Je suis au désespoir; ma femme, tout ce que j'aime dans le monde, est
malade. Ma tête n'y est plus. Des pressentiments affreux agitent ma
pensée. Je te conjure de me dire ce qu'elle a et comment elle se porte.
Si, dans notre enfance, nous fûmes unis par le sang et la plus tendre
amitié, je t'en prie, prodigue-lui tes soins; fais pour elle ce que je
serais glorieux de pouvoir faire moi-même. Tu n'auras pas mon coeur, mais
toi seul peux me remplacer. Tu es le seul homme sur la terre pour qui
j'aie eu une véritable et constante amitié. Après elle, après ma
Joséphine, tu es le seul qui m'inspires encore quelque intérêt.
Rassure-moi; parle-moi vrai; tu connais mon coeur; tu sais comme il est
ardent; tu sais que je n'ai jamais aimé, que Joséphine est la première
femme que j'adore: sa maladie me met au désespoir. Tout le monde
m'abandonne; personne ne m'écrit. Je suis seul livré à mes craintes, à
mon malheur: toi non plus, tu ne m'écris pas. Si elle se porte bien,
qu'elle puisse faire le voyage, je désire avec ardeur qu'elle vienne.
J'ai besoin de la voir, de la presser contre mon coeur. Je l'aime à la
fureur, et je ne puis plus rester loin d'elle. Si elle ne m'aimait plus,
je n'aurais plus rien à faire sur la terre. Oh! mon bon ami, je me
recommande à toi; fais en sorte que mon courrier ne reste pas six heures
à Paris, et qu'il revienne me rendre la vie.
Tu diras à ma Joséphine que si elle veut acheter une campagne, comme
nous étions convenus, moitié chacun, j'y mettrai 30,000 livres et elle
autant. Je prendrai cet argent sur les 40,000 qui me restent de mon bien
retiré.