Théobald, lord viscount Dillon, pair d'Irlande et chef, à cette époque,
de l'illustre maison de ce nom, leva, à la fin de l'année 1688, sur ses
terres en Irlande et équipa à ses dépens un régiment pour le service du
roi Jacques II. Dans le courant de l'année 1690, ce régiment passa au
service de France, sous les ordres d'Arthur Dillon, son deuxième fils.
Il faisait partie d'un corps de 5,371 hommes de troupes irlandaises qui
débarquèrent à Brest le 1er mai 1690, et qui furent donnés par le roi
Jacques II à Louis XIV, en échange de six régiments français.
Après la capitulation de Limerick, en 1691, le nombre des troupes
irlandaises qui passèrent au service de France, fut considérablement
augmenté, et monta on tout à plus de 20,000 hommes. Depuis cette époque
jusqu'à la Révolution française, elles servirent sous le nom de brigade
irlandaise, dans toutes les guerres qu'essuya la France, et toujours
avec la distinction la plus éclatante.
Arthur Dillon, premier colonel du régiment de Dillon, devint lieutenant
général à l'âge de 33 ans, ayant obtenu ce grade successivement avec
celui de maréchal de camp, hors de son rang, pour des actions d'éclat.
Il fut longtemps commandant en Dauphiné, gouverneur de Toulon, et
battit, le 28 août 1709, vers Briançon, le général Rehbinder, commandant
les troupes de Savoie, qui voulait pénétrer en France. Il finit une
carrière glorieuse, en 1733, âgé de 63 ans, laissant cinq fils et cinq
filles.
Dès 1728, il avait cédé son régiment à Charles Dillon, l'aîné de ses
fils. Charles Dillon étant devenu l'aîné de la famille, en 1737, par la
mort de Richard lord Dillon, son cousin germain, garda provisoirement le
régiment et le céda ensuite à Henri Dillon, son frère.
Henri Dillon, à la mort de Charles lord Dillon, son frère, en 1741, lui
succéda aux titres et aux biens de sa famille, mais conserva néanmoins
le commandement du régiment, à la tête duquel il servit jusqu'en 1743.
Après la bataille de Dettingen, les Anglais, d'auxiliaires qu'ils
étaient, devinrent partie principale dans la guerre. Lord Henri Dillon,
pour conserver son titre de pair d'Irlande et pour empêcher la
confiscation de ses biens, fut, par ce fait, obligé de quitter le
service de France, ce qu'il fit du consentement et même par le conseil
de Louis XV.
James Dillon, chevalier de Malte, le troisième frère, fut promu alors
colonel du régiment, à la tête duquel il fut tué à Fontenoy, en 1745.
Edward Dillon, le quatrième frère, fut nommé par Louis XV, sur le champ
de bataille, colonel du régiment et, comme son frère, trouva la mort au
feu en le commandant, à la bataille de Lawfeld, en 1747. Arthur-Richard
Dillon, le cinquième frère, restait seul vivant; mais il venait d'être
engagé dans les ordres et est mort en Angleterre, archevêque de
Narbonne, en 1806.
À la mort d'Edward Dillon, tué à Lawfeld, on sollicita vivement Louis XV
de disposer du régiment, sous prétexte qu'il n'existait plus de Dillon
pour en prendre le commandement. Mais le roi répondit «que Henri lord
Dillon venait de se marier et qu'il ne pouvait consentir à voir sortir
de cette famille une propriété cimentée par tant de sang et de si bons
services, aussi longtemps qu'il pourrait espérer de la voir se
renouveler». Le régiment de Dillon resta en conséquence, depuis 1747,
sous le commandement successif d'un lieutenant-colonel et de deux
colonels commandants, jusqu'à ce que l'honorable Arthur Dillon, deuxième
fils de Henri lord Dillon, en fut pourvu, le 25 août 1767, à l'âge de 17
ans.
À l'époque de la Révolution française, la brigade irlandaise se trouvait
réduite à trois régiments d'infanterie, savoir: Dillon, Berwick et
Walsh. En 1794, les débris de ces trois régiments, y compris la majeure
partie des officiers--qui avaient émigré en Angleterre--passèrent à la
solde de Sa Majesté Britannique. Le régiment de Dillon, ou la fraction
encore existante à laquelle l'Angleterre voulut attribuer ce nom, fut
donné à l'honorable Henri Dillon, troisième fils de Henri lord Dillon et
frère d'Arthur Dillon, dernier colonel du régiment en France et qui
avait péri sur l'échafaud en 1794. Ce nouveau régiment se compléta en se
recrutant sur les mêmes terres qui avaient fourni ses premiers soldats
en 1688. Il s'embarqua, peu après, pour la Jamaïque, où les pertes qu'il
y éprouva furent si considérables qu'on le licencia. Les drapeaux et
enseignes du régiment furent transportés en Irlande et soigneusement
déposés entre les mains de lord Charles Dillon, chef de la famille et
frère aîné du colonel.