PL. XII. — LES BOIS AJOURÉS DES VILLES SAINTES (DJEDDA, YAMBO).]

L’Igharghar coulait du sud au nord, du cœur du désert à sa périphérie,

exactement au rebours de la Saoura ; au lieu de venir de l’Atlas, il y

allait. Les conséquences de ce fait sont considérables.

Par sa masse et son altitude, le Hoggar attire les orages ; il reçoit

des pluies moins rares que le désert environnant ; mais il demeure

désertique ; il s’en faut de tout qu’il soit un château d’eau comparable

à l’Atlas. Aussi n’y a-t-il rien dans le haut Igharghar moderne qui

puisse se comparer à ces crues de la Saoura, régulières et puissantes,

qui se concentrent dans un seul chenal et le balaient à la façon d’un

mascaret, de bout en bout, jusqu’à 500 kilomètres des sources. Il n’est

pas question assurément qu’une crue, si puissante qu’elle soit, partie

du Hoggar, puisse cheminer jusqu’aux grands chotts au pied de l’Atlas,

le long d’un chenal dont la continuité est immensément rompue. Ce n’est

pas seulement irréel, c’est inimaginable.

Même dans le haut Igharghar, celui du Hoggar, encore qu’il manque des

séries systématiques d’observations, il semble bien qu’il n’y ait plus

de vie commune du réseau aboutissant à l’artère centrale. Chaque artère

du réseau semble donc avoir sa vie propre, mais qui doit être assez

active. Assurément, il n’y a pas au Hoggar de ruisseaux, mais il y a

sûrement des trous d’eau pérennes, puisqu’il y a des poissons et assez

gros : les mares les plus importantes se trouvent apparemment dans les

oueds entaillés dans les plateaux gréseux, parce que la nappe

souterraine trouve dans les grès des conditions meilleures pour son

accumulation et sa protection. En tout cas, c’est dans un oued du

plateau gréseux, le Mihero, qu’on a trouvé le crocodile du Hoggar. C’est

d’ailleurs dans des mares analogues du Tibesti que la mission Tilho a

trouvé le même crocodile. L’identité de cette faune résiduelle souligne

celle des conditions générales au Tibesti et au Hoggar, aussi bien dans

le passé que dans le présent. Elle nous aide à asseoir la conviction que

l’Igharghar est représentatif de toute une catégorie.

C’est la zone d’épandage de l’Igharghar qui est particulièrement

intéressante. Elle est au pied de l’Aurès le massif le plus puissant et

le mieux arrosé de l’Atlas saharien. Par surcroît, l’oued Djedi qui

longe le pied de l’Atlas achemine à cette zone d’épandage tous les

orages qui tombent dans la moitié orientale de l’Atlas saharien depuis

Laghouat. Les alluvions de la cuvette emprisonnent donc des nappes d’eau

puissantes, qui jaillissent en puits artésiens. Là, dans les oasis de

l’oued R’ir et du Djerid, poussent les meilleures dattes de tout le

Maghreb. Ce coin d’une si grande importance humaine, et qui touche

l’Algérie, est desservi par un chemin de fer ; on commence à en avoir

des cartes topographiques. Le modelé en apparaît nettement. La zone

d’épandage de l’Igharghar se trouve être en somme mieux connue encore

que son cours supérieur.

Quand on jette un coup d’œil sur un dessin général de l’Igharghar, on

voit se révéler à la fois la cohésion ancienne du réseau et sa

dissociation actuelle. Il est aisé d’imaginer, de reconstituer par la

pensée l’oued quaternaire, mais il faut le reconstituer ; il y a des

coins pourris, des traits effacés. C’est naturellement le cœur du réseau

qui a souffert, les points de confluence, c’est-à-dire les zones de

colmatage. A leur détriment, s’est développé le grand erg, qui a tout

rongé, et qui donne bien sur la carte l’impression de ce qu’il est, une

maladie, une sorte d’éléphantiasis de l’oued quaternaire.

[Illustration :LE SAHARA ALGÉRIEN

Le Sahara · 第 27 / 81 题