casser une vitre. Il fit la contre-épreuve, il

essaya d’imaginer une femme vraiment libre, il tenta de diriger les

héroïnes de l’histoire ou de la légende vers une existence de médiocrité

et de repos. En vain. Il ne pouvait, dans son imagination même arriver à

déplacer d’une ligne leur destin, même en les traitant, ce qu’avait

dédaigné Othello ou Henri VIII, avec beaucoup d’indulgence, avec un peu

d’intelligence.

Il voulut empêcher la guerre de Troie. Il mit sa tête dans ses mains.

--Je suis Ménélas. Assis sur le toit de mon palais je regarde s’enfuir

celle qui m’a trompé. Je ne la poursuivrai point; elle filera en paix

une laine étrangère. Sa trirème disparaît dans ce qui reste de lumière.

Elle tire à elle tout le jour: souvent, au cours de nos nuits communes,

je dus me réveiller comme aujourd’hui, découvert et tremblant. Un long

rayon de la lune complice efface jusqu’à son sillage. Il n’y a plus sur

la mer, pour nous guider, que les roses tombées de la poupe. Partons,

elles surnagent encore. Partons... A moins que ma terrasse ne tangue et

ne roule, berçant ma peine. Partons, pour être sur un vaisseau.

Troie devait périr. Il voulut du moins sauver Desdémone.

--Elle est là. Elle feint de dormir. Elle dort. Mes mains sont nouées

autour de son cou, mais que seulement elle tressaille, qu’elle ébauche

un geste, dans son sommeil, et je ne la tuerai pas... Que le plancher

seulement craque; qu’une de ces fleurs s’effeuille, et je ne la tuerai

pas... Horrible silence, horrible surdité. Qu’elle meure!... Ombre de

cet oiseau, et toi, grondant tonnerre, et vous cortèges de gondoles avec

vos chœurs, vous êtes en retard d’une seconde!

Ophélie?

--Pour Ophélie, elle m’agace. Elle se noie? Qu’elle s’arrange pour

flotter. Si je l’aimais? Je l’aimais, certes, mais ses yeux étaient

comme une mer impitoyable qui renvoie à la côte tous les morts. Même en

ses jours de gaieté, y revenait toute la tristesse de la veille, par

épaves...

Le train s’arrêtait. Une femme monta. Bernard se penchant vers la

portière opposée ne tourna pas les yeux, se réservant de la contempler

tout à l’heure. On approchait de Paris. Déjà il regardait sans émotion

cette campagne dont il avait cru les jours précédents entendre battre le

cœur. Déjà, pour en saisir malgré elle-même le pittoresque, il reprenait

ses ruses de littérateur. Il s’imaginait ne l’avoir jamais vue; il

découvrait dans les chiens les dents du loup; la forme des cases

romaines dans les chaumières; il apercevait galopant des animaux alezans

et bais tout semblables à des licornes. Dans l’Ile de France qu’un

bonheur uniforme a patinée, il retrouvait la trace de chaque siècle, il

voyait le paysage par tranches comme un géologue voit les terrains:

d’abord les jardins Louis XV, la coquille vide de Vénus au fronton de la

grille, Vénus elle-même sous un temple rond; les maisons Empire, par

îlots, avec leurs tilleuls; les maisons Henri IV blanches et rouges, de

brique protestante, de pierre catholique. Son imagination dissociait les

éléments de ce jour parfait; il devinait la terre ronde, il sentait en

pleine clarté des étoiles au dessus de lui; il traînait comme un boulet

la force qui le rivait au sol. Il animait le monde d’un faux mouvement;

du train qu’il proclamait immobile, il lâchait vers l’horizon, comme une

élastique qu’on détend, les villages, les bosquets que ses yeux avaient

retenus une seconde. Il éprouvait aussi le besoin de mettre un drame

dans sa pensée:

--Regarde cette femme, Bernard.

--Ne la regarde pas. Te voilà au carrefour de deux chemins et perdu à

jamais si tu choisis le plus facile. Cette femme est celle que tu

rencontras la veille de son départ. Elle te sourit. Ne la regarde pas.

Toi qui as vingt-trois ans, toi qui reconnais aux plis de leurs

paupières les hommes intelligents, toi qui fus averti, par des

pressentiments, de deux ou trois terribles catastrophes, garde ta

solitude, et ta dignité. Tu seras grand: le ciel se fait pour toi plus

bleu, la plaine plus verte. Pour toi frémit la campagne de Virgile et de

Ronsard. Au bord des nids trop ronds bégayent des oiseaux ovales. Les

avettes autour des cassis bourdonnent si activement qu’on ne voit plus

les rayures de leur corset. De l’étang, à travers les prés brouillés, la

rivière et les ruisseaux remontent en espalier vers les collines...

Décidé déjà à tourner la tête dans une minute, dans une seconde, Bernard

aiguisait son désir. Le soleil étincelait. C’était l’heure où dans

chaque famille de province, dans chaque chambre d’étudiant, un jeune

homme aux joues brillantes s’éveille en sursaut et court à la fenêtre.

Dans ce matin ignorant où tout sentiment, pour le cœur encore engourdi,

devient un remords, il songe avec angoisse, pêle-mêle et sans mesure, à

son meilleur ami, dont il aime à torturer les mains sincères, aux yeux

inégaux de sa maîtresse, chaque jour plus fidèles, chaque jour moins

familiers, à la fiancée qu’on lui prépare, dans le luxe et dans la

douceur, pour une volupté et une amitié infinies. Il contemple la

campagne de France: il frissonne. Le ciel est tout bleu; la terre toute

verte. Les oiseaux chantent dans les nids. Les abeilles bourdonnent

autour des œillets et des roses. Vers l’étang, bordant les prairies

encore brumeuses, coule la rivière avec ses ruisseaux.

[Illustration]

* * * * *

[Illustration]

TABLE

Pages

JACQUES L’ÉGOÏSTE 5

DON MANUEL LE PARESSEUX 71

BERNARD, LE FAIBLE BERNARD 143

[Illustration]

ACHEVÉ D’IMPRIMER LE VINGT-HUIT

FÉVRIER MIL NEUF CENT ONZE PAR

“THE ST. CATHERINE PRESS LTD.”

CANAL, PORTE STE CATHERINE,

BRUGES, BELGIQUE.

NOTE:

[A] Etudiant de 2ᵉ année.

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L'École des indifférents · 第 8 / 8 段