PL. I. — L’ANTILOPE ADAX DU SAHARA ALGÉRIEN.

A pratiquement disparu de l’erg er-Raoui, à la suite d’une chasse

unique, qui fut un massacre.]

[Illustration : _Cliché Gautier_

PL. II. — LE “ REG ”, EN UN POINT DU REG IMMENSE ENTRE OUALLEN ET

TESSALIT.

(Route des autos Gradis-Estienne).]

Une autre direction d’égale importance fait un angle à peu près droit

avec la première ; elle est vaguement nord-sud, à peu près orientée

comme la longitude, sub-méridienne. C’est celle de l’effondrement de la

mer Rouge, de la chaîne Arabique, et de la vallée du Nil depuis

Khartoum. Les géologues ont retrouvé la direction sub-méridienne dans

deux grandes failles parallèles, qui articulent la Tripolitaine, et dont

le prolongement a un lien avec l’encoche de la Grande Syrte. Dans le Sud

algérien enfin, l’importance de la direction sub-méridienne est

prédominante.

Ce quadrillage des deux directions à peu près orthogonales nord-sud et

est-ouest, se retrouve dans la carte bathymétrique de la Méditerranée,

et même dans le dessin de ses côtes.

Tout se passe comme si, dans cette portion étendue de la croûte

planétaire, il y avait eu quelque chose comme une tendance à « la

torsion du géoïde ». Le relief du Sahara tout entier, considéré d’une

façon très générale, doit à cette circonstance une simplicité grandiose

de dessin.

LE CLIMAT. — La caractéristique essentielle du Sahara étant son climat,

il faudrait évidemment en donner une description longue et détaillée.

Malheureusement, la base d’une étude scientifique fait défaut. Il faut

se résigner à faire du climat une étude un peu littéraire,

insuffisamment appuyée sur des chiffres précis, rangés en tableaux ou en

diagrammes.

En latitude, le Sahara s’étend à peu près entre 29 et 16 de latitude

nord, c’est-à-dire qu’il est traversé tout du long, en son milieu, par

le tropique ; malgré la présence de points isolés dépassant un peu 3.000

mètres, il est dans son ensemble de climat assez uniforme. On ne connaît

pas de différence essentielle, d’origine atmosphérique, entre le désert

égyptien par exemple et la zone désertique française.

La sécheresse de l’air peut être considérée comme le phénomène

fondamental. Pour donner des chiffres qui donnent un point d’appui à

l’imagination, on peut emprunter ceux de Tamanr’asset en 1910.

Tamanr’asset est au cœur du Sahara français, au Hoggar, à 1.400 mètres

d’altitude, loin de toute oasis étendue où le ruissellement de

l’irrigation pourrait influencer l’hygromètre. L’humidité relative

oscille de mois en mois entre 4 et 21 pour cent. La teneur du mètre cube

d’air, en grammes de vapeur d’eau, entre 1,0 et 3,6.

Dans une atmosphère pareille, qu’on imagine la puissance de

l’évaporation, d’autant que le Sahara est un des points du globe où le

thermomètre monte le plus haut. Le maximum est vers 50°, plutôt un peu

au-dessous.

Naturellement, les températures sont extrêmes. Sur les hauts plateaux

algériens, aux altitudes de 12 à 1300 mètres, on cite des cas où des

individus isolés, voire de petites troupes égarées, sont morts dans une

tempête de neige. Il faut pourtant mettre au point ces anecdotes, encore

bien qu’elles ne soient pas des légendes. Le désert africain n’est pas

le désert sibérien ; les tempêtes de neige n’y sont redoutables que par

l’effet de surprise, parce qu’elles sont prodigieusement rares.

D’ailleurs, les hauts plateaux algériens ne sont pas exactement le

Sahara. Au cœur même du désert pourtant, la neige et la glace ne sont

pas tout à fait inconnues. La neige a été signalée sur les sommets

extrêmes du Hoggar, où elle fond d’ailleurs en 24 heures. Les matins

d’hiver, dans le Sahara Septentrional, quand par hasard on rencontre une

flaque d’eau au voisinage d’une oasis, il n’est pas très rare qu’elle

soit recouverte d’une pellicule de glace, craquant sous le pied du

cheval. Tamanr’asset, en 1910, a eu 14 jours de gelée, avec des minimums

absolus de − 7 et − 2 en janvier et février. Les stations d’Adrar et

d’In Salah, à 4 ou 5° seulement au nord du Tropique et à une altitude de

300 mètres seulement, ont encore, respectivement, 17 et 9 jours de gelée

par an, le minimum absolu ne descendant pas au-dessous de − 3. Ces coups

de froid, presque rigoureux, ont une importance pratique pour la

diffusion de certaines espèces de dattes, qui sont justement les plus

marchandes ; ils en ont aussi pour la diffusion de l’espèce humaine ; le

Sahara est l’habitat d’une race blanche.

Le vent participe à la violence du climat. Il ne faut pas prendre à la

lettre les exagérations populaires, particulièrement échevelées en pays

oriental. Les caravanes anéanties par le simoun sont du domaine de la

légende. Mais la violence du vent est certainement un des traits les

plus caractéristiques du désert, sans doute parce qu’aucun manteau de

végétation n’en ralentit l’élan. Le vent est la vie du désert, d’autant

qu’il est souvent chargé de sables ou de poussières. Les Touaregs, tout

musulmans qu’ils se prétendent, ont horreur des ablutions ; il y a là

comme un tabou, survivance inavouée de l’animisme ; la rareté de l’eau y

est pour quelque chose ; peut-être aussi la crainte, vérifiée par

l’expérience, de surexciter ou de ralentir le fonctionnement des glandes

sudoripares ; mais on conçoit très bien que pour un corps humain, exposé

à peu près nu à l’air du désert pendant toute une vie, les soins de

propreté soient superfétatoires : le vent éternel chargé de sable récure

une peau humaine et la tient aussi nette que les dalles de roc nu à la

surface des plateaux.

L’imagination de l’indigène a joué au sujet des vents désertiques. Les

petits tourbillons de poussière, se déplaçant sur le sol, qui ne sont

tout à fait inconnus en aucun pays, mais qui sont au désert

d’observation quotidienne, sont des « djinns valseurs ». Le vent

désertique par excellence, le vent brûlant, a dans toutes les parties du

Sahara, un nom qui n’est pas toujours le même ; sirocco en Algérie,

cheheli au Sahara proprement dit, ce qui signifie vent du sud, quoiqu’il

puisse souffler de directions assez aberrantes du sud franc ; en Egypte

c’est le khamsin (le vent de « cinquante jours d’affilée »), qui souffle

du sud-ouest ; c’est le même qu’ailleurs on appelle harmattan, simoun.

Un personnage trop remarquable pour ne pas fixer l’attention de l’homme

en quelque partie du désert que ce soit. Sous ces noms divers, quand on

connaîtra mieux les détails du climat, on pourra, sans doute, retrouver

des personnalités éoliennes plus ou moins nuancées. Le khamsin, par

exemple, qui est supposé souffler sans discontinuer pendant cinquante

jours, ne semble pas avoir d’équivalent exact dans le Sahara Occidental,

du moins au point de vue de la constance. Pourtant khamsin, sirocco,

simoun, sont de proches parents, des variétés locales d’un même vent. Il

est bien possible que ce soit un vent descendant, et à ce titre un

cousin éloigné du foehn alpestre. En tout cas, il souffle par rafales et

tourbillons ; il est particulièrement chargé de sable et de poussière ;

il semble lié à « certaines manifestations magnétiques ou électriques,

assez mal définies jusqu’ici ; il exerce une action déprimante sur

l’homme et les animaux » ; il a comme une odeur propre ; en tout cas, il

cause aux muqueuses une sensation _sui generis_, à laquelle on reconnaît

son moindre souffle. Essentiellement, il a une ardeur sèche, qui peut

avoir sur l’organisme humain, dans certains cas extrêmement rares, cités

à titre de curiosités, un effet toxique. « Pour une vitesse trop grande

d’un vent sec et chaud, les glandes sudoripares n’ont pas une activité

suffisante, la température de la peau, puis du corps, s’élève peu à peu

au niveau de celle de l’air, c’est le coup de chaleur mortel ».

On peut soupçonner que la direction des vents au désert est influencée

par une cause qui n’intervient pas ailleurs. Les grands amas de dunes ne

réagissent pas à l’ensoleillement de la même façon que le reste du sol.

A la surface des dunes « les grains du sable mobile ne se touchent que

par des portions restreintes de leur périphérie, il y a entre eux de

l’air emprisonné qui forme matelas à la chaleur. L’échauffement reste

localisé à la surface qui devient brûlante ».

C’est dans le sol de la dune que des températures de 70° centigrades ont

été observées. Au combat de Metarfa qui fut livré dans la dune, des

fantassins indigènes, incapables de garder la position du tireur couché,

se tenaient debout, malgré les ordres et se faisaient tuer. Dans les

dunes du Gourara, en été, on admet qu’un homme bien chaussé, s’il fait

lever une gazelle, n’a qu’à la suivre à la trace, d’abri en abri, pour

la forcer assez rapidement. Le refroidissement nocturne et hivernal fait

pendant à l’échauffement diurne et estival. Dans l’erg er Raoui, au

puits de Tinoraj, le 25 février, à 6 heures du matin, l’eau contenue

dans une cuvette à demi enfoncée dans le sol, était gelée en bloc, un

gobelet de fer-blanc, pris dans la glace, y était si solidement fixé

qu’on pouvait avec l’anse du gobelet, soulever la cuvette. Le

thermomètre marquait cependant + 10°.

Ce refroidissement nocturne est très brusque, presqu’instantané, dès que

le soleil se couche. Les nuits d’été dans la dune sont d’une fraîcheur

délicieuse. Au contraire, lorsque, après une journée étouffante, on

campe au pied d’une muraille rocheuse, la pierre surchauffée continue à

exhaler de la chaleur pendant les premières heures de la nuit et les

rend pénibles.

Toutes proportions gardées, surfaces sablonneuses et surfaces rocheuses

se comportent un peu au Sahara comme, à la surface de la planète, les

surfaces continentales et océaniques. Les unes sont, par rapport à la

chaleur, des corps bien meilleurs conducteurs que les autres. Si l’on

songe aux dimensions énormes qu’atteignent les grands amas de dunes, il

n’est pas absurde de supposer qu’il puisse y avoir une répercussion sur

la distribution des pressions barométriques et, par conséquent, sur la

direction des vents. Le khamsin égyptien, à en juger par sa direction,

paraît avoir son origine dans le grand erg du désert libyque.

[Illustration :Schéma du SAHARA OCCIDENTAL

Le Sahara · 第 6 / 81 题