FIG. 8. — L’OUED IGHARGHAR ET SON ERG.]

Ces rapports entre l’erg oriental et l’Igharghar sont exactement les

mêmes que ceux qu’on a constatés entre l’erg occidental et la Saoura. Et

le parallélisme se laisse poursuivre. L’erg de l’Igharghar est désaxé

par rapport à la zone d’épandage ; le fond du bassin, autour de

Touggourt et d’Ouargla, est à peu près libre de dunes ; toute la masse

de l’erg est refoulée sur la pente orientale et sud-orientale de la

cuvette, jusqu’aux portes de Radamès ; on a l’impression que là aussi

l’erg s’est déplacé, et le sens de ce déplacement apparent est bien

celui du vent dominant. Ici, en effet, sous l’influence des Syrtes, les

vents d’hiver s’infléchissent et soufflent du nord-ouest, presque de

l’ouest.

LE DESSÈCHEMENT DU SAHARA. — Quand on regarde, sur le terrain ou

simplement sur la carte, le lacis extraordinairement développé des oueds

morts, squelettes en décomposition qui font un contraste évident avec la

pauvreté des oueds vivants, il est impossible de passer sous silence le

problème du dessèchement. Les géographes l’ont souvent posé à propos de

régions très diverses de la planète. L’Asie intérieure a plus

particulièrement attiré l’attention parce qu’elle est le point d’origine

des grandes migrations qui ont à plusieurs reprises bouleversé la face

de l’Europe ; grandes migrations de nomades jaunes, Huns, Mongols, Turcs

; longues poussées venues de loin qui, par répercussion, ont peut-être

déclanché les migrations des tribus germaniques. A l’origine de ces

crises humaines, peut-on imaginer une crise climatique de dessèchement

dans l’Asie intérieure ? Au Kalahari, Passarge a accumulé les preuves

impressionnantes de dessèchements récent, voire actuel.

La question se pose à propos du Sahara pris dans son ensemble.

Ce n’est pas une question géologique. Il n’y a pas lieu de se demander

si le climat de la planète depuis le quaternaire a subi une grande

oscillation très vive dans le sens de la sécheresse. Le fait est

évident, parfaitement incontesté. La question n’existe qu’au point de

vue historique. Il s’agit de savoir si le dessèchement continue sous nos

yeux, s’il y a une progression que la courte mémoire de l’humanité

puisse mesurer. Cette question est encore à résoudre. Nulle part il ne

lui a été fait une réponse décisive.

En ce qui concerne le Sahara, il faut distinguer. Par sa face

méditerranéenne, il est associé aux plus anciens souvenirs de l’humanité

civilisée. Nulle part sur la planète l’histoire ne remonte aussi loin

dans le passé qu’en Égypte. Le Maghreb est en pleine lumière historique

depuis deux millénaires, depuis Carthage. Les historiens et les

géographes de l’antiquité nous décrivent un Sahara à peu près tel que

nous le voyons. Leurs descriptions, il est vrai, n’ont pas une précision

scientifique. Mais bien des monuments de l’antiquité fournissent des

données d’une exactitude plus grande. La région des Terres Sialines,

dans le Sud tunisien, a été depuis l’occupation française le théâtre

d’une expérience intéressante. Il y a un demi-siècle c’était une steppe

couverte de meules romaines, qui témoignaient de l’abondance des

pressoirs à huile dans l’antiquité. Sur la foi de ces documents

archéologiques, la direction tunisienne de l’agriculture, sous la

direction de Paul Bourde, n’a pas hésité à entreprendre la captation des

sources et la plantation d’oliviers. En peu d’années, elle est arrivée à

reconstituer, intégralement à ce qu’il semble, les olivettes romaines.

Un pareil fait semble incompatible avec une détérioration sensible du

climat depuis l’époque romaine. « La plupart des sources qui

alimentaient des centres Romains, dit Gsell, existent encore... Leur

débit a-t-il diminué depuis une quinzaine de siècles ?... de rares

constatations permettent de croire qu’en divers lieux ce débit ne s’est

pas modifié. »

Les historiens et les archéologues ne sont donc pas arrivés à la

constatation d’un seul fait positif permettant de conclure avec

certitude que le climat ait changé dans ces pays méditerranéens où

l’histoire est née.

Cette conclusion négative est la seule actuellement possible, en ce qui

concerne le climat proprement dit, la pluviosité. Mais s’agit-il du

dessèchement matériel du sol dans le Sahara, la question change de face.

Il est évident que la quantité absolue des eaux superficielles

sahariennes va constamment en se raréfiant. Cela résulte de ce que nous

avons dit. Des fleuves soudanais comme le Niger ou le Chari, refoulés

par l’épaisseur croissante de leur zone d’épandage, victimes de captures

au profit de l’Océan, ont cessé d’irriguer le Sahara Méridional à des

époques qui peuvent très bien avoir été historiques, et qui, en tout

cas, ne peuvent pas être reculées indéfiniment dans le passé.

Au centre même du Sahara, dans la région du Hoggar, le botaniste

Lavauden croit retrouver des évidences de dessèchement récent : et des

fouilles archéologiques au tombeau de Tin Hinan tendraient à faire

soupçonner une aggravation du climat désertique depuis le haut moyen

âge.

Le processus même de la destruction des réseaux d’oueds quaternaires

amène nécessairement un dessèchement du sol, comme le montre une analyse

sommaire de ce processus.

CYCLES D’ÉROSION DÉSERTIQUE. — Ce grand canal naturel d’irrigation

qu’est une vallée quaternaire achemine dans certains cas, aussi

longtemps qu’il subsiste, jusqu’au cœur du Sahara, des pluies

lointaines, tombées hors du domaine désertique.

Mais les pluies mêmes, telles quelles, qui tombent au désert, n’y ont

pas le même effet utile suivant qu’elles trouvent ou ne trouvent pas,

pour les recueillir, un réseau préexistant de vallées creusées par

l’érosion de fleuves disparus. Quand aucun réseau d’oueds n’organise le

drainage, sur des roches de perméabilité variable, souvent lente ou

nulle, l’énorme masse d’eau que déverse un orage se trouve livrée par la

stagnation, le ruissellement fragmentaire, court et désordonné, à

l’évaporation intense et presqu’instantanée. Un réseau d’oueds concentre

cette masse d’eau, et l’entraîne à vive allure jusqu’aux cuvettes

alluvionnaires ; elle en imbibe les terrains meubles, et elle constitue

dans leurs profondeurs des réserves durables. Au Sahara Occidental, où

le réseau quaternaire est particulièrement développé, toute la

végétation est concentrée le long des oueds, dans le chapelet de leurs

cuvettes. Les mots oued et pâturage sont interchangeables dans le

langage des nomades, dont ils sont la résidence habituelle. En beaucoup

de points où les berges sont insensibles, l’oued ne se reconnaît plus

qu’à la traînée de verdure qui jalonne à la surface de la plaine le

passage du chenal souterrain. Souvent on ne voit qu’une cuvette, une

dépression vaguement circulaire, seule tapissée de verdure au milieu du

néant qui l’entoure. Les Arabes du Sahara lui donnent le nom de daya ;

ce sont évidemment les « vleys » que Passarge nous décrit dans le désert

de Kalahari. Notez qu’une pareille formation suppose _a priori_, sans

dénégation possible, une circulation souterraine. Si l’eau séjournait

dans la cuvette, elle y déposerait assurément du sel ; nous aurions un

chott, une sebkha, ce qu’on appelle en Amérique ou en Australie « salt-

pan ». L’eau ne peut demeurer douce, utilisable pour les plantes, que

s’il y a écoulement. Le lac Tchad est une immense daya.

Au pied de l’Atlas saharien, à peu près sous le méridien d’Alger, et au

sud immédiat de Laghouat, il existe une région qu’on appelle plateau des

dayas. Les cuvettes de verdure mettent seules de la vie dans l’aridité

absolue du désert environnant ; ce sont de très belles dayas où se

pressent de gros arbres, invariablement des pistachiers ; elles sont

exiguës, et très éloignées l’une de l’autre, mais au total il y en a un

très grand nombre, en semis irrégulier. Cette région si particulière

fut, il y a trois quarts de siècle encore, l’habitat favori des

autruches, que la frénésie sportive européenne a bien entendu fait

disparaître.

Il n’est pas difficile d’expliquer le plateau des dayas. Le sol est

extrêmement perméable jusqu’à une grande profondeur, il est constitué

par la réunion en une seule masse puissante des cônes de déjection issus

de l’Atlas pendant une immense durée de temps géologique. Le plateau

lui-même, si dépourvu d’inclinaison qu’il paraisse à l’œil est un dos de

terrain très accusé entre les deux grandes dépressions qui se creusent à

l’est et à l’ouest, et qui sont sillonnées et organisées

hydrographiquement par les réseaux de l’Igharghar et de la Saoura. Dans

ce plateau de sol meuble, à pente indécise, l’appel des dépressions

voisines a déterminé les dayas. Chacune d’elles est un entonnoir du

drainage souterrain, l’équivalent de ce qu’on appelle en France un aven,

dans les chaînes balkaniques une doline ou un polje ; l’entonnoir est

obstrué par un colmatage à travers lequel l’eau filtre lentement dans la

profondeur du sol ; mais la forme même de la cuvette est probablement en

relation avec des cavernes souterraines qui ont déterminé un

fléchissement dans la croûte superficielle. En tout cas le rapport est

évident avec le drainage organisé par les vieux fleuves quaternaires.

Ce rapport est évident partout dans le désert de pierres. Mais même dans

les grandes dunes il y a un lien certain entre la végétation et les

chenaux quaternaires enfouis sous le sable.

L’épiderme de la dune désertique est de sable parfaitement nu, un tapis

blanc ou doré, enregistrant en empreintes nettes et éphémères les

fantaisies du vent et le passage d’un animal. Il en est ainsi malgré la

perméabilité du sable qui assure un abri immédiat à la totalité des eaux

d’orage. Ces masses d’eau emmagasinées n’ont un effet utile dans l’erg

que si le drainage souterrain les concentre en des coins privilégiés,

qui deviennent des pâturages. Sur la rive droite de la Saoura, il existe

deux petits ergs distincts, dont l’un s’appelle El-Atchan, l’erg de la

soif, et l’autre, Er-Raoui, l’erg humide. Ce dernier seul est semé de

puits et de pâturages. C’est que l’erg de la soif, clos dans une

enceinte d’arêtes rocheuses, est réduit à ses propres ressources

d’humidité. L’erg humide s’allonge dans une vallée venue de loin et on

retrouve çà et là des berges de l’oued enfoui sous l’empâtement des

dunes.

Les deux grands ergs du Sahara algérien, l’occidental et l’oriental,

offrent de grandes ressources en puits et en pâturages. Ils les doivent

évidemment aux réseaux enfouis de la Saoura et de l’Igharghar. Le

premier en particulier, le mieux connu, est sillonné de longues lignes

de verdure, que les indigènes appellent des oueds, et ils ont

probablement raison quoique les vallées restent indistinctes sous le

vallonnement flou des dunes.

Ainsi le fleuve est bienfaisant longtemps après sa mort par le modelé

d’érosion qu’il a gravé sur la face du désert. Mais ce modelé d’érosion

fluviale n’est pas éternel ; non seulement un coup d’œil sur la carte

permet d’en voir l’effacement et la décomposition, mais l’étude du

terrain permet d’en analyser la désagrégation progressive. Le Sahara

occidental est un champ clos où les actions éoliennes livrent au modelé

fluvial un assaut éternel, dont on mesure les progrès.

Pour en rendre compte, il faut rappeler sommairement comment un fleuve

construit sa vallée. Tantôt il la creuse dans de la roche dure. Mais

ailleurs au contraire, il colmate les cuvettes, il fait un travail de

remblai. La pente uniforme du thalweg est le résultat de ce double

processus, inverse, suivant les secteurs, de creusement et de remblai.

Après la mort du fleuve, lorsque les actions éoliennes attaquent le

modelé qu’il a créé, les parties de la vallée sculptées dans la roche

dure offrent une longue résistance ; mais dans les secteurs colmatés,

l’amas desséché des terrains meubles devient incomparablement plus vite

la proie du vent qui tend à recreuser les cuvettes, et qui arrive à les

nettoyer entièrement. Ainsi prend naissance un paysage déconcertant, où

l’œil ne retrouve plus les lignes directrices. Les saillies chaotiques

du squelette rocheux, décharnées de leur ennoyage d’alluvions,

deviennent inintelligibles ; c’est un entrelacement confus de chicots et

de falaises discontinues ; les Arabes du Sahara Occidental ont dans leur

vocabulaire, pour désigner ce paysage, un mot assez expressif. Ils

l’appellent chebka, ce qui signifie filet, lacis.

Imaginez maintenant ces actions prolongées non pas seulement pendant des

siècles, mais pendant des âges géologiques. Le colmatage aura disparu

grain à grain sur d’immenses étendues, laissant peut-être pour unique

résidu un amas confus de cailloux, où la corrasion permet à peine de

reconnaître la forme primitivement roulée. Le squelette rocheux lui-

même, attaqué par les formes multiples de l’érosion désertique, se sera

usé, émoussé, aura pris des formes nouvelles. Faites intervenir les

mouvements de l’écorce terrestre, qui ne peuvent pas manquer, dans un si

long intervalle de temps, d’avoir gondolé la surface sculpturale, et

dont les effets ne sont pas contrebalancés comme ils le sont dans nos

climats par le travail régulier de l’érosion fluviale. Vous arrivez à un

modelé comme celui du désert lybique égyptien. Partout où le serir ne

couvre pas la surface de son cailloutis croulant, on a devant soi un

plateau de roc nu et comme balayé, légèrement ondulé de dépressions

légères en forme de vagues cuvettes, bossu d’excroissances subites aux

pentes abruptes : la pénéplaine désertique typique, intégralement

désolée, dépourvue de toute végétation naturelle. En certains points,

et, par exemple, au voisinage des oasis, des falaises au dessin

capricieux, qui ne semblent s’expliquer de façon tout à fait

satisfaisante, ni par l’orogénie, ni par l’érosion fluviale, ni par

l’érosion éolienne. Il faudrait peut-être combiner les trois

explications dans une proportion actuellement indéterminable. Tout cela

est l’aboutissement d’un passé désertique prodigieusement long, pendant

lequel l’érosion éolienne a pris nettement le dessus, et a rendu

indiscernables à la longue les effets de l’érosion fluviale. Le désert

lybique égyptien nous montre l’aboutissement d’un travail, que nous

voyons à ses débuts dans le Sahara Occidental, et plus particulièrement

dans le Sahara français.

L’analyse des conditions dans le désert sablonneux conduit à des

conclusions analogues. Le déblaiement par l’érosion éolienne des

cuvettes colmatées éparpille au loin, hors du domaine désertique, les

particules ténues, tout ce qui est argile. Le sable déplacé, vanné,

transposé en dunes, engorge les chenaux, empâte les accidents du terrain

en les moulant grossièrement, et arrive à constituer la masse puissante

des ergs. A la première étape du modelé désertique, celle où se trouve

le Sahara algérien, l’erg a un lien étroit avec le réseau des oueds et

il conserve dans la même mesure que lui une certaine vie.

Pas toujours cependant et pas partout. On a déjà cité l’erg de la soif

voisin de l’erg humide. Le grand erg d’Iguidi au Sahara marocain est

dans certaines de ses parties très hospitalier, semé de puits et de

pâturages. Naturellement l’eau vient d’un oued enfoui, l’oued Tafilalelt

peut-être.

Tout autre est le grand erg Ech-Chech. C’est de beaucoup le pire de tous

les ergs algériens, et par conséquent, c’est aussi le plus mal connu.

Les puits y sont rares, et tel d’entre eux Tni-Haïa est empoisonné de

chlore. Il est, et il semble devenir tous les jours davantage un pôle

répulsif de la vie. De mémoire d’homme les indigènes ont cessé d’y mener

paître, et ils en ont oublié les chemins ; on ne trouve plus de guide

pour l’erg Ech-Chech. C’est qu’aussi il recouvre, semble-t-il, le bas

réseau de la Saoura, sa zone d’épandage. Dans ce bas réseau à pentes

ralenties, où le colmatage quaternaire a pris nécessairement le pas sur

l’érosion, il est naturel que la décomposition éolienne soit plus

avancée.

Cette décomposition on ne peut qu’imaginer son processus. La masse et

l’étendue de l’erg vont éternellement s’accroissant. Un erg déterminé

perd beaucoup de sa substance par ablation éolienne ; mais les grains de

sable migrateurs vont la plupart du temps enrichir l’erg voisin.

Cependant l’érosion éolienne affouille tous les jours de nouvelles

couches d’alluvions et les transforme en dunes fraîches. Ainsi

s’effacent ou s’engorgent tous les jours davantage les chenaux

quaternaires ; le drainage devient de plus en plus difficile.

L’épaisseur croissante des sables soustrait d’ailleurs elle aussi de

plus en plus la nappe souterraine à l’utilisation par les végétaux et

l’homme.

Il serait dangereux de vouloir trop préciser les détails de ce

processus. Mais on en voit l’aboutissement au Sahara Oriental. Là se

trouve la masse de dunes probablement la plus grandiose de la planète,

le grand erg libyque. Il est plus inconnu que le pôle sud, mais on

entrevoit ses dimensions générales, quelque chose comme douze cents

kilomètres de long sur quatre ou cinq cents de large. Il est inconnu

parce qu’il est impénétrable. Non seulement les explorateurs européens

n’ont pas pu y entrer, mais c’est un domaine clos aux indigènes eux-

mêmes. Avec quelques précautions qu’on doive parler de cet erg libyque,

dont nous ne savons rigoureusement rien, il semble bien, par cela même,

qu’il n’y ait rien de comparable à lui dans le Sahara Occidental.

Au voisinage du Nil, le désert lybique a un autre erg, très particulier

lui aussi : Abou-Mohariq. C’est une traînée de dunes, rectiligne et

continue sur cinq degrés de latitude, et qui n’excède nulle part

quelques kilomètres d’épaisseur. Les géologues égyptiens n’en ont pas

fourni une explication sur laquelle ils soient d’accord. On ne voit pas

un lien net, incontestable, avec le modelé ; il semble difficile de se

soustraire à une explication purement éolienne : Abou-Mohariq marque-t-

il la limite entre deux zones différentes de régime éolien, une sorte de

frontière atmosphérique le long de laquelle le sable s’accumule ? C’est

un menu détail soulignant l’originalité des deux moitiés du Sahara.

Le trait essentiel de cette originalité est assurément l’extrême aridité

du désert libyque, incomparablement plus grande que celle du Sahara

Occidental. Existe-t-il donc entre les deux une différence dans le

climat proprement dit, la sécheresse de l’atmosphère, la pluviosité ? On

n’a jamais rien noté de semblable. En revanche, les différences de

modelé sautent aux yeux. La seule conclusion qui semble légitime c’est

que le désert libyque est matériellement asséché par l’usure beaucoup

plus avancée de son modelé ancien d’érosion fluviale. Il porte

témoignage qu’un désert se dessèche progressivement par le simple effet

matériel des influences désertiques, sans péjoration de son climat

proprement dit.

L’étude du modelé d’érosion fluviale, dans les pays normalement draînés,

s’est transformée le jour où on y a introduit la notion des cycles. On a

appris à distinguer par leurs formes les vallées jeunes, parvenues à la

maturité, sénescentes. Il faudrait peut-être donner une base analogue à

l’étude du modelé désertique. Il y a des déserts jeunes, comme le Sahara

Occidental, et le désert lybique est un type admirable de désert

sénescent.

Et quoiqu’il en soit des théories, le fait est patent. Dans la plus

grande partie du Sahara Occidental, la conservation des réseaux

quaternaires est encore très remarquable. Au désert libyque, il faut

bien que ces réseaux aient existé jadis ; le serir n’est pas seul à

l’attester ; les géologues égyptiens viennent de découvrir à l’oued

Natroun, à Moghara, des deltas d’énormes rivières, avec de superbes

fossiles pliocènes et miocènes. Mais le désert lybique n’a gardé aucune

trace de ces vieilles érosions fluviales. Tout a disparu, effacé par le

vent. La conséquence est l’extrême rareté ou l’absence totale au désert

libyque de puits et de pâturages, d’eau superficielle.

On verra que ce fait est d’une immense portée humaine.

Le Sahara · 第 28 / 81 题