LE SAHARA TIBBOU

La falaise escarpée de Siouah se continue à l’ouest par celle qui

termine au sud la Cyrénaïque ; c’est toujours la même limite géologique

; elle est jalonnée d’autres oasis, Jeraboub, capitale du Senoussisme

avec Koufra, Aoudjila, dont les palmeraies sont déjà mentionnées

longuement par Hérodote. Aoudjila voisine déjà avec la grande Syrte de

la côte Tripolitaine ; la grande route désertique d’Égypte au Maghreb

passe par là. Mais au sud et au contact immédiat de cette route, s’étend

la partie la plus effroyable du désert libyque, les solitudes à travers

lesquelles Aoudjila et Djeraboub communiquent si péniblement avec

Koufra. C’est toujours la cloison étanche et, à son abri, comme dans

l’angle mort, à l’écart de la circulation générale, se trouve le Sahara

des Tibbous. Ce sont les seuls Sahariens noirs qui aient conservé,

jusqu’à nos jours, une existence nationale indépendante.

Parmi les conséquences de leur isolement, il a fallu compter

naturellement les difficultés de l’exploration. Barth et Rohlfs ont

vainement essayé de pénétrer dans le Sahara tibbou. Nachtigall est le

premier Européen qui y ait réussi ; son livre est resté pendant quarante

ans le seul document sur la région ; et même il le reste encore dans une

certaine mesure. Les troupes françaises du Soudan ont occupé le pays

dans sa totalité ; la mission Tilho l’a étudié longuement ; mais les

publications françaises retardées par la guerre sont encore incomplètes

et fragmentaires ; naturellement les renseignements qu’elles apportent

sont beaucoup plus précis et plus scientifiques ; la carte Tilho, en

particulier, nous donne du Sahara tibbou une image tout à fait nette.

Mais la description d’ensemble de Nachtigall reste encore indispensable

pour l’intelligence du sujet. Les études françaises, d’ailleurs, en ont

confirmé l’exactitude.

LE TIBESTI. — Les Tibbous ont une citadelle qui était restée

inexpugnable à travers les millénaires. C’est le Tibesti, l’un des deux

massifs qui dominent tout le Sahara ; l’autre étant le Hoggar. D’après

des mensurations qui semblent présenter de hautes garanties

d’exactitudes, le Tibesti a le plus haut sommet du Sahara entier, 3.400

mètres. C’est l’Emi Koussi, un superbe volcan, dont Tilho nous a donné

une carte détaillée, parfaitement conservé, comparable à l’Etna par ses

dimensions et par son dessin général, couronné par une caldeira avec

solfatares. Ce volcan récent, presqu’actuel, n’est nullement isolé ;

déjà Nachtigall avait vu un cratère, très régulier, au fond tapissé de

natron. Tilho a vu et figuré d’autres cônes volcaniques. La « Source

tonnante » de Soboro, fameuse parmi les Tibbous, est une source

sulfureuse, où l’eau à 70° bouillonne avec explosions. Les roches

éruptives se sont fait jour à travers un soubassement de roches

cristallines recouvert sur d’énormes épaisseurs d’assises sédimentaires

horizontales, où le silurien fossilifère est représenté par des grès.

L’ensemble est un massif puissant, dont la forme générale est

grossièrement triangulaire, chaque côté du triangle ayant un

développement de 4 ou 500 kilomètres à vol d’oiseau ; la saillie est

extrêmement brusque au-dessus des dépressions environnantes, dont

l’altitude n’excède pas quelques centaines de mètres.

[Illustration :_Esquisse du cratère de l’_EMI-KOUSSI _d’après le Colonel

Tilho._

Le Sahara · 第 43 / 81 题