AVANT-PROPOS.

Le nom de Napoléon semble retentir avec plus de bruit depuis sa chute;

sa mort a réveillé l'intérêt de sa vie, et l'on dirait que le monde

prête, s'il est possible, plus d'attention aux actions et aux paroles de

cet homme extraordinaire, depuis que sa fortune s'est enfuie sur un

rocher, et que sa voix s'est éteinte dans un tombeau. Ce sera bientôt

une bibliothèque entière que le recueil des ouvrages qui parlent de lui.

Mais personne n'en parlera jamais mieux que lui-même; et en effet rien

n'égale pour la postérité les précieuses confidences des grands hommes

qui comparaissent à son tribunal. La vérité historique se trouve

quelquefois autant dans les aveux passionnés d'un acteur principal que

dans les septiques commentaires d'un biographe. Le public n'aime pas

toujours qu'on lui fasse ses jugemens, et de nos jours il croit autant à

lui-même qu'aux historiens. Walter Scott, qui s'avance pour prendre

cette qualité, ne s'en est pas acquitté de manière à ce que le public

changeât de goût et d'habitude.

Les mémoires, les pièces officielles, les rapports intéressés, mais

contradictoires des parties, les pensées et les confessions personnelles

enfin, voilà l'histoire telle qu'il la faut à des contemporains.

Comme guerrier, comme législateur, comme homme public, en un mot,

Napoléon vit déjà sous ses véritables traits dans une foule d'écrits; il

nous a paru que l'homme privé se révèlerait par les lettres que nous

publions, avec cet élan de passions intimes et de sentimens personnels

que l'on aime toujours à surprendre dans les âmes fortes. La pompe de

l'Empire éblouit, la maturité du génie commande l'admiration, mais la

gloire naissante d'un héros, et les émotions secrètes de la jeunesse ont

quelque chose de plus poétique. On aimera, nous n'en doutons pas, à

suivre sur le théâtre de ses premiers succès celui qui doit être un jour

le maître du monde, et qui, sur les champs de bataille, où il remue la

fortune de l'Europe, plus tendre qu'ambitieux, ne pense qu'à Joséphine,

qu'à une femme, même en face de la victoire. Cette vie, si pleine et si

courte, magnifique et terrible épopée, qui commence par le délicieux

épisode d'un amour si violent et si pur, quelle source singulière

d'observation et d'intérêt!

Il n'y a point de calque possible pour le style d'un homme qui sentait

comme Napoléon. Aussi nous livrons ses lettres au public, en lui

laissant le plaisir d'en reconnaître le cachet original, sans le

fatiguer des preuves de leur caractère authentique. Par un hasard que

nous ne saurions nous expliquer, six des lettres qui enrichissent ce

volume ont été insérées dans un ouvrage récent sur Napoléon. Nous

n'avons pas cru devoir les séparer de celles qui les précèdent et qui

les suivent. Adressées à Joséphine, comme presque toutes celles que nous

y ajoutons, elles complètent le tableau du même sentiment; et ainsi se

trouvent réunis tous les traits d'un amour qu'une sorte de superstition

populaire regarda comme une partie de la destinée de Napoléon.

LETTRES INÉDITES DE NAPOLÉON BONAPARTE, GÉNÉRAL EN CHEF DE L'ARMÉE

D'ITALIE.

Neuf heures du matin.

Mémoires d'une contemporaine. Tome 2 Souvenirs d'une femme sur les principaux personnages de la République, du Consulat, de l'Empire, etc... · 第 46 / 69 题