Maintenant à vous, mes amis connus et inconnus, quelques lignes de
remercîments.
Vous avez tous compris que la femme étant une créature humaine, a le
droit de se développer et de manifester, comme l'homme, sa spontanéité;
Qu'elle a le droit, comme l'homme, d'employer son activité; qu'elle a le
droit, comme l'homme, d'être respectée dans sa dignité, et l'usage
qu'elle croit devoir faire de son libre arbitre;
Que, de moitié dans l'ordre social, productrice, contribuable,
justiciable des lois, elle a le droit de compter pour moitié dans la
société.
Vous avez tous compris que c'est dans la jouissance de ces droits divers
que consiste son émancipation; non dans la faculté d'user de l'amour en
dehors d'une loi morale basée sur la justice et le respect de soi-même.
Merci d'abord à vous, Ausonio Franchi, représentant de la Philosophie
Critique en Italie, homme aussi éminent par la profondeur de vos idées,
que par l'impartialité et l'élévation de votre caractère, et qui avez
prêté si généreusement et si longtemps les colonnes de votre _Ragione_ à
mes premiers travaux.
Merci à vous, mes chers collaborateurs de la _Revue philosophique_ de
Paris, Charles Lemonnier, Massol, Guépin, Brothier, etc., qui n'avez pas
hésité à remettre à l'ordre du jour la question de l'émancipation de mon
sexe; qui avez accueilli, dans vos colonnes, des travaux de femme avec
tant d'impartialité, et m'avez en toute occasion, témoigné intérêt et
sympathie.
Merci à vous en particulier, mon plus ancien ami, Charles Fauvety,
infatigable chercheur de vérité, dont le style élégant, spirituel et
limpide, si véritablement français, est seulement et toujours au service
des idées de progrès et des aspirations généreuses, comme votre riche
bibliothèque, vos conseils, sont au service de ceux qui veulent éclairer
l'humanité. Pourquoi, hélas! joignez-vous à tant de talent et de
qualités, le défaut de vous effacer toujours pour faire place aux autres!
Merci à vous, Charles Renouvier, le plus savant représentant de la
Philosophie Critique en France, qui joignez à une doctrine si profonde,
un esprit si fin, un jugement si sûr, j'ajouterais: tant de modestie et
de vertu sans faste, si je ne savais que c'est vous mécontenter que
d'occuper le public de vous.
C'est dans vos encouragements, dans votre approbation, mes amis et
anciens collaborateurs, que j'ai puisé la force nécessaire à l'œuvre que
j'entreprends; il est donc juste que je vous en remercie en présence de
tous.
Il est juste également que je témoigne publiquement ma reconnaissance aux
journaux italiens, anglais, hollandais, américains, allemands qui ont
traduit plusieurs de mes articles; aux hommes et aux femmes de ces divers
pays et à ceux de ma patrie qui ont bien voulu me témoigner de la
sympathie et m'encourager dans la lutte que j'entreprends contre les
adversaires du droit de mon sexe.
C'est à vous tous mes amis, Français et étrangers, que je dédie cet
ouvrage. Puisse-t-il être utile _partout_ au triomphe de la liberté de
la femme et de l'égalité de tous devant la loi: c'est le seul souhait que
puisse faire une Française qui croit à l'unité de la famille humaine,
aussi bien qu'à la légitimité des autonomies nationales, et qui aime tous
les peuples parce que tous sont les organes d'un seul grand corps:
l'Humanité.