Paris, 18 juillet 1870.
Chère amie, j'ai été et je suis encore bien malade. Depuis six
semaines, je n'ai pu sortir de ma chambre et presque de mon lit. C'est
la troisième ou quatrième bronchite qui m'arrive depuis le commencement
de l'année. Cela ne me promet rien de bon pour l'hiver prochain.
Lorsque la chaleur que nous avons eue ne me met pas à l'abri des
rhumes, que sera-ce lorsqu'il fera froid?
Je crois qu'il faut se porter admirablement bien et avoir des nerfs
d'une vigueur particulière pour que les événements qui se passent
glissent sans trop affecter. Je n'ai pas besoin de vous dire ce que
j'éprouve. Je suis de ceux qui croient que la chose ne pouvait pas
s'éviter[1]. On aurait peut-être pu retarder l'explosion, mais il
était impossible de la conjurer absolument. Ici, la guerre est plus
populaire qu'elle ne l'a jamais été, même parmi les bourgeois. On est
très-braillard, ce qui est mauvais assurément; mais on s'enrôle et on
donne de l'argent, ce qui est l'essentiel. Les militaires sont pleins
de confiance; mais, quand on pense que tout l'avenir est soumis au
hasard d'un boulet ou d'une balle, il est difficile de partager cette
confiance.
Au revoir, chère amie; je suis déjà fatigué de vous avoir écrit ces
deux petites pages. Je suis patraque au dernier point; cependant, mes
médecins disent que je suis mieux, mais je ne m'en aperçois guère.
Je n'ai point envoyé chez vous les livres, craignant qu'il n'y eût
personne pour les recevoir.
Adieu encore; je vous embrasse de cÅur.
[1] La guerre avec la Prusse.